Au Festival Durance Luberon : le formidable contre-ténor Rémy Brès-Feuillet, de Bayreuth à Lauris

Samedi 22 août 2026, Lauris, Place de l’Eglise. Festival Durance Luberon (site officiel)
Rémy Brès-Feuillet, contre-ténor. Gerd Amelung, clavecin. Ugo Gianotti, violon. Natalia Timofeev, violoncelle
Œuvres de Georg Friedrich Händel, Alessandro Scarlatti, Giovanni Battista Somis, Antonio Vivaldi, Antonio Caldara, Nicola Porpora, Vincent d’Indy
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Voir notre présentation du Festival Durance-Luberon 2026 (29e)

Le Festival Durance Luberon conclut ce soir en beauté sa 29ème édition, sur la Place de l’église de Lauris, l’un des habituels lieux enchanteurs des représentations de la manifestation. Présentée par son Président Luc Avrial, cette dernière programmation est exceptionnelle, soit la même que celle donnée en septembre 2025 au Festival d’opéra baroque de Bayreuth (Bayreuth Baroque Opera Festival), une référence de prestige pour ce répertoire. Il est aussi à noter qu’il s’agit de la première de ce programme dans l’Hexagone… alors de nombreux bravos au Festival Durance Luberon !
Le jeune contre-ténor Rémy Brès-Feuillet de 29 ans est marseillais – puis passé par le Vaucluse, où il a participé au Concours de la mélodie à Gordes en 2018, au Concours Raymond Duffaut d’Avignon en 2021, en 2023 et en 2025, a donné plusieurs concerts dans lé région, dont nous avons donné les comptes rendus, et nous l’avions interviewé en 2020 -; venu de la cité phocéenne, même s’il est invité aujurd’hui dans les festivals les plus prestigieux, il s’est toujours demandé pourquoi Le Comte de Monte-Cristo, roman d’Alexandre Dumas, n’a pas donné naissance à un opéra, alors qu’on imagine sans peine que les péripéties d’Edmond Dantès s’y prêteraient fort bien… le cinéma a d’ailleurs prouvé tout le lyrisme de l’intrigue ! Peut-être un hasard de l’Histoire quand on pense à La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils… adaptée en cet immense chef-d’œuvre La Traviata de Giuseppe Verdi…
Mais pour l’heure, on reste en majorité dans un 18ème siècle de musique baroque, pour bâtir une intrigue en trois parties : 1- La tragédie d’Edmond Dantès, 2- Monte Cristo : le Justicier, 3- La fin des outrages : « Attendre et espérer ». Les airs sélectionnés se veulent en effet très proches des sentiments exprimés ou ressentis par Edmond Dantès, aux différents stades de l’avancée du roman. De manière générale alternent airs doux et plus agités, certaines séquences purement musicales donnant l’occasion aux trois instrumentistes en présence de s’exprimer.

Dès le premier air « Alma mia », extrait du rare Floridante de Händel, on apprécie le subtil équilibre entre ce petit ensemble de trois musiciens et la voix du soliste. La ligne vocale et l’intonation sont très précises dans ce passage en forme de complainte, l’air suivant plus vif « Il mio cor costante e fido » tiré de Carlo, re d’Allemagna de Scarlatti, montrant un instrument souple et bien entraîné aux passages d’agilité. On retrouve tout au long du concert ces deux qualités vocales, en premier lieu une agréable douceur de timbre pour les moments élégiaques, comme au cours de la berceuse de Scarlatti « Dormi, o fulmine di guerra ». Le chant est conduit sur un beau legato, une articulation claire du texte, la qualité de son étant égale sur la tessiture, depuis un grave sereinement exprimé. Autre famille de qualités, l’agilité, la virtuosité sont mises en œuvre dans les airs les plus fleuris, comme « Scuote la chioma d’oro » de Porpora, ou encore « Vorresti col tuo pianto » extrait de La Griselda de Scarlatti, deux passages aux caractéristiques d’arie di furore qui traduisent plutôt, dans ces moments, l’esprit de vengeance du Comte de Monte-Cristo.
Trois passages uniquement instrumentaux s’intercalent, permettant aussi au contre-ténor de reprendre son souffle. La sonate en ré mineur du rare Giovanni Battista Somis, ainsi que la Sonata da camera en do bémol d’Antonio Vivaldi rassemblent les trois musiciens. Si le jeu du clavecin de Gerd Amelung et de la violoncelliste Natalia Timofeev n’appelle aucune réserve, celui du violon d’Ugo Gianotti rencontre parfois de petites notes légèrement rebelles au bon épanouissement du son, de fugaces imperfections qui n’altèrent toutefois pas la très haute qualité du concert… et pour rappel, la perfection n’est – heureusement ! – pas de ce monde, ni en musique, ni ailleurs… Autre composition, jouée cette fois par le seul claveciniste, une chacone de Händel, un des merveilleux moments de la soirée, pour sa sûreté et finesse de jeu, sa virtuosité qui semble naturelle, ainsi qu’une richesse de son que chaque auditeur peut goûter dans un silence absolu sur cette place à ciel ouvert.

On passe à la fin du 19ème siècle avec le premier bis, la chanson « Qui jamais fut de plus charmant visage » de Vincent d’Indy (1851 – 1931), intitulée « madrigal dans le style ancien ». Sur un poème de Robert de Bonnières, cette charmante chanson aurait pu être écrite par Edmond Dantès à sa bien-aimée, nous indique Rémy Brès-Feuillet. Pour terminer, le contre-ténor reprend la berceuse de Scarlatti « Dormi, o fulmine di guerra », décidément d’une très grande douceur et qui nous paraît être chantée dans un souffle encore plus long. Rémy Brès-Feuillet confirme ainsi sa place parmi les meilleurs contre-ténors du moment : il défendra le rôle-titre d’Orlando de Händel à l’Opéra de Nice à partir du 30 septembre… à bon entendeur, salut !
F.J. © F.J.
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Belle fin d’été, et bonne rentrée musicale !
Cordialement,
G.ad.