
Dimanche 4 octobre 2026, 17h, CRR Grand Avignon, Amphithéâtre Mozart
Ouverture de saison de Musique Baroque en Avignon (site officiel)
En partenariat avec l’Accademia Chigiana de Sienne. Direction, Nicola Sani
Dans le cadre de la 10ème Semaine italienne d’Avignon – La Bella Italia
Avec le soutien de Petit-Palais Diffusion ; présidente Monique Albergati
En co-réalisation avec l’Opéra Grand Avignon
Zoreslava Vynnyk, contralto. Simone Gulli, clavecin

Georg Friedrich Haendel. Cantate pour contralto et basse continue, « Lungi da me, pensier tiranno », HWV 125b. Suite n° 2 en fa majeur, HWV 427, Adagio. Ariodante, Air de Polinesso, « Dover, giustizia, amor ». Il trionfo del Tempo e del Disinganno, Air du Plaisir (version pour contralto), « Lascia la spina, cogli la rosa ». Suite en ré mineur, HWV 437, Sarabande. Giulio Cesare in Egitto, Air de Cesare, « Empio dirò, tu sei ». Rinaldo, Récitatif et air de Rinaldo, « Cor ingrato, ti rammembri ». Suite en sol mineur, HWV 432, Passacaille. Tolomeo, re d’Egitto, Air de Tolomeo, « Tiranni miei pensieri ». Tamerlano, Air de Tamerlano, « A dispetto d’un volto ingrato ».
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Tarifs : 22€/ 18€ (adhérents)/ 10€ (jeunes -18 ans, étudiants -25 ans, handicapés, demandeurs d’emploi/ 5€ (Pass Culture, au guichet le soir des concerts)
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Voir aussi toute la programmation de la 27e saison 2026-2027 de MBA
Pour son concert d’ouverture de saison, MBA s’inscrit depuis plusieurs années au coeur de la Semaine italienne d’Avignon – la Bella Italia -, accueillant des artistes de grande qualité, grâce à des partenariats avec des institutions prestigieuses, comme l’Accademia Chigiana, qui avait déjà ébloui le public au sein du Petit Palais et qui propose à nouveau cette année un voyage musical de haute volée.
Ce programme propose un itinéraire à travers les pages les plus significatives de Georg Friedrich Händel, où le théâtre des affects et la réflexion morale se fondent dans une synthèse typiquement baroque.
L’ouverture avec la cantate « Lungi da me, pensier tiranno » révèle d’emblée la maîtrise du jeune compositeur à traduire le contraste entre trouble intérieur et rationalité. Cette exploration psychologique se poursuit dans les airs issus de chefs-d’œuvre lyriques tels qu’Ariodante, Giulio Cesare et Rinaldo, dont les protagonistes incarnent le héros baroque suspendu entre vertu et passion, s’exprimant à travers des écritures vocales virtuoses au fort impact dramatique.
À côté de la célèbre pureté mélodique de « Lascia la spina », le programme intègre la dimension instrumentale des Suites HWV 427, 432 et 437 : ici, des danses stylisées comme la Sarabande et la Passacaille revêtent une densité rhétorique presque philosophique, offrant des moments de méditation suspendue.
Le parcours ondule ainsi entre théâtralité et introspection, pour culminer dans la vigueur d’œuvres telles que Tolomeo et Tamerlano, témoignages de l’extraordinaire modernité et de la magnifique solennité sonore du « Caro Sassone ».
Musique Baroque en Avignon a interviewé les deux artistes, Zoreslava Vynnyk et Simone Gulli.
(MBA)
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BIOGRAPHIES

Zoreslava Vynnyk, contralto
Zoreslava Vynnyk, contralto, est née à Chortkiv, en Ukraine. Elle a reçu sa première formation musicale au Chortkiv Pedagogical College nommé d’après Oleksandr Barvinsky (2011–2015). Elle a commencé à étudier le chant lyrique à l’âge de 17 ans avec Nataliia Ivankiv. De 2015 à 2017, elle a étudié à la Vasyl Stefanyk Precarpathian National University à Ivano-Frankivsk, en Ukraine.
En 2017, elle a entamé ses études de chant lyrique au Conservatoire Claudio Monteverdi de Bolzano avec Ennio Capece. Depuis 2018, elle étudie le chant de la Renaissance et du Baroque au Conservatoire Francesco Antonio Bonporti avec Lia Serafini.
