Quand la littérature devient un acte de résistance
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Bourse du travail, 15h, durée : 1h30. Du 4 au 25 juillet, relâche les 6, 13 et 20 juillet. Réservations : 06 08 88 56 00.
Adaptée de la pièce éponyme de Gilad Evron, écrite en 2010, Ulysse à Gaza trouve aujourd’hui une résonance saisissante. Dès l’entrée dans la salle, le spectateur est interpellé : les cinq comédiens sont déjà présents sur le plateau, entourés de dizaines de figurines Playmobil dispersées au sol. Ce dispositif, d’une simplicité désarmante, évoque immédiatement une humanité réduite à de simples silhouettes anonymes, manipulables et fragiles. Le ton est donné.
La pièce dénonce avec force la situation vécue à Gaza : les humiliations, le blocus, les arrestations arbitraires, les abus de pouvoir et, plus largement, le processus de déshumanisation auquel est confrontée toute une population. Une phrase résonne comme un avertissement : « Gaza, c’est le grand laboratoire de l’humanité, c’est l’accumulation du désespoir à venir. » Au-delà du contexte politique, le spectacle pose une question universelle : jusqu’où un peuple peut-il en opprimer un autre sans perdre sa propre humanité ?
Mais Ulysse à Gaza ne se limite pas à une dénonciation. La pièce est aussi une réflexion sur la place de la culture dans un monde en guerre. Le personnage d’Ulysse, arrêté alors qu’il tente d’acheminer des œuvres de littérature russe vers Gaza sur un improbable radeau de bouteilles en plastique, incarne une forme de résistance profondément pacifique. Son geste peut sembler dérisoire, presque utopique. Pourtant, le spectacle nous invite à nous interroger : peut-on vivre sans littérature ? Lire est-il devenu un acte de résistance ? La culture peut-elle encore préserver une part d’humanité lorsque tout semble s’effondrer ?
Face à lui, Isakov, l’avocat commis d’office, apparaît d’abord comme un homme résigné, enfermé dans les limites du droit et des compromis. Peu à peu, au contact d’Ulysse, ses certitudes vacillent. Les autres personnages, entre cynisme, peur et vulnérabilité, composent une galerie de figures complexes qui évitent toute caricature et rendent le propos d’autant plus puissant.
La mise en scène de Michel Courtaou accompagne admirablement cette tension permanente. Les jeux de clair-obscur sculptent l’espace et isolent les personnages dans des tableaux successifs qui construisent un récit plus vaste. Certaines scènes se répondent ou se superposent, créant une véritable écriture cinématographique où les émotions prennent le pas sur les effets spectaculaires. La scénographie, volontairement épurée, laisse toute sa place aux dialogues et au jeu des comédiens.
Ces derniers livrent une interprétation d’une grande justesse. Les dialogues, finement ciselés, alternent gravité, ironie, humour et parfois même absurdité, rappelant que le théâtre est aussi capable de faire naître le sourire au cœur de la tragédie. Cette alternance de registres rend les personnages profondément humains et donne au spectacle une intensité émotionnelle constante.
Créée en France en 2025 par la Compagnie Le Bar de la Poste, cette œuvre apparaît aujourd’hui d’une lucidité presque visionnaire. Plus qu’un spectacle sur Gaza, Ulysse à Gaza est une réflexion sur notre responsabilité face aux drames du monde, sur le pouvoir de la littérature et sur la nécessité de préserver la dignité humaine. Un théâtre engagé, profondément humaniste, qui ne cherche pas à imposer des réponses mais qui oblige chacun à se poser les bonnes questions.
Christèle. Photo Thierry Vaudé
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