Marthe Gautier ou la vérité retouvée : avec la présence habitée de Marie-Christine Barrault, et en amont du procès à venir, le 16 septembre 2026
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Reine Blanche, 16h20, durée : 1h10. Du 4 au 22 juillet, relâche les 9 et 16 juillet. Réservations : 04 90 85 38 17.
Avec La découvreuse oubliée, quatrième volet de la série des Fabuleuses, Élisabeth Bouchaud poursuit son entreprise de réhabilitation des femmes scientifiques dont les découvertes ont été éclipsées par l’Histoire. Cette fois, elle s’attache au destin de Marthe Gautier, médecin et chercheuse qui identifia, en 1958, le chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21. Une découverte majeure qui révolutionna la génétique médicale, mais dont la reconnaissance fut longtemps attribuée à Jérôme Lejeune, laissant Marthe Gautier dans l’ombre.
Julie Timmerman choisit d’ouvrir le spectacle par un épisode particulièrement marquant. En 2014, alors que Marthe Gautier s’apprête à prendre la parole lors des Assises de génétique humaine et médicale, des huissiers mandatés par la Fondation Lejeune interviennent pour l’en empêcher. Cette scène donne immédiatement le ton : le combat d’une femme à qui l’on a confisqué sa parole autant que sa découverte.
Le récit remonte ensuite le cours de sa vie. Rien ne semblait prédestiner cette jeune femme issue d’une famille d’agriculteurs à devenir l’une des pionnières de la recherche médicale française. Animée par une détermination sans faille et une passion pour la science, elle part se former aux États-Unis aux techniques de culture cellulaire avant de revenir en France à la demande du professeur Debré. C’est grâce à ce travail minutieux qu’elle met en évidence le chromosome surnuméraire à l’origine de la trisomie 21. Pourtant, faute de disposer des moyens matériels nécessaires pour publier rapidement ses recherches, sa découverte sera portée devant la communauté scientifique par Jérôme Lejeune, qui en deviendra le principal visage pendant de nombreuses années.
Le spectacle rappelle aussi le paradoxe auquel Jérôme Lejeune fut confronté : fervent catholique et fondateur de l’association Laissez-les vivre, il voit sa découverte scientifique devenir l’un des fondements du diagnostic prénatal et, par conséquent, de nombreux recours à l’interruption médicale de grossesse. Cette complexité nourrit le propos sans jamais détourner l’attention de l’injustice subie par Marthe Gautier. La décision récente du comité d’éthique de l’INSERM reconnaissant officiellement son rôle, ainsi que les distinctions reçues à la fin de sa vie, apparaissent comme une réparation tardive. Le procès intenté par la Fondation Lejeune à Élisabeth Bouchaud (à partir du 16 septembre 2026 ; – on suivra alors l’actualité, NDLR -) rappelle néanmoins que cette mémoire demeure encore aujourd’hui un terrain de confrontation.
L’interprétation constitue l’une des grandes forces du spectacle. Marie-Christine Barrault prête sa présence pleine de douceur et de gravité à une Marthe Gautier âgée, revenue sur son parcours avec une émotion contenue. Face à elle, Marie Toscan incarne la jeune chercheuse dont l’énergie, la détermination et la sensibilité rendent son combat particulièrement touchant. Ensemble, les deux comédiennes dessinent le portrait d’une femme passionnée par la science, profondément humble et pourtant animée d’une force remarquable.
Les choix scénographiques participent pleinement à cette narration. Au centre du plateau, un espace unique devient successivement laboratoire, salle de conférence, bureau ou salon, grâce à une mise en scène sobre et particulièrement fluide. Les déplacements des comédiens redessinent sans cesse les lieux tandis que les jeux de lumière modifient subtilement les ambiances, évitant tout changement de décor superflu, ce qui permet de concentrer toute l’attention sur les personnages et sur les enjeux du récit.
L’un des partis pris les plus réussis réside dans la présence permanente de Marthe Gautier âgée autour de l’espace de jeu. Témoin de sa propre histoire, elle observe les événements qui ont façonné sa vie avant d’intervenir ponctuellement, notamment lors de ses échanges avec une journaliste venue recueillir son témoignage. Ce dispositif crée une véritable mise en abyme entre le passé et le présent. Les souvenirs prennent vie sous les yeux de celle qui les a vécus, tandis que le public assiste à une forme de dialogue entre la mémoire et l’Histoire.
Julie Timmerman fait ainsi du théâtre un véritable espace de réparation. En redonnant une voix à Marthe Gautier, elle ne se contente pas de rétablir un fait historique : elle interroge les mécanismes qui ont longtemps invisibilisé les femmes scientifiques et invite le spectateur à réfléchir à la manière dont l’Histoire s’écrit, mais aussi à ceux qu’elle oublie. À la croisée du théâtre documentaire et du récit biographique, La découvreuse oubliée dépasse largement le simple hommage. C’est un spectacle engagé, sensible et profondément nécessaire, qui rappelle que rendre justice passe aussi par le récit et par la scène.
Christèle. Photo Pascal Gély
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