Au cours de ses études, elle s’est perfectionnée auprès de Mirko Guadagnini, Marco Scavazza et Walter Testolin.
Depuis 2022, elle étudie le chant à l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia sous la direction de Sara Mingardo. Dans le cadre du Chigiana Mozarteum Baroque Program, elle suit également les cours de perfectionnement en chant baroque de l’Accademia Musicale Chigiana de Sienne, également dirigés par Mingardo.
Au cours de son parcours académique, elle a participé à plusieurs festivals de musique ancienne et baroque, notamment Spazio et Musica – Festival de Musique Ancienne, le Festival de Musique Sacrée / Festival geistlicher Musik, ainsi que le Festival International du XVIIIe Siècle Musical Napolitain. Elle a collaboré avec des chefs tels qu’Alfredo Bernardini, Fabio Bonizzoni, Margarita Dalla Vecchia, Carlo Steno Rossi et Enzo Amato.
En juin 2022, elle a enregistré le rôle de Gelosia dans l’opéra La Flora de Marco da Gagliano, dans un enregistrement CD avec Elena Sartori.

Simone Gullì, clavecin
Simone Gullì est né à Rome et a obtenu son diplôme de piano avec les plus hautes distinctions. Il a étudié la musique ancienne et le clavecin auprès de Ottavio Dantone et J.B. Christensen à la Schola Cantorum Basiliensis. Il a ensuite obtenu un diplôme de clavecin au Conservatoire Giuseppe Verdi de Milan et une licence en Lettres à l’Université « La Sapienza » de Rome. De 2000 à 2008, il a vécu entre Lugano, Milan et Bâle, avant de retourner s’installer à Rome.
Simone Gullì collabore avec l’Orchestra Cherubini de Plaisance. En tant que soliste, il a participé à divers festivals et institutions, parmi lesquels le Konzerthaus de Vienne, l’Orchestre de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia de Rome et le Maggio Musicale Fiorentino. En tant que continuiste, il s’est produit dans les plus importants festivals de musique ancienne, tels que Halle, Beaune, Cracovie, ainsi que lors de quatre éditions du Festival de Salzbourg (2007–2010), parmi beaucoup d’autres.
Il a enregistré pour la télévision allemande, la Radio Svizzera Italiana, la radio polonaise, la radio autrichienne et Radio Vatican. Il a également enregistré pour de nombreux labels, dont Decca, RRM et Deutsche Grammophon, en collaborant avec diverses formations de musique ancienne et en se produisant aux côtés de chefs d’orchestre renommés tels que Claudio Abbado, Kurt Masur, Manfred Letonja, Claus Peter Flor, Federico Maria Sardelli, Alessandro De Marchi, Diego Fasolis, Ottavio Dantone et Riccardo Muti.
Depuis 2022, il est pianiste accompagnateur (maestro collaboratore) des cours de musique ancienne et d’interprétation historiquement informée du Chigiana Mozarteum Baroque Program, programme international de perfectionnement organisé par l’Accademia Musicale Chigiana de Sienne en collaboration avec l’Universität Mozarteum Salzburg. Dans ce cadre, il a collaboré avec des musiciens tels que Vittorio Ghielmi et Sara Mingardo.
Simone Gullì possède plus de vingt ans d’expérience dans l’enseignement. Depuis 2025, il est professeur de clavecin et de claviers historiques au Conservatoire Alessandro Scarlatti de Palerme. Depuis 2012, il enseigne également le piano (avec préparation aux examens ABRSM – Associated Board of the Royal Schools of Music) dans différents établissements de l’Istituto Visconti et de l’Istituto Mastroianni, parmi les écoles primaires et secondaires les plus prestigieuses du centre historique de Rome.
Il compte de nombreux élèves privés de différentes nationalités, principalement français, chinois et allemands, âgés de 5 à 75 ans. Parmi eux figurent également des étudiants et des diplômés du Conservatoire de Santa Cecilia souhaitant approfondir leurs compétences musicales, notamment en basse continue et en techniques d’improvisation. Certains de ses anciens élèves ont également été initiés à l’enseignement grâce à Musichiamo.
Musique Baroque en Avignon a reçu Simone Gullì en octobre 2025.
