Un bonheur imparfait… mais un bonheur tout de même

Festival de Pâques d’Aix-en-Provence
Requiem de Verdi
Dimanche 29 mars 2026, Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Zurich. Gianandrea Noseda, direction
Marina Rebeka, soprano. Agnieszka Rehlis, alto. Joseph Calleja, ténor. Alexander Vinogradov, basse
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Voir aussi notre présentation d’ensemble du Festival de Pâques 2026

Après la Philharmonie de Paris (22 mars), Luxembourg (23/03), Munich (25/03), Vienne (26/03) et avant Hambourg (31/03), l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Zurich font escale au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence pour une soirée, dans la belle salle du Grand Théâtre de Provence. Le concert est placé sous la baguette de Gianandrea Noseda, directeur général de la musique de l’Opéra de Zurich. C’est dire si le programme est abouti avec l’ensemble de ces représentations au cours de la semaine passée, le chef italien connaissant par ailleurs parfaitement les forces musicales et vocales en présence.
D’une durée d’une heure et vingt minutes, cette exécution du Requiem de Verdi est parmi les plus rapides qu’on connaisse, mais sans avoir pour autant le sentiment d’une quelconque précipitation. Si l’on entend de petits changements de tempi pendant le premier numéro Introït – Kyrie, en très légers ralentissements puis accélérations, le rythme généralement soutenu par la suite donne une urgence supplémentaire à cette lecture. La qualité orchestrale est optimale, à l’exception des deux paires de trompettes placées à gauche et droite de la salle, au dernier balcon, dont au moins une détonne brièvement pendant ce même premier numéro. Mais cette direction est globalement intense et sert idéalement le chef-d’œuvre verdien, proposant les contrastes inouïs qu’on attend entre explosions dans le Dies irae et moments de recueillement proches du silence.

En nombre très significatif de vingt choristes pour chacune des quatre voix, le Chœur de l’Opéra de Zurich fait également forte impression, préparé par Ernst Raffelsberger. Les pupitres sont dynamiques, bien équilibrés et la cohérence rythmique s’avère sans faille. Chapeau bas en particulier pour le Sanctus, chœur à huit voix déjà très compliqué à mettre en place d’ordinaire, et pris ce soir à un rythme d’enfer !
Le jugement est moins unanime pour ce qui concerne les quatre solistes, même si la partie féminine est absolument remarquable. Dotée d’un timbre d’une grande séduction, la soprano Marina Rebeka produit une splendide interprétation, intonation précise et dotée d’un large volume. Il faut dire que la soprano lettone a abordé récemment des rôles de plus en plus larges ; le dernier en date est Abigaille de Nabucco en janvier à Naples, rôle verdien parmi les plus tendus du répertoire. L’instrument est donc généreux, mais sait aussi se transformer en subtile mezza voce, tandis que les aigus les plus haut perchés sont atteints sans coup férir, comme dans le Libera me final. Prenant le rôle d’alto du Requiem, la tessiture naturelle d’Agnieszka Rehlis est davantage celle d’une mezzo-soprano. La voix est agréable, bien conduite et la chanteuse polonaise ne donne pas l’impression de devoir creuser trop profond dans le grave pour délivrer ses plus basses notes.

On est malheureusement moins enthousiaste pour la partie masculine, à commencer par Joseph Calleja. On connaît le ténor maltais depuis de nombreuses années, et son vibratello relativement prononcé qui accompagne son chant, sorte de grelot plutôt désagréable qui a tendance à se développer dans la partie supérieure du registre. Si la partie centrale de la voix est d’une belle ampleur, l’aigu a perdu en revanche beaucoup de son éclat, les trois ou quatre notes les plus hautes sonnant désormais très blanches et obligeant l’auditeur à vraiment tendre l’oreille pour les entendre. L’intonation plus que douteuse à l’entame de son Ingemisco renforce notre appréciation modérée de l’interprétation du soir.
Le programme de salle annonce David Leigh comme basse… et pourtant, nous avons comme un gros doute à l’écoute des premières notes du chanteur, à l’accent slave assez prononcé. Et pour cause, on reconnaît rapidement Alexander Vinogradov, sans qu’aucune annonce, affiche ou feuillet modificatif ne vienne donner cette information au public… dont certains spectateurs au sortir de la salle énonçaient « … superbe ce David Leigh » ! Et Vinogradov chante le Requiem avec ses beaux moyens, soit ceux d’une basse solidement et joliment timbrée, mais un style régulièrement plus proche de Boris Godounov, ce qui donne un caractère par moments un peu trop uniformément sépulcral à ses interventions.
Aux saluts, applaudissements d’un public conquis, et remarquable prestation des forces musicales et vocales de l’opéra de Zurich.
I.F./ F.J. ©Caroline Doutre
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