Savall célèbre Beethoven et Haydn en début de Semaine sainte

Festival de Pâques d’Aix-en-Provence (site officiel)
Mardi 1er avril 2026, Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
Le Concert des Nations. La Capella Nacional de Catalunya. Jordi Savall, direction
Elionor Martínez, soprano. Lara Morger, mezzo-soprano. Emanuel Tomljenović, Ferran Mitjans, ténors. Manuel Walser, baryton
Ludwig van Beethoven, Le Christ au mont des Oliviers (Christus am Ölberge), oratorio, op. 85. Joseph Haydn, Les Sept Dernières Paroles du Christ en croix, oratorio, Hob XX/2
![]()
Voir aussi notre présentation du Festival de Pâques 2026 avec les liens pour nos comptes rendus, et tous nos articles d’avril 2026

Avant la Passion selon saint Jean de Bach, programmée le Vendredi-Saint, le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence a invité ce mercredi Jordi Savall – que Classiqueenprovence avait interviewé en 2022 dans le cadre de Musique Baroque en Avignon – et son orchestre du Concert des Nations, pour interpréter deux œuvres qui relatent les jours précédant la crucifixion du Christ, soit Le Christ au mont des Oliviers de Beethoven, puis Les Sept Dernières Paroles du Christ en croix de Haydn.
On commence avec l’oratorio de Beethoven en première partie, où l’on apprécie d’emblée le son de cet orchestre historiquement informé, Le Concert des Nations produisant une agréable rondeur musicale, dans un équilibre harmonieux entre pupitres, avec en particulier des cuivres moins brillants, plus ronds qu’une formation moderne. Les trois solistes possèdent un format vocal bien en ligne avec ce type de répertoire, un oratorio n’appelant pas la même puissance qu’un opéra.

En Jésus, le ténor Emanuel Tomljenović développe une élocution claire et une intonation précise. La voix est ferme, le style volontaire et il sait également alléger en voix de tête dans l’extrême aigu. En Séraphin, la soprano Elionor Martínez possède une voix fruitée et suffisamment souple pour les passages d’agilité, certains traits exigeant parfois les capacités d’une soprano colorature plutôt virtuose. L’intonation ne nous semble pas parfaite en permanence, mais la chanteuse rattrape rapidement et ses aigus aériens sonnent avec l’angélisme qu’on peut attendre d’un séraphin. Beaucoup moins sollicité, le baryton bien timbré Manuel Walser complète sans problème, ainsi que le chœur de La Capella Nacional de Catalunya, bien coordonné et très attentif. Certains passages de l’oratorio nous rappellent immanquablement de petits extraits de Fidelio, unique opéra de Beethoven.

Après l’entracte, c’est au tour de l’oratorio de Haydn, dans un son à nouveau très harmonieux et d’une grande finesse. On retrouve la même soprano et le même baryton que précédemment, la mezzo-soprano Lara Morger et le ténor Ferran Mitjans complétant le quatuor de solistes. Avec moins d’airs individuels que chez Beethoven, les quatre solistes chantent ensemble le plus souvent, la voix de soprano passant généralement au-dessus des trois autres. Les neuf numéros successifs sont construits en majorité sur le même schéma : le chœur démarre d’abord a cappella, puis est rejoint par l’orchestre et les solistes. La séquence purement instrumentale entre les numéros 5. « Mein Gott, mein Gott, warum hast du mich verlassen ? » et 6. « Jesus rufet : Ach, mich dürstet ! » sonne joliment baroque, passage pour vents seuls, bois et cuivres. La conclusion n°9 intitulée « Terremoto » est logiquement bien plus agitée, en forme de fureur avant une fin un peu abrupte.
I.F./ F.J. © Caroline Doutre
Laisser un commentaire