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ANALYSE DES ŒUVRES
Né à Halle en 1685, Haendel fait preuve très jeune de dons musicaux exceptionnels. Il étudie l’orgue, le clavecin et la composition, et écrit ses premières sonates en trio à l’âge de 14 ans, période à laquelle il se trouve à Berlin. Impressionné par le talent de claveciniste et les dons d’improvisation du jeune homme, le Prince Electeur de Brandebourg Frédéric Ier, et sa femme, lui proposent de l’envoyer étudier en Italie. Mais la famille du jeune homme s’y oppose. Haendel devra attendre une décennie avant d’effectuer ce voyage. Il séjourne en Italie de 1707 à 1710.
Une période faste au cours de laquelle il compose des opéras, des oratorios et pas moins d’environ cent cinquante cantates. Parmi elles figure Lungi da me, pensier tiranno (Eloigne-toi de moi, pensée tyrannique). Elles ont comme point commun d’être influencées par le style vocal d’Alessandro Scarlatti et l’écriture instrumentale d’Arcangelo Corelli. Mais Haendel n’oublie ni la tradition allemande à laquelle il a été formé ni le goût français pour les couleurs orchestrales. Les textes sont inspirés de la poésie arcadienne. Ils évoquent un lieu idéal dans lequel se font et se défont les amours des bergers, des nymphes et des dieux de la mythologie grecque. La cantate Lungi da me n’échappe pas à la règle. Elle décrit les tourments d’un personnage féminin, jamais nommé, amoureux du berger Tirsi, mais rongé par la jalousie. Elle est composée de trois récitatifs et de trois airs qui expriment la progression des sentiments de cette femme qui lutte contre la jalousie et qui revient à la raison.
C’est aussi de cette période italienne que date l’oratorio Il Trionfo del Tempo e del
Disinganno (Le Triomphe du Temps et de la Désillusion). Il s’agit du premier oratorio de Haendel, composé alors que le pape Innocent XI avait fait interdire toute représentation dans la Ville Sainte, les oratorios profanes contournant cette interdiction. Il Trionfo, sur un livret du Cardinal Benedetto Pamphili, protecteur romain de Haendel, met en scène de manière allégorique quatre personnages, la Beauté, le Plaisir qui incite celle-ci à jouir de l’instant présent, et Le Temps et la Désillusion qui rappellent que la beauté n’est pas éternelle et que les illusions terrestres sont justement bien souvent vaines. La Beauté finira par se rallier aux théories du Temps et de la Désillusion. De nombreux airs d’Il Trionfo ont été réutilisés dans des œuvres ultérieures de Haendel, tel le « Lascia la spina, cogli la rosa ». Dans cet air Le Plaisir tente une dernière fois de convaincre La Beauté de lui rester fidèle : « Laisse l’épine, cueille la rose ; tu t’en vas quérir ton martyre. » La blanche rosée à peine effleurée, se répandra lorsque le cœur ne le croira pas. » Cet air, lui-même adapté d’une sarabande d’un opéra précédent, Almira, créé à Hambourg en 1805, deviendra en 1711 le célèbre « Lascia ch’io pianga », de l’opéra Rinaldo.
Après ces années italiennes, Haendel est de retour dans son pays natal. Il y effectue un bref séjour à Hanovre avant de partir pour Londres, ville qui à ses yeux lui semble à la hauteur de ses espérances musicales. Il est engagé par le Queen’s Theatre in the Haymarket, pour lequel il composera la plupart de ses opéras, en particulier Giulio Cesare in Egitto, Rinaldo, Tolomeo, re d’Egitto et Tamerlano, qui sont au programme de ce concert. Ils ont pour point commun les tourments amoureux avec leurs moments de fidélité, de tromperie, de haine, de ruse et d’intrigue, avant le triomphe final du véritable amour.
Seul parmi ces quatre opéras, Ariodante, sur un livret d’Antonio Salvi, a été créé au Convent Garden, le 8 janvier 1835. Le succès est au rendez-vous dès la première. Le public adhère à cette histoire tirée de l’Orlando furioso du poète italien L’Arioste, et dans laquelle Haendel porte une attention particulière à la définition des personnages pour raconter les amours du chevalier Ariodante et de la fille du roi d’Ecosse, Ginevra, contrariés par Polinesso, duc d’Albany. L’air « Dover, giustizia amor » est celui que chante Polinesso à l’Acte III lorsqu’il propose au Roi de devenir le protecteur de sa fille, dans le but de monter un jour sur le trône.
