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« Un moment fort de témoignage de l’actualité sud-américaine et caribéenne, au regard des luttes de ses mouvements sociaux et de ses peuples autochtones, avec des personnalités renommées et des témoins de leur histoire passée et présente. » Fabien Cohen, secrétaire général de France Amérique latine, défend ainsi la présence dans le OFF de cette association de solidarité internationale. Lui-même présent depuis des décennies au festival, où il chronique pour le FALMag, le magazine de l’association, il s’enorgueillit de ce partenariat lancé avec AF&C en 2021, à l’occasion des 50 ans de France Amérique latine. « Nous avions alors lancé un appel, pour évoquer l’importance de soutenir parmi les centaines voire les milliers de spectacles programmés, les quelques compagnies qui portent la culture si riche des peuples de ce continent. »
La sélection FAL, plus des événements

Pour la 6ème année consécutive, donc, France Amérique latine investit le OFF. En plus de la Sélection FAL – huit spectacles que l’association promeut dans le festival – plusieurs événements ont lieu, dont trois journées thématiques.
Le 12 juillet, l’association est présente au Village du OFF dans le cadre des journées internationales pour des événements autour des dix ans des accords de paix en Colombie. « Avec le conflit israélo-palestinien, il s’agit du plus vieux conflit dans le monde, explique Fabien Cohen. Or, les accords de paix signés il y a dix ans ont plus que jamais besoin de la communauté internationale pour assurer leur application alors que l’extrême-droite version Trump s’est hissée pour quelques milliers de voix à la présidence de la république. Le chemin parcouru par la Colombie présente aussi des aspects tout à fait intéressants, notamment en terme de réflexion sur la justice réparative et restaurative. » L’après-midi au Village du Off débute à 16h dans l’espace Agora avec la Sélection FAL, une rencontre avec les compagnies de spectacles en lien avec l’Amérique latine. A 17h15, la table ronde « 2016-2026 : dix ans de paix en Colombie ? » accueillera Katherine Salamanca Agudelo, membre du Bureau de la vérité de Colombie et Rodrigo Restrepo, ancien membre du M-19, un mouvement de guérilla qui a rendu les armes en 1990. La participation de l’ambassadeur de Colombie, Alfonso Prada, est attendue. Nabba ou Les Chutes aura lieu à 22h, dans l’Atrium. Soutenue par Amnesty international, cette performance de l’artiste colombien Andrés Montes Zuluaga rend hommage aux leaders sociaux, aux environnementalistes et aux signataires des accords de paix assassinés chaque année dans son pays. L’ensemble des événement est en entrée libre.
Le 14 juillet, la FAL anime un lieu associatif bien connu des quartiers avignonnais : le Fenouil à vapeur. La soirée est consacrée à l’exil chilien en France, dans l’ambiance propre au Fenouil. « L’exil chilien a marqué la naissance de notre association cinquantenaire, précise Fabien Cohen. Nous nous sommes créés au moment de l’élection de Salvador Allende au Chili, et en 1973, après le coup d’État, nous avons vu arriver les réfugiés. Ces femmes et ces hommes ont laissé en France une trace, et ont marqué à leur manière la vie culturelle, politique et associative de notre pays. » Ouverture des portes à 18h30 avec la projection du documentaire de Karine Bonjour La France Quilapayun suivie d’un débat avec Victor Quezada Perez, artiste franco-chilien né apatride en 1975. La suite de la soirée accueillera une cantine latina dans une ambiance café-concert avec la Orquesta portatil, un trio de musiciens chiliens férus de cumbias et de boleros. Projection en entrée libre, artistes au chapeau.
Le 22 juillet, France Amérique latine s’associe à Présences palestiniennes pour une journée d’événements au théâtre des Carmes. « Le drame palestinien a eu une résonance particulière en Amérique latine, où une communauté palestinienne est présente depuis longtemps, explique Fabien Cohen. Beaucoup de Latino-américains croient y voir la brutalité d’un état colonial qui refuse de prendre en compte la réalité et le droit des populations autochtones. A l’inverse, les régimes autoritaires latino-américains ont affiché leur soutien à Israël et ont fait appel à ses services pour contrôler leurs propres populations. Évidemment, chaque situation est très différente, mais des parallèles intéressants sont à faire. » Une belle journée en entrée libre également, dont la première partie évoquera la Palestine, avec dès 11h, Qui pourrait éteindre la guerre en moi : Gaza des poétesses, le spectacle créé par des amateurs lors de la dix-huitaine palestinienne au mois de mai, et repris pour l’occasion. A 13h, ce sera le spectacle du conteur franco-libanais Jihad Darwiche, Soumoud (Tenir bon!) qui sera donné. A 15h, en transition, le théâtre des Carmes accueillera une table ronde réunissant Présences Palestiniennes, France Amérique latine, Iva Company (spécialisée dans les pays de l’Est, la Russie notamment) et Amnesty international : « Face aux impérialismes, la place des artistes ». « Notre actualité géopolitique est marquée par l’impérialisme, l’interventionnisme, le suprémacisme et le colonialisme, constate Fabien Cohen. Au-delà des spécificités de chaque région, le contexte mondial questionne plus que jamais la Culture. Les artistes deviennent, parfois malgré eux, des acteurs politiques à part entière. » La suite de la journée accueillera Folie eau de vie, une lecture musicalisée par la Cie Ka-théâtre, adapté de Amour, colère et folie de Marie Vieux-Chauvet. « Écrire en Haïti, sous la dictature des Duvalier est un acte susceptible d’être accusé de transgression, explique Christine Matos, metteuse en scène et comédienne. C’est ce que Marie Vieux-Chauvet a fait avec « Amour, colère et folie » en Mai 1968. En passant par Simone de Beauvoir et les Éditions Gallimard, son roman a évité la censure officielle, mais il ne connaîtra les étagères des librairies que 35 plus tard. L’adaptation de José Pliya fait renaître sur la scène théâtrale une voix littéraire trop longtemps étouffée. » La soirée s’achève sur le concert de la chanteuse haïtiano-canadienne, Azaf. A 21h, elle chantera en hommage aux peuples cubains et haïtiens, qui paient tous deux encore le prix de s’être un jour levés contre la domination coloniale. A noter que ce dernier événement est le seul tarifé : 10€ (5€ pour les adhérents FAL et abonnés du théâtre des Carmes). Des spécialités latino-américaines sont proposées à la vente.
La Sélection FAL
Programme complet et présentation de la Sélection FAL ici.

