« Au ciel » : quand les étoiles donnent vie aux absents
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« Au ciel». La Fabrik, 10h, durée : 55mn. Du 4 au 25 juillet, relâche les 8, 15 et 22 juillet. Réservations : 04 90 86 47 81.
Comment expliquer à un enfant que ceux qu’on aime ne sont plus là, mais qu’ils peuvent malgré tout continuer à vivre dans nos souvenirs ? C’est ce à quoi le spectacle de la compagnie du Radis Couronné, Au ciel, nous invite à réfléchir à hauteur d’enfant avec beaucoup de délicatesse.
Ecrit par Cindy Rodrigues, il a choisi de faire coïncider cette réflexion avec l’événement phare de l’été 1969 : la mission Apollo. L’écriture, tout en finesse et subtilité, jalonnée de références culturelles et historiques, permet alors d’expliquer à Ariane, 7 ans, que sa grand-mère Philomène est « montée au ciel ». Cette explication ne lui suffit pas et lui suscite au contraire curiosité et imagination, elle décide alors de partir retrouver sa grand-mère au milieu des étoiles : l’aventure oscille entre réalité et imaginaire, où le merveilleux devient une façon d’appréhender l’absence, grâce à l’ingénieuse mise en scène de David Levadoux. S’appuyant sur les éléments du décor ou les objets du quotidien présents sur scène, détournés de leur usage premier, ceux-ci deviennent ainsi les supports d’un imaginaire merveilleux qui se construit sous nos yeux, en suivant les pensées et les émotions d’Ariane.
Le choix de recourir à des marionnettes (de type Bunraku ou Kokoschka) manipulées sur scène par une marionnettiste tout de noir vêtue, donne une dimension poétique au spectacle. Cette marionnette n’est pas un accessoire mais devient un personnage à part entière qui prend vie sous nos yeux ; les frontières entre le réel et le rêve deviennent ténues et permettent ainsi de laisser place à la sensibilité du jeune public, tout en finesse et sensibilité. Les clins d’œil musicaux et historiques de cet été-là pimentent la représentation, pour le plus grand bonheur des plus grands.
Le jeu des deux comédiens est d’une grande justesse, tout en émotion et sincérité, créant un équilibre entre tendresse et humour sans jamais alourdir un sujet pourtant délicat. Les interprètes ne se contentent pas de raconter une histoire : ils la construisent sous nos yeux, donnant à voir les mécanismes mêmes de l’imaginaire.
Choisir le regard d’une enfant pour aborder le sujet de la mort, sujet tabou, est une belle gageure : pari réussi pour David Levadoux et Cindy Rodrigues qui se mettent à hauteur d’une enfant avec ses mots et ses images ! Ne cherchant pas à apporter de réponse, ce spectacle invite à la discussion et à l’imaginaire où chacun, petit ou grand, peut apporter ses réponses, sa sensibilité, ses doutes. En choisissant une forme qui mélange théâtre, marionnette et poésie, la compagnie nous montre, avec douceur, qu’on peut faire des spectacles tout public sans avoir besoin de cacher les émotions aux plus jeunes, mais plutôt leur offrir un espace de réflexion et de compréhension où chacun évolue à son rythme.
L’une des plus grandes réussites du spectacle réside dans sa capacité à parler simultanément aux enfants et à leurs parents. Les plus jeunes suivent avec enthousiasme cette aventure cosmique, tandis que les adultes y retrouvent l’univers de l’été 1969 ainsi que les interrogations, parfois maladroites, qui entourent la disparition d’un proche.
Au ciel démontre que le théâtre jeune public peut aborder les sujets les plus sensibles avec intelligence et poésie. Une pièce lumineuse qui invite chacun à lever les yeux vers les étoiles et à y chercher une part de ceux qui nous manquent. Un très joli spectacle qui nous rappelle que ceux qui nous quittent continuent de briller dans notre ciel intérieur, comme le souligne Ariane avec sagesse.
Christèle. Photo @Ville d’Yzeure
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