Duo « A fleurs de mots » et d’émotions

Samedi 6 juin 2026, 21h, La Maison Basse 84480 Lacoste
Musicales du Luberon (site officiel). En partenariat avec le Savannah College of Art and Design de Lacoste (SCAD)
Marina Viotti, mezzo-soprano. Théo Ould, accordéon
Jules Massenet, Nuits d’Espagne. Gabriel Fauré (1845-1924), Les Berceaux ; Après un rêve ; Chanson d’amour. Jean-Philippe Rameau, Gavotte. Kurt Weil (1900-1950), Youkali. Francis Poulenc (1899-1963), Montparnasse ; Hôtel ; Les chemins de l’amour. Heitor Villa-Lobos : instrumental. Léo Ferré (1916-1993), Avec le temps. Barbara (1930-1997), Nantes. Astor Piazzolla, Libertango. Claude Nougaro (1929-2004), Une petite fille ; Le cinéma. Edith Piaf (1915-1963), La foule.
Rappels : Jean Renard, La Maritza. Jacques Brel (1929-1978), La chanson des vieux amants.
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C’est dans le cadre absolument enchanteur de la Maison Basse du SCAD (Savannah College of Art and Design) de Lacoste que la mezzo-soprano Marina Viotti et l’accordéoniste Théo Ould ont réservé leur nouveau programme au public du festival Les Musicales du Luberon. Cette prestigieuse université d’art américaine (site officiel) est en effet installée depuis des années au cœur du Luberon, dans ce village qui abrite l’un des châteaux du marquis de Sade, devenu propriété de Pierre Cardin. Et c’est Cédric Maros, directeur du Scad, qui a invité les Musicales du Luberon, proposant un programme pour le moins original.
Si les spectateurs mesurent la chance d’entendre la mezzo-soprano de renommée mondiale (avec environ 1,5 milliard de téléspectateurs pour la Cérémonie d’Ouverture des Jeux Olympiques de Paris en 2024, à laquelle elle participait), Marine Viotti nous dit aussi au micro l’honneur d’être invitée par le festival, pour sa première fois dans le Luberon.

On se souvient ces dernières années des récitals de la mezzo franco-suisse accompagnée par le guitariste Gabriel Bianco, récital mis au point en pleine période de confinement en 2020 et qui a beaucoup tourné depuis lors. Mais c’est avec un autre instrument qu’elle a préparé un nouveau programme, l’accordéon joué par le jeune (28 ans) et virtuose Théo Ould, entre autres le premier accordéoniste à être nommé Révélation dans la catégorie Nouveaux Talents aux Victoires de la Musique Classique 2023. Le programme intitulé « A fleur de mots » est une sélection de chansons françaises, depuis la chanson dite classique représentée par Massenet, Fauré, Poulenc, jusqu’aux compositions plus modernes de Piaf, Barbara, Ferré, Brel, Nougaro. Le récital, donné en extérieur avec vue imprenable sur le château de Lacoste en contre-haut, est sonorisé et filmé pour France Télévisions… retransmission prochaine à surveiller !
L’accordéon de Théo Ould révèle un instrument riche, sans laisser une quelconque impression d’appauvrissement musical lors de la réduction de la partition orchestrale pour cet instrument seul. Le musicien est un virtuose aguerri, capable de soutenir les tempi les plus vifs… et sans grand besoin de suivre la partition, les yeux étant le plus souvent fermés ! Bien sûr, l’accompagnement est, à notre sens, plus ou moins recommandé suivant les extraits : on regrette par exemple l’orchestre dans la Gavotte de Rameau, mais à l’opposé l’instrument est absolument parfait pour jouer la chanson en tango habanera Youkali de Kurt Weil.

