Quand un film culte devient un manifeste théâtral
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Halles, 14h30, durée : 1h20. Du 4 au 25 juillet, relâche les 8, 15 et 22 juillet. Réservations : 04 32 76 24 51.
Comment revisiter un monument du cinéma trente-cinq ans après sa sortie, alors même que le Festival de Cannes 2026 a choisi Thelma & Louise comme affiche officielle ? C’est le défi relevé avec brio par Cyrielle Voguet et Anna Pabst. Plutôt que de proposer une simple adaptation, les deux artistes convoquent leurs propres souvenirs du film de Ridley Scott pour en offrir une relecture résolument contemporaine. Le road movie devient ici un voyage intime et collectif, où se mêlent mémoire du cinéma et réalités d’aujourd’hui.
La sororité, moteur du récit originel, demeure au cœur de la pièce. Mais elle s’enrichit d’une réflexion sur les violences faites aux femmes et sur les combats qui restent à mener. Trente-cinq ans après la sortie du film, le constat est amer : malgré les évolutions de la société, le chemin parcouru paraît parfois bien mince. Une question traverse alors le spectacle avec force : les femmes doivent-elles encore se battre pour conquérir une liberté qui semble toujours fragile ?
L’une des grandes réussites de la mise en scène réside dans son dispositif dramaturgique. Deux récits se déploient simultanément. D’un côté, celui de Thelma et Louise, évoqué grâce à un écran géant diffusant des extraits visuels tandis que les comédiennes recréent, sur le plateau, les scènes emblématiques à bord d’une voiture suggérée avec une remarquable économie de moyens. De l’autre, celui de Cyrielle et Anna, qui deviennent narratrices de leur propre histoire en tenant un carnet de bord. Ce dialogue permanent entre fiction et autobiographie donne une profondeur nouvelle au spectacle et rappelle combien certaines œuvres marquent durablement les existences.
Les choix scénographiques participent pleinement à cette mise en abyme. Les projections vidéo ne sont pas là pour illustrer le spectacle : elles dialoguent en permanence avec le film original. Elles ravivent des images que beaucoup de spectateurs ont en mémoire, tout en leur donnant un nouveau sens sur scène. Quant à la voiture, évoquée avec quelques éléments de décor seulement, elle laisse une large place à l’imagination. Ce choix de sobriété scénographique fonctionne parfaitement : il suffit de quelques accessoires et du jeu des comédiennes pour nous entraîner dans cette aventure théâtrale. La création sonore constitue également un véritable parti pris artistique. Les musiques et les chansons, loin d’être de simples références au film, deviennent réappropriation par les deux comédiennes qui les interprètent en direct; elles deviennent un langage scénique à part entière, ponctuant le récit, traduisant les émotions et renforçant la complicité entre les personnages. Cette appropriation musicale donne au spectacle une identité propre et l’éloigne du simple hommage cinématographique.
En mêlant théâtre, vidéo, musique et récit personnel, Thelma, Louise et nous interroge avec finesse l’héritage d’une œuvre devenue emblématique du féminisme. Sans jamais délivrer un discours militant appuyé, Cyrielle Voguet et Anna Pabst invitent le public à mesurer ce qui a changé… et surtout ce qui demeure encore ! Leur spectacle rappelle que certaines histoires continuent de résonner parce qu’elles posent encore les bonnes questions. Une relecture sensible, inventive et profondément actuelle, qui fait dialoguer le mythe avec notre époque.
Christèle. Photo Julie Cherki
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