« Etincelles #2 » : on aurait pu croire la virtuose Marie Jaëll elle-même au piano… Une soirée étincelante !

Vendredi 30 janvier 2026, 20:00, durée 1h40, Opéra Grand Avignon
Carl Maria von Weber, Der Freischütz, ouverture. Marie Jaëll, Concerto pour piano et orchestre, n°2 en ut mineur. Franz Liszt, Concerto pour piano n°2, en la majeur s. 125. Franz Schubert, Symphonie n°8 en si mineur, D. 759 « Symphonie inachevée ».
Orchestre National Avignon-Provence (site officiel). Célia Oneto-Bensaid, piano. Débora Waldman direction.
Tarifs : 5€ à 31€. Réservations sur www.operagrandavignon.fr , ou 04 90 14 26 40, ou sur place, mardi-samedi, 10h-17h
Avant-concert, rencontre avec un membre de l’équipe artistique, salle des préludes, 19h15-19h45
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Marie Jaëll serait-elle en train de se faire une place au milieu de ses collègues masculins dans un paysage romantique quelque peu figé depuis des décennies, aidée, en particulier, pour cela, par Débora Waldman et Célia Oneto Bensaid, qui oeuvrent depuis ces dernières années pour la reconnaissance des compositrices que l’histoire a éclipsées ? J’avoue que l’enrichissement, le souffle nouveau qu’elles apportent à ce répertoire, le plaisir de la découverte, l’occasion enfin de sortir des sentiers battus ne sont pas pour me déplaire.
Les mêmes interprètes, cheffe, soliste et orchestre, nous avaient déjà offert le 1er concerto pour piano en avril 2023, redonné à La Roque d’Anthéron en juillet de la même année. Suivait, en janvier 2024, le concerto pour violoncelle, donné par Melisse Brunet et Xavier Phillips, et toujours l’ONAP. C’était donc, cette fois-ci, fort logiquement attendu, le tour du 2ème concerto pour piano, couplé avec le 2ème de Liszt, la volonté des interprètes étant de marquer l’amitié, l’estime et la proximité musicale qui liaient les deux compositeurs adeptes de virtuosité pianistique.
C’est d’ailleurs Liszt que Célia Oneto Bensaid exposait le premier. Nous avions ici le plaisir de retrouver cette artiste qui nous avait enchantés durant son temps de résidence à l’Opéra Grand Avignon, lors des saisons 22/23 et 23/24. D’après Saint-Saëns, qui fut son professeur de composition, Marie Jaëll, également pianiste virtuose, jouait divinement les œuvres de Liszt. Avec Célia Oneto Bensaid, on eût pu la croire revenue parmi nous, l’imaginer telle qu’elle pouvait être au piano. Jeu intense, inspiré, net et expressif, elle nous livra un Liszt de feu, alternant les instants passionnés, songeurs, interrogatifs, conquérants, affrontant ou s’unissant à un orchestre à la hauteur de l’évènement. Parmi les six mouvements enchaînés de ce concerto, on aura retenu le joli duo piano / violoncelle (3e mouvement, allegro moderato), suivi des interventions du hautbois et de la flûte, temps songeur et suspendu, un 4e mouvement fougueux (allegro deciso), mettant en valeur la virtuosité de la pianiste, bien sûr, mais aussi de l’orchestre, un 5e mouvement au début martial, s’apaisant ensuite jusqu’à un final en toute retenue, et un 6e (allegro animato), triomphant, traversé de glissandi, le tout sous la baguette efficace de Débora Waldman. Succès, bien entendu, en bout de course.

