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Orchestre National Avignon-Provence, Jean-François Zygel piano, Débora Waldman dir. (17/28-04-2026)

 

Vendredi 17 avril 2026, 20h, 1h, Opéra Grand Avignon

Mardi 28 avril 2026, GTP, (Grand théâtre de Provence), Aix-en-Provence

Orchestre National Avignon-Provence (site officiel). Jean-François Zygel, piano. Débora Waldman, direction

Ludwig van Beethoven, extraits des symphonies N° 3 (3e mvt), 5 (1er et 2e mvts), 6 (4e mvt), 7 (2e et 4e mvts), 8 (2e mvt) et du 4e concerto pour piano (2e mvt). Valse en ré majeur WoO 17, n°11. Marche militaire en ut majeur op.45 n° 1. Hymne à la joie

Voir aussi toute la saison de l’Onap, le concert précédent de l’Onap, et tous nos articles d’avril 2026

« Mon Beethoven à moi » : on en redemande !

Toujours le marque-page, mais nous avons retrouvé un programme de salle pour ce concert, que nous qualifierons d’agréablement pédagogique, animé par Jean-François Zygel, avec la complicité de Débora Waldman et des musiciens de l’ONAP.

Cela dit, il était impossible, en cette soirée du 17 avril, de manquer Jean-François Zygel : les absents pouvaient le retrouver, au même moment, à la télévision sur France 4, dans son émission Les clefs de l’orchestre. Mais nous avions, nous, le privilège de l’avoir en direct sur la scène de l’Opéra, et nous dirons d’emblée qu’il a su, par son talent de conteur, ses anecdotes, son humour, ses connaissances musicales et son talent pianistique, nous rendre un Beethoven humain, familier, abordable, et captiver une salle comble et complice, pendant une bonne heure et demie, que nous n’avons pas vue passer.

Pour nous faire connaître son Beethoven à lui, Jean-François Zygel avait choisi de nous transporter au 22 décembre 1808, à Vienne, au Theater an der Wien, jour où le compositeur avait organisé, à son bénéfice, avec les moyens du bord et dans le froid, un concert de près de 4 heures de ses œuvres. Il y avait donné, entre autres, pour la première fois en public, les 5e et 6e symphonies et le 4e concerto pour piano. Sa surdité évoluant, c’était la dernière fois qu’il se produisait au piano avec un orchestre.

Zygel avait tenu aussi à mettre en avant le talent d’improvisateur de Beethoven et, par la même occasion, le sien propre, demeurant, parfois, dans le style du maître, s’en échappant d’autres fois, vers plus d’originalité et de liberté.

Le fil rouge de la soirée était de mettre l’accent sur les innovations apportées par le compositeur au monde musical, en particulier la symphonie, mais c’est sans doute son thème le plus populaire qui ouvrait le propos, les fameuses quatre notes initiales de la 5e symphonie, trois points – un trait, la lettre V en morse, V comme Victoire, l’indicatif de Radio Londres durant la 2ème guerre mondiale. L’orchestre débutait le mouvement, Zygel prenait la suite au piano, improvisant sur le thème des variations plutôt apaisées.

Une première innovation : l’introduction du scherzo dans la symphonie, à la place du menuet, un scherzo dans son sens premier de plaisanterie, un état d’esprit que ne dédaignait pas Beethoven. Un exemple ? Le 3ème mouvement de la 3ème symphonie, avec l’ajout d’un 3ème cor au lieu des deux habituels, mouvement que l’orchestre donna dans son entier.

Et, pour continuer, Beethoven apôtre de la parité cordes / vents, avec un renforcement du rôle de ces derniers, jusque-là plutôt en appui ou accompagnement de cordes dominantes. Le 2ème mouvement, gai et sautillant, de la 8ème symphonie venait illustrer le propos, l’orchestre commençant, Zygel prenant la suite avec une jolie improvisation se terminant sur les aigus légers du piano.

Une question de charnière : Beethoven, classique ou le premier des romantiques ? Il est de formation classique, mais pour Zygel, pas de doute, c’est un romantique. Il introduit en musique des impressions, des sentiments plus personnels, et surtout, « un romantique, ça écrit des marches funèbres », quatre repérées chez notre compositeur, notamment les 2ème mouvements des 3ème et 7ème symphonies et le début de la Clair de Lune. Et de rappeler le poème désespéré que Johnny Halliday déclama en 1970 sur le 2ème mouvement de la 7ème, lequel était introduit par l’orchestre avant de laisser place au piano pour une improvisation lente et introvertie rythmée par une note grave répétée à la main gauche.

Beethoven fut le premier à introduire la valse, d’origine villageoise, dans la musique savante. L’orchestre donna pour exemple la dernière des 11 danses de Mödling (dont 4 valses). On sait qu’il eut aussi une passion pour les musiques populaires ; il eut à ce sujet une relation avec l’éditeur écossais George Thomson, qui avait pour souci la sauvegarde de ces musiques, originaires de divers pays, que le temps pouvait menacer d’oubli. Il demandait ainsi, à certains compositeurs, d’en écrire des arrangements. Beethoven fut du lot pour plus de 150 mélodies ; Zygel, au piano, nous en donna un exemple.

