Un seule-en-scène d’une rare intensité !
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Train bleu, 14h05, durée : 1h55 (trajets en navette compris). Du 4 au 23 juillet, relâche les 5, 12 et 19 juillet. Réservations en ligne.
Comment une adolescente brillante peut-elle basculer dans l’embrigadement et la radicalisation via les réseaux sociaux ? Le texte de Catherine Benhamou ne cherche ni à juger ni à expliquer hâtivement. Elle tente de comprendre. D’une grande finesse, il explore les mécanismes de l’emprise, le besoin d’exister, la quête d’identité et les failles dans lesquelles s’engouffrent les manipulateurs. Un sujet brûlant, traité avec une profonde humanité.
Sur scène, une seule comédienne, Marion Trémontels, porte cette traversée bouleversante et relève ce défi avec justesse, intensité et humanité. Elle incarne tour à tour Imène, Jasmine et tous les personnages qui gravitent autour de leur histoire, passant d’une voix à l’autre, d’une émotion à l’autre, d’une scène à l’autre avec une fluidité saisissante. Son interprétation impressionne autant par sa précision que par son intensité. Son élan, sa présence magnétique et sa capacité à faire naître les silences autant que les mots maintiennent le spectateur dans une tension permanente. À travers son engagement physique et émotionnel, elle nous fait ressentir la violence des mécanismes d’emprise, sans jamais céder au pathos.
La mise en scène d’Heidi-Éva Clavier fait le choix de la sobriété. Ce dépouillement laisse toute la place au texte et à l’interprétation, permettant à l’imaginaire du spectateur de reconstruire les lieux, les visages et les événements. Rien n’est surligné, tout est suggéré. Ce parti pris donne une force supplémentaire au récit et met admirablement en valeur la performance de la comédienne.
Mais Romance dépasse le simple récit de la radicalisation. C’est avant tout une histoire d’amitié, de jeunesse en quête de reconnaissance, de solitude et de vulnérabilité. Catherine Benhamou rappelle avec justesse que les discours extrémistes prospèrent d’abord sur les blessures, les exclusions et le sentiment d’invisibilité. Son écriture sensible refuse les raccourcis et replace constamment l’humain au centre de la réflexion.
Ce seule-en-scène est un véritable tour de force. Grâce à une interprétation d’une rare intensité, Marion Trémontels nous entraîne dans une succession d’émotions où se mêlent compassion, inquiétude, révolte et espoir. Son engagement total donne au texte une puissance qui continue de résonner bien après la représentation.
Un spectacle profondément actuel, bouleversant et nécessaire, qui rappelle combien le théâtre peut éclairer les blessures de notre époque avec émotion et intensité.
Christèle @Laurent Delisle
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