
Les Chorégies d’Orange (site officiel) s’apprêtent à fêter la 15e édition de Musiques en fête ce vendredi 19 juin 2026 (notre annonce). Dès les premières années, plusieurs millions de téléspectateurs ont bénéficié de l’expertise technique de France Télévision pour suivre la soirée, en direct de chez eux, en même temps que les spectateurs locaux sur les gradins du théâtre antique. Nous avons demandé à deux participants « historiques » de la manifestation d’évoquer ce rendez-vous à la longévité inattendue, puisqu’à l’origine il ne devait être qu’unique. Nous avons donc interrogé le ténor Florian Laconi, que nous suivons depuis 20226 ; il a participé à l’édition #1, et vient par ailleurs de triompher à Marseille dans La grande-duchesse de Gerolstein (nos chroniqueurs y étaient), lui qu’Alain Duault appelle à juste titre « le plus pop des chanteurs d’opéra » tant il excelle dans les « pas de côté » jubilatoires !
Voir aussi notre entretien avec le chef Didier Benetti, et notre entretien croisé entre Florian Laconi et Didier Beneti (version brève).
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-Florian, le public vous connaît, et vous suit, depuis très longtemps. Permettez-moi d’abord de vous féliciter pour le magnifique succès que remporte depuis son lancement le 5 juin votre jeune festival, Lyric’Armor, salué par nos confrères de Forum Opera, dans des lieux où l’opéra n’avait pas l’habitude d’aller et où votre talent et votre enthousiasme correspondent à une véritable attente du public.
-On en est très heureux en effet. Je pense que c’est précisément ce qui s’est passé, dans le sens où il y a tout de même beaucoup d’initiatives musicales en Bretagne, notamment dans la musique folk, dans la chanson, un peu dans la musique classique aussi. Mais il y a assez peu d’opéra. Finalement sur le territoire breton, à part la ville de Rennes, il n’y a pas de théâtre lyrique ; et c’est un peu compliqué pour les gens qui habitent Brest d’aller à l’opéra par exemple. Donc notre projet c’est d’apporter l’opéra un peu partout : c’est vraiment le but, la vocation de ce festival.
-Lorrain d’origine, êtes-vous installé en Bretagne, ou est-ce une présence épisodique ?
-J’y vis depuis trois ans, et ce que je voulais faire, c’est un festival à proximité de la maison…
-C’est un projet qui vous titillait déjà depuis quelque temps, puisque vous nous en aviez parlé lors d’une rencontre post-concert à La Ciotat, en 2023.
-Il me trottait dans la tête quand j’étais encore en Lorraine, donc depuis longtemps. Le fait qu’effectivement, il y ait peu de musique lyrique en Bretagne, c’est cela qui qui a boosté le projet. En même temps que cette envie que j’avais, et cette motivation.
-Après un festival lyrique, à quand un festival de théâtre, puisque c’était vos premières amours ?
-(rire) Je ne vais pas pouvoir faire tout ce dont j’ai envie ! Mais il est pas impossible qu’un jour il y ait d’autres projets qui viennent se greffer sur celui-ci. Mais il y a déjà beaucoup de propositions théâtrales en Bretagne.

-Et que dire de Musiques en fête aux Chorégies d’Orange, puisque telle est votre autre actualité ? Que représente cette édition-anniversaire ? Préparez-vous quelques surprises, ou est-ce un anniversaire dans la simple continuité festive de la manifestation ?
–Je n’en sais pas plus que vous. Je sais comme tout le monde qu’il va y avoir des très beaux chanteurs, mais déjà annoncés, donc ce n’est pas une surprise. Je pense qu’on va être dans la continuité bien évidemment. Cela dit, s’il y a des choses qui se préparent, je ne le saurai qu’à mon arrivée à Orange, demain mercredi.
-Donc l’avant-veille de la soirée. Toutefois une surprise peut se préparer en quelques heures !
-Nous chanteurs nous venons pour faire ce que nous avons à faire. On est très heureux d’être là une fois de plus, pour la 15e fois. Moi je vais retrouver Musiques en fête après 4 ou 5 ans d’absence et je suis très heureux de de pouvoir refaire un peu de musique avec mes copains.

-Vous parlez de copains. Dès le début les responsables ont évoqué « la troupe de MEF ». Comment s’est constituée en 2011 cette équipe, majoritairement lyrique ?
-C’est Alain Duault qui a lancé l’opération. Il nous a rassemblés et lui-même avait l’habitude, avant même Musiques en fête, de rassembler les mêmes chanteurs, que ce soit sur des croisières, sur des concepts, sur des événements. On se connaissait donc ainsi, et d’autre part finalement on est un tout petit univers, on est un microcosme. Donc, c’est vrai, on se connaît tous ; c’était donc facile et agréable de retrouver des gens qu’on connaissait, et puis des gens qu’on a rencontrés par le biais de Musiques en fête. Ensuite voilà, on se retrouve en scène et c’est une espèce de point de rencontre annuel des chanteurs, français en grande partie ; un point de rencontre qui annonce le début de l’été, la fin de la saison, le début des festivals et les festivités de la fête de la musique. On est toujours tellement heureux de se retrouver tous ensemble dans cette ambiance festive !

