La Roque d’Anthéron : nouveau festival… dans la continuité de l’excellence annoncée

C’est Jean-Louis Blanc, président du Festival international de piano de La Roque d’Anthéron, qui a animé ce lundi 16 février in situ la présentation de la 46e édition. La première édition sans son fondateur historique, dont le nom, prononcé par un confrère, a été très vite écarté, même si ses successeurs lui ont renouvelé leur amitié. On imaginait difficilement qu’une direction nommée en décembre ait pu en deux mois monter une programmation aussi riche ; et pourtant… la nouvelle équipe a su s’inscrire dans la qualité qui a fait la renommée du Festival, et concevoir un très beau programme.

Jean-Louis Blanc a donc commencé son intervention en affirmant haut et fort que l’esprit du festival demeure, et a demandé à trois artistes, de grand renom et amoureux du festival, d’en assurer la direction artistique, confirmant ainsi l’annonce faite en décembre : Claire Désert, pianiste et professeur au CSNMP (Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris), lauréate du prix d’interprétation de l’Académie des Beaux-Arts en 2020 ; Nelson Goerner, grand pianiste, lauréat du concours de Genève en 1990 ; Victor Julien-Laferrière, violoncelliste et chef d’orchestre, 1er prix du Concours Reine Elisabeth de Belgique en 2017 et Victoire de la musique en 2018. Tous trois, des piliers du festival, et que nous suivons régulièrement, ont présenté à trois voix cette édition préparée de façon très collégiale.

Une grande nouveauté marquera cette édition. En accord avec les maires des communes concernées, qui accueillaient déjà des manifestations du Festival depuis plusieurs années, les concerts décentralisés se dérouleront avant la date officielle du Festival (« In » ?). Ainsi, à Aix-en-Provence, Gordes, Lambesc, Manosque, Marseille, Miramas, et Rognes, les concerts se dérouleront du 6 juin au 7 juillet afin de mettre un coup de projecteur sur les communes et valoriser les prestations programmées – de très grandes pointures (Florent Boffard, Nathanaël Gouin, Dmitri Masleev, Jean-Philippe Collard, Frank Braley) feront briller aussi cet avant-festival -, sans les mettre en concurrence avec la programmation officielle de La Roque, qui aura lieu du 15 juillet au 16 août.
On découvrira aussi des rencontres intitulées « Une heure avec ». Quatre concerts se dérouleront à 18h, salle Marcel Pagnol à La Roque d’Anthéron, avec des pianistes qui donneront des clés pour l’écoute des œuvres. Ainsi, Denis Pascal explorera Satie avec les Gymnopédies et les Gnossiennes (18 juillet). Célia Oneto Bensaid – qu’on vient d’entendre notamment dans un excellent concert symphonique à Avignon – fera résonner la musique sur l’eau, de De Manziarly à Strohl (21 juillet). Jean-Baptiste Doulcet improvisera sur l’histoire du cinéma, « A film by » de Bergman à Lynch (23 juillet). Enfin Célimène Daudet invitera à un « voyage vers l’absolu » avec l’Art de la Fugue (25 juillet).
L’intitulé « Découverte » concerne, lui, 13 concerts (à 16h, salle Marcel Pagnol) pour des jeunes pianistes nouvellement diplômés et promis à une future carrière pianistique. Il s’agit parfois de lauréats de grands concours comme Gabriele Strata, lauréat du Concours musical International de Montréal 2024 (27 juillet) ou Martin Jaspard, 1er Prix du Concours international Brahms (22 juillet.)
« Rencontres sous les séquoias » permettra des échanges devant et avec le public sur un thème donné. Il s’agira de tables rondes sous les célèbres séquoias du Parc de Florans autour de compositeurs, d’œuvres ou de thématiques musicales spécifiques (17, 19, 20, 22, 24, 26, 27 juillet, 3 août).
« Tremplin » désigne une dizaine de courts récitals, interprétés par des jeunes artistes talentueux, issus des meilleures institutions musicales françaises, montrant ainsi la richesse de l’école de piano actuelle (2 août, 10-16h).
Si le jazz, auquel René Martin donnait une place particulière, est peu représenté cette année, d’autres grands rendez-vous signent la continuité du Festival dans l’excellence.
L’Abbaye de Silvacane ouvrira, comme les années antérieurs, ses portes à la musique baroque (28 juillet-1er août). Le temps y sera suspendu autour des clavecinistes Pierre Hantaï (29 juillet), Justin Taylor (1er août), Louise Acabo (31 juillet) et Jean Rondeau (Révélation des Victoires de la musique classique en 2015, voir notre entretien d’alors ; 30 juillet), invités plus ou moins récents, de Musique Baroque en Avignon, qui feront résonner ce lieu unique.

