La justice au service du pouvoir royal : magistral !
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Au Coin de la Lune, 14h30, durée : 1h10. Du 4 au 25 juillet, relâche le 13 juillet. Réservations : 04 12 29 01 24.
Que reste-t-il de la justice lorsqu’elle devient un instrument politique ? Avec Le Procès Fouquet, le théâtre ressuscite l’un des procès les plus célèbres du XVIIᵉ siècle pour mieux interroger les dérives du pouvoir et les fragiles équilibres entre justice, ambition et raison d’État.
En 1661, quelques semaines après la mort de Mazarin, Nicolas Fouquet, surintendant des Finances de Louis XIV, est arrêté au terme d’une spectaculaire opération menée par d’Artagnan. Accusé de détournement de fonds et de lèse-majesté, il comparaît devant une juridiction d’exception présidée par Colbert. Derrière l’affaire judiciaire se dessine pourtant un affrontement politique : le jeune Roi-Soleil entend affirmer son autorité absolue et faire de Fouquet un exemple. Le spectacle restitue toute l’ambiguïté de cette affaire où la vérité semble parfois s’effacer devant les exigences du pouvoir.
Le choix artistique majeur de la mise en scène réside dans sa volonté de faire du spectateur un véritable témoin du procès. Loin d’une simple reconstitution historique, la scénographie transforme le plateau en une salle d’audience dépouillée où chaque élément est mis au service de la parole. Quelques sièges, une table, un espace central : cette sobriété scénique concentre toute l’attention sur les échanges, les plaidoiries et les confrontations.
Les deux comédiens privilégient une interprétation magistrale, précise, sans effets inutiles, où chaque regard, chaque silence et chaque inflexion de voix traduisent les rapports de domination. Fouquet (interprété par Alexandre Delimoges) est tout en finesse, délicatesse, personnage brillant et distingué, ami des artistes et des arts. Tout l’oppose à Colbert (interprété par Bernard Bollet) qui est un être froid, rigide et calculateur. La tension dramatique naît de l’affrontement des arguments, de la progression du doute et de l’impression grandissante qu’une décision est déjà écrite avant même la fin des débats.
Les lumières participent pleinement à cette construction. Elles isolent progressivement les protagonistes, accentuent les moments d’interrogatoire et créent une atmosphère où la vérité semble constamment vaciller, ce qui renforce l’impression d’assister à une mécanique judiciaire implacable et inexorable.
Le spectacle fait également le choix d’un rythme soutenu, alternant interrogatoires, témoignages et prises de parole sans jamais rompre la tension.
Au-delà du destin de Nicolas Fouquet, la pièce pose une question profondément contemporaine : une justice peut-elle demeurer indépendante lorsqu’elle se trouve confrontée aux intérêts du pouvoir ? En donnant à voir les ressorts d’un procès d’exception (un cas d’école pour la justice car procès tronqué), Le Procès Fouquet rappelle que les grands procès de l’Histoire continuent d’éclairer les débats d’aujourd’hui.
À travers une mise en scène sobre (signée Alexandre Delimoges), une interprétation exigeante et une scénographie qui place la parole au premier plan, le spectacle offre une réflexion passionnante sur la naissance de l’absolutisme et sur les liens, toujours sensibles, entre justice et pouvoir. Une œuvre historique qui trouve un écho étonnamment actuel.
Christèle. Photo Cie les cousins d’Arnolphe
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