-C’est en effet le coup d’envoi des festivals d’été en Provence (voir notre page dédiée). En 15 ans, même si vous n’avez pas participé à toutes les éditions, avez-vous un souvenir marquant, une anecdote ?
-Il y en a plusieurs évidemment. Mais j’ai surtout été très heureux que l’on me fasse confiance à chaque fois, pas seulement sur de l’opéra. C’est-à-dire que j’ai eu la chance, personnellement, de pouvoir faire des mélanges de genres avec différents artistes, et ça a toujours été pour moi des moments de grand bonheur. C’était surtout cet aspect qui me paraissait très intéressant à Musiques en fête, c’est qu’on pouvait métisser. Et le résultat était inattendu mais si sympathique, de voir qu’on chanteur d’opéra pouvait être en duo avec Lambert Wilson, Laurent Gerra, Dany Brillant et même Cyril Féraud, pour un moment de musique, un moment de partage ; cela nous faisait grand plaisir à nous mais au public aussi, je pense. On voit ainsi qu’il n’y a pas de genre fermé, et que si on va vers l’autre, on peut faire des choses géniales, en mélangeant les genres et en partageant la scène avec des gens qu’on n’aurait pas l’occasion de rencontrer ailleurs.

-Quand on est chanteur sur la scène de Musiques en fête, que voit-on du public ?
-On voit un mur, un mur de personnes qui sont là pour nous, qui sont là pour prendre du plaisir, pour faire la fête avec la musique classique et d’autres genres bien sûr, puisque justement ce soir-là on mélange les gens, mais il est vrai qu’il y a toujours cette image de mur. Certes, quand on commence la soirée, il fait encore jour, mais quand la nuit tombe, on ne voit plus qu’un mur sombre, d’autant qu’il y a la Vierge, tout en haut, qui est éclairée. Mais il y a toujours cette espèce de de bonheur de revenir sur la scène du théâtre antique d’Orange ; c’est toujours un moment assez unique, même si cela fait plusieurs années qu’on foule cette scène ; toujours un moment unique, que de se retrouver là, dans la chaleur du début d’été, avec un magnifique orchestre, un immense chœur, devant ce mur historique ; et toujours un moment unique, que de savoir que le public est là pour nous, un mur de gens qui viennent pour apprécier le spectacle, tous ensemble…
-Et de la scène, est-ce qu’on sent la respiration du public qui vous porte ?
-En partie seulement. Peut-être un peu plus à Musiques en fête, parce que les gens sont souvent des habitués, ils s’expriment peut-être un peu plus, tapent plus volontiers dans les mains. Et puis ils s’expriment à la fin de chaque de chaque morceau d’une manière assez géniale : pour un artiste, c’est toujours hyper réconfortant d’entendre cette salve d’applaudissements venant de 8.000 personnes en face de nous ! C’est hyper agréable. C’est une spontanéité qu’on ne retrouve pas dans les autres spectacles lyriques, bien sûr.
-Avez-vous le trac avant d’entrer en scène ? Et avez-vous des rituels d’avant-concert ?
-Pas vraiment…, à part de discuter avec les autres pour essayer justement de maîtriser un peu le trac (sourire). Et je n’ai pas à proprement parler de rituel ; j’aime plutôt plaisanter, discuter avec les autres, essayer de sortir un petit peu du trac. C’est ma façon à moi, ça me permet de me concentrer. Il y en a qui font autrement, mais moi je tiens à échanger avec les gens qui sont en coulisses, avec les techniciens, les sonorisateurs, les régisseurs et les autres chanteurs ; cela me permet effectivement de me concentrer et de pouvoir un peu mettre de côté le stress, qui existe, je pense, chez tous les artistes.
-En tout cas chez les bons artistes !
-Je pense toujours à la phrase de Louis Jouvet qui un jour s’est entendu dire par une de ses collègues, ou de ses élèves, « moi, le trac, je ne connais pas » ; il lui a répondu : « ça viendra avec le talent ! » Je trouve ça toujours très drôle. Évidemment, on a toujours un petit peu le trac, l’appréhension, parce qu’on veut très bien faire ,tout simplement. C’est lui, le petit pincement qui nous prend ; mais y a le bon et le mauvais trac. Le bon trac, c’est celui qui nous porte, qui nous fait être meilleurs.
Propos recueillis par G.ad. Photos Philippe Gromelle
- Vendredi 19 juin 2026, 21h10, en direct sur France 3 et France Musique.
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