« Fraternité »

Vendredi 19 juin 2026, 20h, Opéra Grand Avignon
Orchestre National Avignon-Provence. Débora Waldman, direction
Chœur de l’Opéra Grand Avignon. Alan Woodbridge, chef de chœur
Chœur de l’Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie. Noëlle Gény, cheffe de chœur
Andreea Soare, soprano. Julie Robard-Gendre, mezzo-soprano. François Rougier, ténor. Thomas Dolié, baryton
Ludwig van Beethoven, Symphonie n° 9
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Voir aussi toute la saison 2025-2026 de l’Orchestre National Avignon-Provence…
Soirée particulière que ce concert du 19 juin, quelque peu empreint d’émotion. Après 6 ans à la tête de l’Orchestre National Avignon Provence, que ses projets et son dynamisme avaient mené en 2020 à cette reconnaissance d’Orchestre National en Région, Débora Waldman dirigeait pour la dernière fois, sur la scène avignonnaise, en sa qualité de directrice musicale, un concert symphonique.

Pour cette dernière séance, c’est la 9ème de Beethoven, l’hymne à la joie et à la fraternité, qui avait été choisie pour symphonie des adieux. Des adieux, pas tout à fait, car nous aurons encore le plaisir de recevoir Débora Waldman (@Edouard Brane) la saison prochaine, à l’opéra, pour Aïda, dès le mois d’octobre, et qui sait, plus tard, comme cheffe invitée. C’est à souhaiter, étant donné l’empreinte qu’elle aura laissée dans la vie musicale avignonnaise. Notons aussi qu’elle dirigera encore son orchestre le 11 juillet au théâtre des Carrières aux Taillades, près de Robion (programme Mendelssohn, Brahms) dans le cadre du festival d’été des Musicales du Luberon, et que Classiqueenprovence fera avec elle à cette occasion un bilan de son passage en terre vauclusienne.
Comme à son habitude, la cheffe allait imprimer à l’œuvre proposée dynamisme, intensité et puissance. Cette injection d’énergie a certes ses qualités, mais aussi ses défauts. Avec le choix d’un tempo plutôt rapide, l’attaque du premier mouvement, nous a paru manquer de mystère. La puissance en jaillit tout de même, mais le mouvement, dans l’ensemble plutôt fougueux et conquérant, semblait manquer parfois de profondeur ou d’instants plus apaisés.
C’est une impression. Je dois avouer qu’un fauteuil d’orchestre n’est pas le mieux placé pour apprécier la qualité d’une interprétation, et le deuxième mouvement, toujours décidé et rapide, n’a pu être jugé à sa juste valeur, les timbales, notamment, trop sourdes, un timbre pas assez franc, parfois amoindries ou couvertes par l’orchestre, n’étant pas perçues comme elles auraient dû l’être.
L’adagio, quant à lui, joué avec retenue et douceur, étala toute sa poésie, dans une atmosphère de recueillement. Les cordes, à leur meilleur niveau, permirent d’en apprécier toute la beauté, et l’on aura remarqué, avec ses fanfares, la dramatisation de la coda.

Mais le sommet de ce concert aura été sans conteste le 4ème mouvement, une interprétation magistrale, avec un ensemble de musiciens, chœurs et solistes parfaitement en phase et à son apogée. L’introduction, aux violoncelles et contrebasses, fut magnifique, et surent s’y associer les bois, puis les bassons et altos enfin les violons. Bon tempo, belle progression crescendo par un orchestre homogène et sans failles. Le quatuor vocal, très bien assorti et complémentaire, assura avec bonheur sa partie, un baryton puissant, à la diction parfaite (Thomas Dolié), un ténor lyrique (François Rougier), une mezzo à la voix chaude et profonde (Julie Robard-Gendre, récent rôle-titre de La belle Hélène), une soprano aux aigus clairs, dominants et maîtrisés (Andreea Soare, photo). Quant aux chœurs, celui de de l’Opéra Grand Avignon, et celui de l’Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie, en parfaite symbiose, homogènes et bien coordonnés, ils assurèrent leur partie avec toute la puissance, les subtilités et les nuances voulues. L’Onap, tel qu’a su le bâtir Débora Waldman au cours de ces six années, et auquel ont su se joindre 19 musiciens supplémentaires, fit montre, une fois encore, de toute sa virtuosité et de sa capacité d’adaptation aux œuvres proposées. Nous laisserons de côté quelques légers flottements que l’on a pu percevoir dans les premiers mouvements du côté des vents et dirons que sont à féliciter pour leur prestation les 104 interprètes présents sur la scène ce soir-là.
Le public d’une salle comble ne s’y trompa pas, qui leur réserva une longue ovation et plusieurs rappels. Alexis Labat, directeur général de l’orchestre, en profita pour souhaiter une excellente retraite à deux musiciens qui quittent la phalange avignonnaise après 40 ans de bons et loyaux services, Thierry Guelfucci (hautbois) et Hervé Catil (percussions).
Prenant la parole à son tour, Débora Waldman remerciait l’orchestre pour le travail accompli en commun durant toutes ces années, rappelait qu’Avignon aura été son premier poste et restera son premier amour, et, avec un brin de fierté, qu’elle aura été la première femme à avoir été nommée directrice musicale d’un orchestre national. La synthèse de ses pensées, à l’issue de son passage chez nous, est à lire dans le programme de salle.
En ce jour, qui était aussi celui de son anniversaire, une standing-ovation saluait et remerciait le travail accompli par Débora Waldman durant son séjour avignonnais.
B.D.
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