Le 2e concerto de Marie Jaëll fut créé à Paris en avril 1884, 7 ans après le premier et 23 ans après celui de Liszt, la compositrice étant elle-même au piano. Liszt fut tellement enthousiasmé qu’il le fit rejouer à Weimar un mois plus tard sous la direction de Saint-Saëns. L’œuvre se présente en trois mouvements enchaînés, allegro, andante, vivace. Dans la même veine que le concerto de Liszt, elle peut surprendre au premier abord, tant elle abonde en richesses pianistiques et orchestrales, en sautes d’humeur, en instants virtuoses, passionnés, et d’autres, introspectifs, interrogatifs, sur quelques notes égrenées au piano. L’allegro débute mystérieusement, sombre, aux contrebasses que l’orchestre vient appuyer, avant l’attaque du piano. Dans ce mouvement, ce dernier se trouve souvent à nu, exposant sa virtuosité, alternant avec l’orchestre ou communiant avec lui, en épisodes puissants ou plus intimes. Le thème initial le clôture, assurant la transition avec l’andante. Ce dernier est vraiment de toute beauté, surtout dans sa deuxième partie, avec ses notes aériennes distillées dans les aigus du piano. Instant magique ! Le vivace, à l’orchestration foisonnante, décliné en épisodes triomphants, parfois interrompus par un silence, avant relance, amène vers un final éclatant. L’œuvre, défendue avec passion par ses interprètes et un orchestre bien en place, ne pouvait que recueillir les ovations enthousiastes du public, auquel Célia Oneto Bensaid offrait en bis Un sospiro, une étude de concert de Franz Liszt.

N’oublions pas, cependant, les autres œuvres inscrites au programme de cette soirée. C’est la bien connue Symphonie inachevée de Schubert qui avait ouvert le concert. Nous eûmes droit à une belle interprétation, un premier mouvement bien dosé, bien nuancé, exposant avec justesse ses différents épisodes, dramatiques ou coléreux, rêveurs ou nostalgiques ; un deuxième mouvement profond, mêlant énergie et abattement, douceur et élans passionnés, avec de belles intervention des bois, menant à une fin apaisée et interrogative. L’interprétation fut bien accueillie, mais applaudie sans insistance, sort habituel réservé à toute œuvre introductive de concert par un public impatient d’entendre la suite avec son soliste-vedette. Gageons qu’en fin de concert, elle aurait bénéficié de plus d’enthousiasme.
Autre œuvre, qui introduisait la deuxième partie, l’ouverture du Freischütz de Weber, qui a fait l’objet d’une bonne lecture, début mystérieux et sombre, avec ses cors, accélération dynamique et nerveuse, laissant sous-entendre le drame, jusqu’au thème final triomphant et libérateur.
Une belle soirée encore, où l’orchestre, sous la direction de Débora Waldman, a confirmé sa constance dans la qualité de ses interprétations.
B.D. Photos Lyodoh Kaneko
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On avait déjà entendu, ensemble, l’Orchestre, la pianiste et la cheffe, sur cette même scène en avril 2023. Et tous ces artistes sont particulièrement présents dans nos pages. On peut aussi écouter le disque Sparklight ici.
Célia Oneto Bensaid (site officiel), à la personnalité attachante, au parcours singulier ponctué de compositrices méconnues qu’elle sort de l’oubli, est devenue, en quelques petites années, la nouvelle coqueluche des festivals, des programmateurs et des médias. La région Sud-Paca la connaît bien, par exemple à Gordes, ou à l’Opéra Grand Avignon où elle a fait une résidence de deux ans, à La Roque d’Anthéron (voir tous nos comptes rendus). L’avant-veille (28 janvier 2026) de ce double concert « Etincelles #2 », elle aura donné deux concerts dans la même journée, dans un festival qui a bien failli ne pas avoir lieu et qui a été sauvé de justesse, la Folle Journée de Nantes : à 17h avec Marie-Laure Garnier (on avait entendu aussi à Avignon en janvier 2023 ce duo, avec le Quatuor Hanson), et à 20h15, en quintette pour piano.
Débora Waldman (site officiel), elle, dirigera l’Orchestre Idomeneo au collège des Bernardins à Paris les 6 et 7 février pour une intégrale des symphonies de Mozart, avant Les Dialogues des Carmélites à partir du 25 mars à l’Opéra de Marseille, avec une belle distribution française. Et, avec l’Orchestre National Avignon-Provence (site officiel), elle revient d’une mini-tournée régionale avec Noëmi Waysfeld dans un projet « Barbara » que nous avons suivi.
Et le même concert « Etincelles#2 » sera donné à Uzès le dimanche 1er février 2026, 17h, L’Ombrière, Uzès (30).
G.ad.
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