Quand le pixel devient une échappatoire
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Scierie, 12h, durée : 1h05. Du 4 au 25 juillet, relâche les 8, 15 et 22 juillet. Réservations : 04 84 51 09 11.
Comment parler de l’addiction aux jeux vidéo sans sombrer dans le discours moralisateur et manichéen ? C’est le pari fait par l’acteur et metteur en scène Baptiste Dezerces avec sa pièce L’opium réside dans le pixel…. et pari réussi ! La pièce prend à rebours les représentations habituelles d’un phénomène souvent réduit à quelques clichés. Ici, le jeu vidéo n’est ni l’ennemi désigné, ni un simple décor : il devient un révélateur de nos souffrances et fractures intimes.
L’originalité du spectacle réside avant tout dans son point de vue. Plutôt que de chercher les causes de l’addiction dans la technologie elle-même, Baptiste Dezerces s’intéresse à ce qui pousse un individu à préférer le monde virtuel à la réalité. Le jeu apparaît alors comme un symptôme davantage qu’un problème : un refuge où l’on peut suspendre le poids des échecs, de la solitude ou des blessures invisibles. En déplaçant ainsi la focale, le spectacle interroge moins les écrans que le besoin profondément humain de s’inventer un ailleurs.
L’écriture est intelligence et finesse. La pièce refuse les oppositions simplistes entre réel et virtuel. Les deux mondes se répondent, se fondent parfois, jusqu’à brouiller les frontières. L’univers vidéoludique est présenté avec ses propres règles, ses codes et son pouvoir d’attraction, sans jamais être caricaturé. Cette absence de jugement laisse au spectateur la liberté de construire sa propre réflexion, là où tant de discours cherchent à imposer une conclusion.
La mise en scène accompagne intelligemment cette démarche. Le choix de confier les trois personnages à un seul interprète souligne que chacun pourrait basculer dans cette quête d’évasion. Baptiste Dezerces incarne des personnages distincts avec précision, fragilité et tellement d’humanité.
Le spectacle trouve sa force dans son équilibre entre engagement et retenue. Là où l’on pouvait s’attendre à une démonstration sur les dangers du numérique, L’opium réside dans le pixel préfère explorer les mécanismes de l’isolement, de la fuite et du besoin d’appartenance, en détournant la formule célèbre de Marx dans son titre. Cette approche confère à la pièce une portée universelle : elle parle finalement moins des joueurs que de tous ceux qui cherchent un espace où la réalité cesse, un instant, de peser afin d’exister quelque part ou pour quelqu’un.
Sans effets spectaculaires inutiles, Baptiste Dezerces, lui-même joueur, signe une œuvre sensible et en finesse qui renouvelle le regard porté sur un sujet devenu omniprésent dans le débat public. Une proposition théâtrale qui fait confiance à l’intelligence du spectateur et rappelle que, derrière chaque avatar, il y a une histoire profondément humaine.
Christèle. Photo Cie Les Noces rouges
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