Un voyage dans les eaux troubles de la mémoire
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La Manufacture. 14h, 1h55 (trajet navette compris). Jusqu’au 20 juillet les jours pairs. Relâche le 16. Espagnol surtitré.
Seule, face au public, Daniela tente de « briser la glace ». L’entreprise est difficile, elle le sait. Avec Mi madre nada (ndlr : « Ma mère nage », en espagnol), la comédienne et co-autrice du texte raconte l’histoire de sa mère. Une histoire morcelée, dont il faut recoller les morceaux : sa mère est atteinte de la « maladie qui fait oublier », et ne racontera pas -ou mal- son exil. Car le spectacle de cette compagnie chilienne aborde le sujet sensible et douloureux de la transmission générationnelle dans un pays amnésique de son passé. Celui du coup d’État de Pinochet en 1973 et de la dictature. Jouant de l’homonymie entre « nage » et « rien » (« nada », en espagnol), Daniela Castillo Toro offre une prestation puissante et très poétique, dans un texte soigné. A sa suite, le public nage dans la mémoire vacillante de sa mère, une mémoire où les routes et les langues de l’exil s’emmêlent, où les restes d’une chanson militante célèbre flottent, têtus, dans la bouche qui la chante, comme autant de bouées de sauvetage dans l’océan de l’oubli. Sur le plateau, un long tissu blanc devient iceberg, refuge, page de journal intime. Quelques notes d’une guitare latine, et le public, envoûté, suit Daniela dans son sillage. Superbe.
Sonia. Photo : Daniel Corvillon
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