Aimer malgré tout
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La Manufacture, 11h05, durée : 1h05. Du 4 au 21 juillet, relâche les 9 et 16 juillet. Réservations : 04 90 85 12 71.
Inspiré de la bande dessinée La rose la plus rouge s’épanouit de Liv Strömquist, Une rose plus rouge, mis en scène par Christine Muller, dissèque les mécanismes des relations amoureuses contemporaines. En s’appuyant sur des matériaux documentaires, des références sociologiques et des récits plus personnels, le spectacle interroge notre manière d’aimer à l’heure des applications de rencontre, de l’immédiateté et de la peur grandissante de la solitude. Sommes-nous encore capables de construire une relation durable lorsque nos émotions semblent sans cesse mises à l’épreuve ?
Accompagnées au chant et aux instruments par Mélanie Gerber, Clara Koskas et Pénélope Martin livrent une performance d’une grande intensité. Leur interprétation repose sur une remarquable complémentarité où les corps dialoguent autant que les voix. Les mouvements, parfois concordants, parfois opposés, traduisent les élans, les hésitations et les fractures qui jalonnent les histoires d’amour. Les silences, les ruptures de rythme et les montées en tension participent pleinement à cette exploration des sentiments, entre humour, fragilité et violence.
La mise en scène privilégie une écriture visuelle épurée mais aussi évocatrice. Les objets du quotidien sont détournés avec inventivité pour devenir les symboles d’une société hyperconnectée, où le téléphone portable occupe une place envahissante jusque dans l’intimité des relations. Ce choix artistique donne une dimension universelle aux propos en révélant la manière dont nos habitudes numériques façonnent désormais nos comportements amoureux.
La scénographie joue elle aussi un rôle essentiel. Les rideaux et les drapés structurent l’espace scénique, créant tour à tour des voiles, des séparations ou des refuges. Ils matérialisent les distances qui s’installent entre les êtres, les zones d’ombre, les non-dits et les fantasmes. Les changements d’espace, fluides et presque chorégraphiés, accompagnent les métamorphoses émotionnelles des personnages sans jamais rompre le rythme du spectacle.
Cette esthétique sobre laisse toute sa place au jeu des interprètes et au texte, tout en plongeant le spectateur dans une véritable expérience immersive. À la fois sensorielle, théâtrale et sociologique, Une rose plus rouge nous invite à prendre du recul sur nos propres manières d’aimer. Derrière la légèreté apparente de certaines scènes affleure une réflexion profonde sur les injonctions sentimentales de notre époque, le désenchantement amoureux et la difficulté persistante de créer un lien authentique avec l’autre.
Christèle. Photo Doriane Tchekhovitch
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