« Yerma » : une interprétation émouvante entre douceur et enfermement
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Vieux Balancier, 17h45, durée : 1h. Du 3 au 25 juillet. Rés. : 06 15 66 47 19
Adapter Yerma de Federico García Lorca sans reprendre toute la noirceur de l’œuvre originale : c’est le choix assumé – et réussi ! – de cette mise en scène d’Aura Coben, qui préfère la douceur, la poésie et l’onirisme pour raconter le désir de maternité et l’enfermement progressif de Yerma.
Sur scène, cinq comédiens, dont une enfant, donnent vie à cette histoire avec une simplicité qui laisse toute sa place aux émotions. La présence de l’enfant apporte une fraîcheur particulière au spectacle, et contraste avec le drame qui se joue peu à peu. Quelques mots en espagnol viennent ponctuer la représentation, tandis que les changements d’actes sont accompagnés de chansons, notamment La Llorona ou Se Canto. La musique devient ainsi un véritable élément de mise en scène, permettant de faire respirer le spectacle et de passer d’un moment à l’autre avec fluidité.
Mais c’est surtout la scénographie qui retient l’attention. La scène est utilisée comme un espace intime, presque comme un territoire mental. Le sol devient progressivement le reflet de l’enfermement de Yerma. À l’aide de pavés de mousse colorés, l’espace se transforme peu à peu et semble se refermer autour d’elle. Un choix visuel simple mais particulièrement évocateur : ce qui pouvait sembler ouvert au début devient progressivement plus contraignant, comme si le monde extérieur disparaissait pour laisser place au repli intérieur du personnage.
Au cœur de cette scénographie, la paloma, présente sous différentes tailles, devient un véritable fil conducteur. Libre, puis enfermée, en origami, elle accompagne le parcours de Yerma et symbolise son propre désir de liberté. Le choix de cet élément récurrent permet de raconter autrement ce qui ne se dit pas toujours avec des mots. Lorsque Yerma finit par se libérer de cet enfermement, c’est aussi son rêve de devenir mère qui se déconstruit.
La mise en scène joue ainsi constamment sur les contrastes : la douceur répond à la rage, les moments de calme laissent soudain surgir une émotion plus brutale. Le temps semble volontairement ralenti, donnant au spectateur la possibilité d’observer les personnages et de ressentir leur évolution.
Les comédiens portent cette proposition avec beaucoup de conviction. Leur interprétation, à la fois sensible et intense, trouve une résonance particulière grâce à la proximité créée avec le public. On est au plus près des personnages, de leurs silences comme de leurs colères.
Cette version de Yerma par La Compagnie Rugir l’Art séduit par la manière dont elle choisit de réinventer l’œuvre de Lorca. Une adaptation douce et poétique, portée par une scénographie symbolique et des interprètes engagés, qui laisse derrière elle une émotion durable.
Christèle. Photo @ Rachel Jouve
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