Quand la parole brise la glace devant l’innommable
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Le 11, 22h30, durée : 1h45. Du 4 au 23 juillet, relâche les 10 et 17 juillet. Réservations : en ligne.
Le consentement est aujourd’hui au cœur des débats de société. Avec une remarquable finesse, Les Glaces explore cette question essentielle en s’intéressant aux ravages silencieux des violences sexuelles et à leurs répercussions à travers les générations.
Lorsque Noémie apprend que son fils est accusé de viol, son propre passé ressurgit brutalement. Vingt-cinq ans après l’agression qu’elle a subie, elle ne peut plus enfouir ce traumatisme. Les deux histoires se répondent alors dans une construction dramaturgique particulièrement habile, où passé et présent se mêlent pour interroger la mémoire, la transmission des violences et le chemin difficile vers la parole.
Rébecca Déraspes signe un texte d’une grande intelligence, qui refuse tout manichéisme. La vérité apparaît ici multiple, façonnée par le temps, les regards et les blessures de chacun. Comment vivre après l’indicible ? Que reste-t-il lorsque le silence s’installe ? Peut-on réellement se reconstruire sans affronter la vérité ? Autant de questions qui traversent cette œuvre avec une profonde humanité.
Le message est sans équivoque : le désir ne donne aucun droit. Face au déni, à la honte et aux silences qui entourent encore trop souvent les violences sexuelles, la pièce rappelle l’urgence de nommer les faits, d’écouter les victimes et d’assumer ses responsabilités. La parole devient ici un acte de survie autant qu’un acte de justice.
La mise en scène de Sophie Langevin accompagne admirablement cette écriture sensible. Le dispositif scénique, sobre et modulable, épouse les différents espaces du récit sans jamais détourner l’attention de l’essentiel : les êtres. Les corps évoluent dans une pénombre soigneusement travaillée où les jeux de lumière sculptent les émotions autant que les silences. Car ces silences, omniprésents, disent parfois davantage que les mots. L’univers sonore, puissant sans être envahissant, accentue encore la tension dramatique et la fragilité des personnages.
Les comédiens livrent une interprétation d’une grande justesse. Avec pudeur, intensité et une émotion constamment contenue, ils donnent chair à des personnages profondément meurtris sans jamais tomber dans le pathos. Leur jeu, d’une remarquable précision, rend palpable la violence des traumatismes tout en laissant affleurer l’espoir d’une reconstruction.
Après la vague #MeToo, Les Glaces résonne avec une force particulière. La pièce nous pousse à nous interroger sur les mécanismes qui perpétuent les violences, sur nos responsabilités individuelles et collectives, sur les dénis qui persistent encore, mais aussi sur la possibilité d’une justice véritablement réparatrice. Un spectacle exigeant, bouleversant et nécessaire, qui laisse le spectateur face à ses propres certitudes et rappelle que la parole demeure la première étape vers la liberté.
Le texte de Rébecca Déraspes a reçu en 2023 le Prix Michel-Tremblay, récompensant le meilleur texte dramatique québécois.
Christèle. Photo @ Bohulil Kostohrytz
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