Il y eut une première fois, il y eut une dernière. Nous l’avons dit, le 4ème concerto pour piano, créé en public lors du concert du 22 décembre 1808, vit Beethoven jouer pour la dernière fois avec un orchestre. Dans le 2ème mouvement, où orchestre et soliste alternent, la partie d’orchestre était écrite, mais pas la partie pour le piano, que le compositeur joua en appliquant les idées musicales qu’il avait en tête. Zygel nous reproposa l’épisode, avec l’orchestre, en se glissant dans la peau du maître et nous offrant des interventions du piano quelque peu surprenantes par rapport au texte qui nous est connu aujourd’hui.

Comme nombre de ses confrères, Beethoven n’échappa pas aux œuvres de circonstance et, en ces périodes marquées par la guerre, aux musiques militaires, qu’il pouvait donner dans une approche un peu moqueuse, telle cette première marche, pour piano à quatre mains, de l’opus 45. Il fallait pour cela un deuxième pianiste : Zygel nous présenta une jeune élève, 14 ans, du conservatoire du Grand Avignon, Jeanne Tavan, qu’il plaça à sa droite et qui s’en sortit fort bien, acclamée, sans doute pour la première fois de sa vie, par un public si nombreux.

Beethoven et la nature. Comment ignorer la symphonie « pastorale », intitulé que le compositeur donna lui-même à son œuvre, et non l’un de ses éditeurs ? Zygel choisit de nous décortiquer l’orage, ses différentes phases et leur instrumentation, puis, après son exécution par l’orchestre, l’improvisa spectaculairement au piano, un calme initial simulant les gouttes de pluie, précédant un épisode violent évoquant le vent, les éclairs, marqué de glissandi et de pincements des cordes de la table d’harmonie, avant le retour vers un apaisement empreint de gravité.

Dernière nouveauté enfin avec Beethoven, l’introduction du chœur dans une symphonie, bien sûr la neuvième, avec son ode à la joie. 30 ans d’esquisses pour en arriver là. Moment mémorable ! Zygel au piano, c’est le public, complice, qui chanta en chœur la mélodie (pas les paroles). Et l’on recommença avec l’orchestre, et encore une fois sur la partie en triolets de l’orchestre. Le résultat fut honotable, et me laisse penser qu’il devait bien y avoir, cachés dans le public, quelques choristes un peu plus expérimentés.

La joie venue, la joie conquise, la soirée s’achevait à l’orchestre avec le final de la 7ème symphonie.

Je vous laisse imaginer les ovations et applaudissements qui saluèrent longuement la prestation de Jean-François Zygel et de nos musiciens. Un dernier plaisir qu’il nous offrit : une improvisation humoristique sur la Lettre à Elise, avec variations en tous genres, jusqu’au jazzy, et introduction de quelques courtes citations venues d’autres œuvres ou de la variété.

Soirée absolument réussie, donc, passionnante et pleine d’enseignements pour un public conquis et ravi, et Zygel n’oublia pas de remercier tous les acteurs l’ayant permise, Débora Waldman, à la direction toujours dynamique et précise, l’orchestre, à la hauteur de l’évènement et qui sut s’adapter à toutes les situations, la jeune Jeanne Tavan, et, les citant nommément, les techniciens de la lumière, du son, de la régie, et l’administration.

De telles actions pédagogiques grand public, on en redemande.

B.D. Photos concerts G.ad., Carpentras et Orange

Comme une hirondelle fidèle, le printemps attire Jean-François Zygel en Provence, avec des programmes divers : Beethoven et l’Orchestre National Avignon-Provence l’accompagnent à Avignon (vendredi 16 avril) et Aix-en-Provence (mardi 28 avril) ; et le mercredi 29 avril, il sera à Bonnieux, au cœur du Luberon, pour un atelier d’improvisation, en partenariat avec les Musicales du Luberon (voir le programme de printemps des Musicales). Et nous savons par l’organisatrice Viviane Dargery, qu’il participera, comme chaque année fin août, aux Ferréofolies, dans la petite chapelle au pied du village de Viens, aux confins du Vaucluse et des Alpes-de-Haute-Provence.

Nous avons eu nous-même le bonheur de l’y entendre plusieurs fois à Carpentras en 2022, à Manosque en 2025, à Viens en 2022, en 2023, en 2024…, et de recueillir à plusieurs reprises en entretien ses impressions d’avant-concert en 2018, pour sa venue en Provence en 2019, pour le « portrait musical » de Carpentras en janvier 2022, pour les Ferréofolies en août 2022 et  en août 2025.

Si Beethoven figurait en tête du programme pour Avignon et Aix – mais quelque peu brouillé par l’écriture phonétique, qui sous-tend toute cette saison – , à l’évidence l’adjectif possessif « mon », renforcé par le pronom personnel « à moi », ne laissait aucun doute sur l’appropriation doublelment revendiquée, qui est devenue l’ADN, et le talent, de Jean-François Zygel.

G.ad.

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