Giulio Cesare est parmi les opéras de Haendel celui qui est resté aujourd’hui le plus populaire. Quintessence de l’opera seria, il a été écrit pour le compte de la Royal Academy of Music. Une institution lyrique, créée quelques années plus tôt par des membres de la noblesse britannique, dont Haendel était le directeur musical. Le livret de Nicola Francesco Haym raconte la visite de César en Egypte en 48 av. J.-C, sur fond d’histoire amoureuse avec la Reine Cléopâtre. Le rôle-titre a été créé par le célèbre castrat Senesino. Dans l’air « Empio dirò, tu sei », à l’Acte I, César exprime sa profonde colère, alors qu’un envoyé de Ptolémée, le frère cadet de Cléopâtre, lui a apporté en guise de cadeau de bienvenue, la tête de Pompée, son rival avec lequel il vient de faire la paix.
Premier opéra britannique de Haendel, Rinaldo, créé en février 1711, remporte un succès immédiat, et assoit définitivement la notoriété du compositeur. Rinaldo, sur un livret de Giacomo Rossi, est aussi le premier opéra en langue italienne composé pour une scène londonienne. L’histoire est inspirée de Jérusalem délivrée du poète italien Le Tasse, qui raconte la Première Croisade à Jérusalem de Godefroy de Bouillon à la fin du XIe
siècle. Dans l’air « Cor ingrato, ti rammembri » à l’Acte I, le chevalier Rinado exprime son désespoir, après que sa fiancée Almirène, la fille de Goffredo, a été enlevée par la magicienne Armida.
Tout comme Giulio Cesare, Tolomeo, également sur un livret de Haym, est inspiré de faits historiques, qui ont eu lieu dans les années 100 avant J.-C, sous le règne de Ptolémée IX, de sa mère Cléopâtre III et de son frère cadet Alexandre Ier. Créé en avril 1728, avec également dans le rôle-titre Senesini, Tolomeo est le treizième et dernier opéra de Haendel écrit pour la Royal Academy of Music. L’arioso « Tiranni miei pensieri » (« Pensées tyranniques, donnez-moi un instant de répit ! ») que chante Tolomeo à l’acte I, exprime la confusion de ses sentiments. Il veut venger la mort de son épouse qui a péri en mer, et se venger de sa mère qui a mis son frère sur le trône d’Egypte. Mais il ne peut se résoudre à de tels actes, et face à cette situation inextricable il cherche un moment de répit dans le sommeil.
Avec Tamerlano, c’est cette fois le chef mongol Tamerlan (1336-1405) que Haendel met en musique, là aussi sur un livret de Haym. Tamerlano retient prisonnier l’émir turc Bajazet, il est amoureux de sa fille Asteria qui aime le prince grec Andronico, lui- même au service de Tamerlano. Dans l’air « A dispetto d’un volto ingrato » (« À voir les mépris d’une ingrate, le cœur redouble de fureur ; Et dans mon sein, aux tumultes de l’âme seule ma rage enfin rendra la paix »), Tamerlamo exprime sa rage après avoir été rejeté par Asteria.
Le programme de ce soir propose également des extraits de trois Suites pour clavecin de Haendel. Lorsqu’il arrive à Rome, Haendel est précédé d’une solide réputation de claveciniste. À Halle il avait obtenu un poste d’organiste et à Hambourg il tenait le clavecin dans la fosse du Theater am Gänsemarkt. Un chroniqueur romain relate en janvier 1707 ce qui semble être l’une des premières apparitions publiques de Haendel : « Un Saxon est arrivé dans cette ville, qui est un excellent claveciniste et compositeur, et a donné aujourd’hui la mesure de son talent en jouant sur l’orgue de Saint Jean à l’admiration de tous ». Synthèse des styles français, italien et allemand, les Suites de Haendel ont été publiées à Londres en deux recueils. Le Premier comprend la Suite n°2 en Fa majeur HWV 427 et la Suite n°7 en Sol mineur HWV 432, tandis que c’est dans le Second cahier que se trouve la Suite n°4 en Ré mineur HWV 437, célèbre pour sa Sarabande utilisée dans un arrangement pour orchestre dans le film Barry Lyndon de Stanley Kubrick en 1975.
Jean-Michel Dhuez
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