Le chant et l’interprétation de Marina Viotti sont remarquables, tout au long de la soirée. Loin d’un chant purement lyrique, l’amplification lui permet d’ailleurs d’aborder certaines chansons qu’elle n’interprèterait pas forcément à la scène sans micro, comme justement Youkali très grave et pas forcément dans ses notes naturelles ; un Youkali d’ailleurs magnifique, d’abord comme parlé, susurré, chuchoté, avant de prendre de l’ampleur. Toutes les chansons seraient à citer, tant la diction est appliquée et ne donne pour autant aucune sensation d’effort ou d’exercice. On remarque en particulier l’espièglerie de Poulenc, qui colle bien à l’un des nombreux traits de caractères de Marina Viotti.
Le sommet de la soirée est sans conteste l’enchaînement des deux chansons Avec le temps de Léo Ferré et Nantes de Barbara. Pour cette dernière, écrite sur la mort du père, l’émotion déborde et la chanteuse ne peut aller au bout sans omettre quelques mots. Nous ne pouvons non plus retenir nos larmes, en ayant connaissance de la disparition brutale du père de Marina, le chef Marcello Viotti, décédé en 2005. Dans un autre registre, La foule d’Edith Piaf est un très excellent moment, la mezzo roulant légèrement les « R » pour rappeler son aînée, tandis que l’accordéon est évidemment idéal pour cette musique de valse-musette. En raison du froid qui se fait de plus en plus vif en soirée, les deux artistes raccourcissent le programme prévu (Hahn, Duparc, Brel, Prévert, Kosma) et limitent les bis au nombre de deux, à nouveau splendides musicalement et émotionnellement, et nous confirment que ce nouveau programme devrait tourner régulièrement dans un proche avenir.
I.F. & F.J. © I.F.
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Les Musicales du Luberon, fondées par Patrick Canac il y a 37 ans, anime le Sud du Vaucluse tout au long de l’année, et organise chaque été un festival de référence (annonce de l’édition 2026 sous le thème d’un « nouveau monde ») ; pour ce concert printanier, après ses deux concerts habituels, de l’Ascension à Apt et de Pentecôte à Ménerbes, il proposait un programme pour le moins original.

La mezzo-soprano Marina Viotti est en effet invitée sur toutes les grandes scènes lyriques ; mais on se souvient aussi de sa prestation, poing levé, lors de la cérémonie d’ouverture des J.O. de Paris en 2024. Par ailleurs, elle est loin d’être une inconnue en Provence : on a pu l’applaudir en 2023, tout auréolée de sa récente récompense aux Victoires de la musique, à Salon-de-Provence dans un festival de chambre auquel elle est fidèle ; mais également dans le concert de la Saint-Valentin au GTP d’Aix-en-Provence en 2024 (nos chroniqueurs y étaient).

Quant à l’accompagnement instrumental du récital, il était assuré par le piano… à bretelles de l’artiste marseillais Théo Ould (site officiel). Qui fut justement nommé aux Victoires de la musique en 2023, la même année que Marina Viotti : à 24 ans, et premier accordéoniste nommé ! Tout au long de cette saison 2025-2026, il sillonne le monde avec succès après avoir enregistré en septembre 2025 un CD d’arrangements de Piazzola.
Théo Ould en Provence, c’est aussi une longue histoire : il a dialogué avec le violon de Grégoire Girard dans le jeune festival Rosa Musica d’été #2 – que nous suivons depuis sa création audacieuse en 2020, parrainée par Frédéric Lodéon (notre entretien en 2020) – en 2021, puis en 2022 ; il a été invité de l’Opéra Grand Avignon en octobre 2025.
Et un autre instrumentiste, Félicien Brut, nous avait démontré en février sur la scène de l’Opéra Grand Avignon, dans le concert « Je te veux » de Julie Fuchs – qui sera repris dans son Festival Nos Jours heureux #2 en août – combien l’accordéon était riche de possibilités diverses.
La virtuosité de Théo Ould, jouant de la diversité des deux claviers, gauche et droite (voir l’interview), se livre à toutes les fantaisies avec un naturel confondant. Son talent vaut bien celui d’un orchestre entier…
On aura le plaisir d’entendre aussi ces deux artistes quelques jours plus tard, à Musiques en Fête#15, soirée exceptionnelle des Chorégies d’Orange, le 19 juin 2026 (en direct sur France 3 et sur France Musique), et Marina Viotti dans le Festival de Glanum#11 le 17 juillet à Saint-Rémy-de-Provence.
G.ad.
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