Au Festival d’Aix-en-Provence : création mondiale enthousiasmante d’Accabadora de Francesco Filidei

Dimanche 5 juillet 2026, Festival d’Aix-en-Provence au Théâtre du Jeu de Paume
Accabadora, opéra de Francesco Filidei
Direction musicale, Lucie Leguay. Mise en scène, Valentina Carrasco. Scénographie, Valentina Carrasco, Mariangela Mazzeo. Costumes, Mauro Tinti. Lumière, Antonio Castro. Assistant à la direction musicale et chef de chant, Yoan Héreau. Chef de chant et répétiteur d’italien, Marco Schirru. Répétitrice de sarde, Jana Bitti
Tzia Bonaria Urrai, Noa Frenkel. Maria, Rachel Masclet. Nicola Bastíu, Coro, Lodovico Filippo Ravizza. Andría Bastíu, Coro, Hugo Brady. Maestra Luciana, Giannina Bastíu, Una Voce, Coro, Victoire Bunel. Santino Littorra, Antonio Vargiu, Dottor Mastinu, Coro, Francesco Leone. Coro, Olga Siemieńczuk, Camille Primeau, Lovro Korošec, Constantin Goubet
Orchestre de l’Opéra de Lyon
![]()
Voir aussi, du Festival d’Aix-en-Provence 2026, La Flûte enchantée et le Requiem de Mozart

Né en 1973, Francesco Filidei est l’un des compositeurs les plus en vue du monde musical actuel. Il a écrit entre autres Il nome della rosa, d’après le célèbre roman d’Umberto Eco, opéra créé à la Scala de Milan en avril 2025 et dont une reprise à l’Opéra de Paris est attendue lors d’une saison à venir. Accabadora est son quatrième opus lyrique, co-commande et coproduction du Festival d’Aix-en-Provence, les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Tiroler Festpiele Erl, Opéra national de Lyon, Opéra de Dijon, Teatro Comunale di Bologna.
L’intrigue se déroule dans les années 1950 en Sardaigne, où la petite Maria, la dernière d’une trop nombreuse famille, est adoptée par la couturière Tzia Bonaria, celle-ci l’accabadora de l’histoire, qui met fin aux trop longues agonies de ses congénères. Le livret est de Francesco Filidei et Manuelle Mureddu d’après le roman Accabadora de Michela Murgia (2009), les origines sardes du compositeur ayant constitué une motivation supplémentaire pour son désir envers cette création.

Le rideau est levé dès avant le début du spectacle et l’on découvre en fond de plateau un immense métier à tisser vertical, tandis que tables et bancs entourent la scène. Les femmes y manipulent des bandes de tissu, puis une femme enceinte accouche d’un tas de farine, avant que l’enfant Maria ne sorte d’une grosse boule de pain, comme à l’issue d’un deuxième accouchement. La mise en scène de Valentina Carrasco utilise ce symbole du pain, comme pain de vie, confectionné à plusieurs reprises à partir de farine. Les personnages sont habillés de noir et la scénographie change rapidement lorsque les rangées de feuillages de vigne descendent des cintres pour figurer les vendanges. Blessé, Nicola Bastíu doit être amputé de la jambe et la Tzia Bonaria à sa demande mettra fin à ses souffrances en l’étouffant d’un coussin. Plus tard la Tzia Bonaria connaîtra le même sort, en étant étouffée par Maria, avec cette fois un sac de farine. A la conclusion, deux ouvrages tissés s’écroulent du métier en fond de scène, tandis que le troisième reste en place… c’est maintenant Maria qui confrontée au lourd héritage moral de sa mère adoptive et au dilemme entre compassion, tradition et respect de la vie, reprendra le rôle d’accabadora.

Dirigée par Lucie Leguay aux commandes de musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, la musique de Filidei est extrêmement variée et colle au plus près des situations, tour à tour énigmatique, menaçante, joyeuse, évocatrice de la nature, du vent, des oiseaux, etc. La partition prévoit plusieurs rôles solistes, ainsi qu’un petit ensemble comme un chœur antique qui annonce ou commente l’action, s’exprimant en sarde et assez proche des polyphonies corses.
Les deux rôles principaux de la Tzia Bonaria Urrai et Maria sont superbement défendus respectivement par la contralto très grave Noa Frenkel, aux accents masculins par instants, et la jeune soprano Rachel Masclet, au timbre délicat et aérien. Assumant plusieurs rôles, la soprano Victoire Bunel est celle qui possède la voix la plus lyrique, d’une projection très sonore. En Nicola, le baryton Lodovico Filippo Ravizza fait preuve de solidité, au côté du ténor Hugo Brady dans le rôle de son frère Andría.
Très gros succès aux saluts, y compris à l’adresse du compositeur présent Francesco Filidei.
I.F. & F.J. © Jean-Louis Fernandez
Laisser un commentaire