Quand la ville déracine …
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Artéphile, 12h20, durée : 1h05. Du 4 au 25 juillet, relâche les 5, 12 et 19 juillet. Réservations en ligne.
L’histoire se déroule dans un quartier promis à une vaste opération de réhabilitation. Les pelleteuses avancent, les immeubles tombent, mais un homme refuse de quitter la maison où il a construit sa vie. Aux côtés de sa jeune fille, il tente de préserver bien plus qu’un simple logement : une histoire familiale, des souvenirs et une identité. À travers ce combat intime, Lichen dépasse rapidement le cadre de l’expulsion pour devenir une réflexion universelle sur ceux que le progrès laisse au bord du chemin.
Le spectacle adopte un point de vue particulièrement original et émouvant : les événements sont vus par la petite fille, avec des arbres, des racines et des lichens qui deviennent synonymes d’une résistance silencieuse. Les thèmes abordés sont multiples et polyphoniques : entre combat et résilience, entre l’extérieur et l’intérieur, la violence (des machines, de la ségrégation spatiale), le harcèlement, la construction de l’identité spatiale, et le fait que les adultes ne défendent pas toujours les enfants.
La scénographie est volontairement épurée afin de laisser toute sa place au jeu de la comédienne et aux paysages sonores. La création sonore, interprétée en direct par Gaël Ascal (et en partie improvisée), ne se contente pas d’accompagner l’action : elle construit les lieux, fait entendre le grondement des machines, le silence des maisons désertées ou encore les battements intérieurs des personnages. Les jeux de lumières dessinent progressivement un espace fragile, oscillant entre réalité et imaginaire. La mise en scène privilégie ainsi la suggestion plutôt que la reconstitution et laisse place à l’imagination, d’où une interprétation propre à chacun. Chaque changement visuel ou sonore marque une transformation du quartier comme une évolution psychologique de la jeune fille (interprétée par Amélie Amao).
Portée par une interprétation d’une grande intensité, la pièce fait ressentir la violence de l’effacement urbain qui est pourtant silencieuse. L’émotion naît de la pudeur, de l’attachement aux gestes du quotidien et de cette volonté obstinée de transmettre à l’enfant le sens de la résistance.
Avec Lichen, le théâtre rappelle que derrière chaque projet de rénovation, dont l’issue est inexorable, se cachent des vies, des souvenirs et des racines impossibles à déplacer. Un spectacle profondément humain, où la poésie devient une forme de résistance face à l’effacement des mémoires.
Christèle. Photo Cie Théâtre de l’imprévu
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