Les « Nuits du Piano », phares du Festival, ne pouvaient pas ne pas se maintenir.
La première nuit donnera « Trois visions du Sacré » avec Claire-Marie Le Guay (voir notre entretien en 2024), Marie-Josèphe Jude, et Tanguy de Willencourt, dans un programme Bach, Messiaen et Liszt (26 juillet).
La Nuit « Musique Russe » fera vibrer deux pianos avec Ludmila Berlinskaia et Arthur Ancelle, puis à 22h30 Pavel Kolesnikov et Samson Taoy (30 juillet).
La troisième Nuit « Sur les rives du Danube » sera partagée avec Philippe Cassard et Michel Dalberto (7 août).
On ne saurait que se réjouir aussi de la quatrième Nuit, intitulée « Musique française », de Couperin à… Neuburger, avec un octuor de pianos, violon, alto, violoncelles – dont Victor Julien-Laferrière -, flûte et clarinette (9 août).

Nous retrouverons les grands récitals habituels, cœur historique du festival ; ils réuniront tout au long de cette édition des figures majeures du piano d’aujourd’hui, et fidèles parmi les fidèles ; on entendra donc Khatia Buniatishvili qui ouvrira le festival le 16 juillet, Bertrand Chamayou (20 juillet), Alexandre Tharaud (27 juillet), Nikolaï Lugansky (29 juillet), Vanessa Wagner (31 juillet), Arcadi Volodos (2 août), Alexandre Kantorow (4 août), David Kadouch (5 août), Seong-Jin Cho (8 août), Adam Laloum (14 août), enfin Abdel Rahman el Bacha (13 août), des artistes que nous suivons pour certains depuis de très longues années.
Et, dans diverses configurations, d’autres talents confirmés comme Lise Berthaud (25 juillet & 9 août), Jean-Frédéric Neuburger (9 août), Jean-Paul Gasparian ou François-Frédéric Guy (11 août), très présents aussi dans nos pages ; ou d’(encore) jeunes talents qui nous avaient éblouis lors de récentes éditions, comme Arielle Beck (voir notre compte rendu et notre entretien en 2025) et Liya Petrova (23 juillet). Ou d’autres instrumentistes, comme Edgar Moreau au violoncelle (9 août), ou le Quatuor Modigliani (22 juillet) ou le Trio Wanderer (15 août).
Ainsi que des orchestres de la région Sud, avec lesquels le Festival avait tissé des liens fructueux : celui de Marseille (21 juillet), celui de Nice dirigé par Lionel Bringuier (28 juillet) ; et des formations fidèles, comme le Sinfonia Varsovia (11 & 12 août), fréquemment invité aussi aux Musicales du Luberon, ou Consuelo (23 & 25 juillet).

Les premiers prix internationaux seront mis à l’honneur, comme Eric Lu (1er prix du concours Chopin de Varsovie ; 10 août), Aristo Sham (1er prix du concours Van-Cliburn 2025), Nikola Neeuwsen (1er prix du concours Reine Elisabeth de Belgique 2024) et Paul Lecocq (1er prix du concours Clara Haskil 2025 ; 10 août). Ou les lauréats du concours Long Thibaud (21 juillet), ou Reine Elisabeth (12 août).
Thomas Enhco clôturera la saison le 16 août – il avait créé en 2017 à Avignon son 1er Concerto pour piano (voir notre compte rendu et notre entretien) – avec une carte blanche consacrée à Bach et Mozart revisités, en solo (21h30), ou accompagné (19h30 & 23h).

On craignait que les nouvelles responsabilités n’empêchent le nouveau trio de direction de se produire. On aura le plaisir d’entendre Claire Désert (25 juillet), Nelson Goerner en récital solo (3 août) et Victor Julien-Laferrière à la baguette (23 & 25 juillet) et au violoncelle (1er & 9 août).
Sans oublier la grande journée traditionnelle de l’Académie du Festival, un événement festif dans les rues du village (15 août).
Le président a enfin remercié les nombreux mécènes, anciens ou nouveaux mécènes comme Coach&Progress, ainsi que les médias sans oublier les 100 bénévoles toujours fidèles à leur poste.
D.B. & G.ad. Photos D.B. & M.A.
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