France Amérique latine reçoit les compagnies de la Sélection FAL au Village du OFF le 12 juillet à 16h, pour une rencontre avec le public.
Parmi les huit spectacles de cette Sélection FAL, notons d’abord les très rares compagnies qui franchissent l’Atlantique pour venir au festival. Cette année, elles sont quatre… si l’on met de côté une compagnie guyanaise. Deux compagnies chiliennes arrivent dans le cadre du Pavillon Chili à la Manufacture : Daniela Castillo Toro et Nicolas Lange présentent Mi madre nada (ndlr : ma mère nage), en espagnol surtitré, un spectacle sur la quête d’une fille dans la mémoire vacillante de sa mère, atteinte d’Alzheimer. Une quête de mémoire qui résonne dans ce pays où la tentation de l’oubli des crimes de la dictature reste un sujet brûlant. La Compagnie Frío & L’ Aristotelia Chilensis vient quant à elle avec un spectacle qui s’annonce truculent, El mejor truco de magia jamas visto (Le meilleur tour de magie jamais vu) : une femme fréquente les funérailles comme une addiction. Pourtant, ce théâtre contemporain participatif en espagnol surtitré se révélera plus complexe qu’il en a l’air. La troisième compagnie étrangère est brésilienne. Espaço Mágico arrive à la Scierie avec Nietzsche, du cheval nous ne savons rien, un spectacle en portugais surtitré entre théâtre et performance, porté par le comédien João Paulo Lorenzon, nominé au prestigieux prix Shell comme meilleur acteur en 2012. Cette pièce prend pour point de départ un épisode de la vie de Nietzsche, qui s’est un jour effondré à la vue d’un cheval se faisant battre par son maître.

Enfin, FAL se plaît à rappeler que les langues française ou portugaise sont présentes sur le continent américain, faisant des pays et territoires francophones ou lusophones de ce continent une composante à part en tiers de l’Amérique dite « latine ». Le Québécois Jean-François Léger vient au théâtre de l’Arrache-Coeur chanter… le Brésil, avec ces grandes chansons de la bossa nova qui ont fait d’elle une révolution culturelle : « 60 ans de bossa nova » (notre compte rendu). Quant au dramaturge martiniquais Alfred Alexandre, il vient présenter à la Chapelle du Verbe incarné et au Balcon les trois volets de sa trilogie des Noctambules, mise en scène par la Compagnie guyanaise KS and CO. L’acte II, Un anniversaire se joue à la Chapelle du Verbe incarné avec deux femmes clowns finlandaises. Elles interprètent des sœurs jumelles qui s’inventent une sorte de cérémonie sabbatique, un improbable anniversaire durant lequel elles prendront la décision de «manger» le tyran. Enfin, la Sélection FAL retient la dernière création du comédien franco-argentin Pablo Contestabile, Le Trèfle, à la Luna, qui raconte l’histoire de sa famille, une famille italo-argentine, entre exil et amour indéfectible (notre compte rendu). La compagnie de tango ADT, qui crée au théâtre Golovine [4] saisons est aussi une valeur sûre de la sélection, avec la chorégraphe Ariane Liautaud (qui a signé un succès du OFF en 2024 en 2025 avec Tres son multitud). Là, elle retrouve le duo de tango, dans une métaphore de la vie d’un couple sur les Quatre saisons de Vivaldi et des airs de Piazzola. Quant au Souffle de la peur, dernière création du comédien et maître clown franco-chilien Victor Quezada Perez, il reprend un texte inédit de Matéi Visniec, ami de longue date de l’artiste. Une œuvre fondatrice qui interroge avec force les mécanismes de la paranoïa, de la fabrique du complotisme et de la peur comme ultime outil de contrôle de l’esprit humain.
Sonia
Photos :
Mi Madre Nada@Daniel Corvillon
El mejor truco de magia jamas visto@Dandiwarhol
60 ans de bossa nova@Eric Cimon
[4] Saisons@Rudy Menduni
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