Festival d’Aix-en-Provence : « désenchantement » à l’issue de la nouvelle Flûte enchantée selon Clément Cogitore

Die Zauberflöte, opéra de Wolfgang Amadeus Mozart, Festival d’Aix-en-Provence au Théâtre de l’Archevêché, dimanche 5 juillet 2026
Direction musicale, Leonardo García-Alarcón. Mise en scène et vidéo, Clément Cogitore. Scénographie, Alban Ho Van. Costumes, Wojciech Dziedzic. Lumière, Sylvain Verdet. Chorégraphie, Evelin Facchini. Dramaturgie, Simon Hatab
Pamina, Ying Fang. Tamino, Mauro Peter. Königin der Nacht, Sabine Devieilhe. Papageno, Sean Michael Plumb. Sarastro, Brindley Sherratt. Sprecher, Edwin Crossley-Mercer. Erste Dame, Alix Le Saux. Zweite Dame, Ashley Dixon. Dritte Dame, Adriana Bignagni Lesca. Papagena, Emma Fekete. Monostatos, Rodolphe Briand. Erster Priester, Zweiter geharnischter Mann, Damien Pass. Zweiter Priester, Erster geharnischter Mann, Jonghyun Park. Drei Knaben, Membres du Knabenchor der Chorakademie Dortmund
Cappella Mediterranea
Chœur de Chambre de Namur
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Voir aussi, du Festival d’Aix-en-Provence 2026, Accabadora et Le Requiem

« Désenchantement » est sans doute le mot qui convient pour résumer cette Flûte enchantée mise en scène par Clément Cogitore et nouvelle production de l’édition 2026 du Festival d’Aix-en-Provence. Si la précédente collaboration entre le réalisateur et le chef Leonardo García-Alarcón avait été un franc succès, soit Les Indes galantes à l’Opéra Bastille en septembre 2019, il n’en va pas exactement de même cette fois-ci.

Dès l’Ouverture, ce sont des extraits de films de guerre, de destruction, des villes éventrées, des populations en détresse et affamées qui sont projetés. Puis dans une ambiance qui reste confinée à la pénombre, le procédé choisi est très discutable : les héros de l’histoire, Tamino et Pamina, sont tenus par des enfants qui disent les dialogues avec sonorisation, tandis que les deux chanteurs interviennent plutôt en second plan, comme des doublures. Ceux-ci sont d’ailleurs souvent relégués derrière les images projetées sur les écrans descendus sur scène. Quand les enfants deviennent adolescents, cette disposition reste à l’identique et plutôt frustrante pour qui aime d’abord le chant mozartien, mais au cours du second acte, les deux jeunes adultes ayant encore grandi, le metteur en scène fait disparaître les doublures pour se concentrer sur les deux chanteurs en présence… ouf ! Aux images vidéo d’après-guerre du premier acte succèdent après l’entracte des extraits américains, où la couleur gagne, de défilés à New-York en particulier. Sarastro est un homme de pouvoir, soit un politique, soit un grand patron d’entreprise, qui répond aux trois téléphones posés sur son bureau. Quelques touches d’humour sont bienvenues, mais l’ambiance très sombre rendue par les faibles lumières de Sylvain Verdet participe à une sorte de petite chape de plomb posée sur le spectacle.

Du point de vue vocal, c’est la Pamina de Ying Fang qui charme le plus, par sa ligne aérienne, sa fine musicalité et la pureté de ses aigus. En Tamino, Mauro Peter est un ténor au médium généreux et qui conduit avec élégance sa ligne de chant, mais le registre le plus aigu s’avère parfois resserré. La Königin der Nacht de Sabine Devieilhe inquiète au cours de son premier air, les suraigus étant toujours présents mais la précision d’intonation des vocalises plus approximative. Son deuxième air encore plus connu « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen » est mieux en place, aux notes piquées plus justes. Sean Michael Plumb en Papageno est un baryton bien timbré, un beau chant qui révèle l’humanité du personnage. Dans cette mise en scène tout de même, son sublime duo « Mann und Weib » avec Pamina tourne au trio visuel, en présence de la fillette actrice qui interprète la protagoniste féminine. On préfère le Sprecher d’Edwin Crossley-Mercer au Sarastro de Brindley Sherratt, ce dernier moins stable par moments, même s’il dispose d’une bonne profondeur dans le grave. Emma Fekete chante proprement sa partie de Papagena en fin de représentation et le groupe des Trois Dames d’Alix Le Saux, Ashley Dixon et Adriana Bignagni Lesca montre du caractère dans ses interventions, aussi bien ensemble que séparément. Rodolphe Briand amène un impact certain aux interventions de Monostatos et il faut enfin signaler la très bonne tenue vocale des Trois Garçons du Knabenchor der Chorakademie Dortmund.

Aux commandes de sa Cappella Mediterranea, Leonardo García-Alarcón propose une direction musicale d’une belle énergie et aux nuances extrêmement variées, ceci depuis l’Ouverture prise d’abord très lentement, avant des accélérations plus mordantes. On remarque l’omniprésence musicale du pianoforte, qui intervient non seulement pour accompagner les récitatifs, mais participe régulièrement à l’orchestration. On détecte de rares mesures ajoutées, ainsi que quelques notes, encore plus rares, à l’intonation suspecte. Le Chœur de Chambre de Namur chante quant à lui parfaitement juste et démontre une fois de plus sa plus haute valeur parmi les formations vocales actuelles.
I.F. / F.J. © Jean-Louis Fernandez
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