Second volet des concertos de Mendelssohn et Chopin : deux découvertes, un compositeur et un pianiste !

Mercredi 12 août 2026, 21 h, Auditorium du Parc du Château de Florans, Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron (site officiel)
Orchestre Sinfonia Varsovia
Martijn Dendievel, direction
Pietro de Maria, piano. Jonathan Fournel, piano
Félix Mendelssohn, Le songe d’une nuit d’été (ouverture). Félix Mendelssohn, Concerto pour piano n° 2. Niels Wilhelm Gade (1817-1890), Hamlet (ouverture). Frédéric Chopin, Concerto pour piano n° 2
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Voir aussi notre présentation d’ensemble du festival de La Roque d’Anthéron 2026,
première édition post-René Martin

Ce concert du 12 août constituait la deuxième partie du mini-cycle dédié aux concertos pour piano de deux compositeurs exactement contemporains, Mendelssohn et Chopin (voir notre compte rendu du 1er volet). Mais il comportait aussi d’autres points d’intérêt, d’abord les prestations de deux artistes qui, malgré la richesse de leurs parcours musicaux et internationaux, ne sont pas parmi les plus médiatisés et auront été une découverte pour de nombreux auditeurs, et aussi, la musique du compositeur et chef d’orchestre danois Niels Gade (1817-1890), qui fut, dans son pays, l’un des plus importants de son époque et une figure musicale majeure.
On ne peut pas dire que Niels Gade soit très joué sous nos latitudes ; beaucoup, sans doute, ignorent jusqu’à son nom, a fortiori son œuvre. Aussi, son ouverture de concert, Hamlet, si séduisante et même passionnante, écrite en 1861, fut-elle une véritable révélation. S’ouvrant sur une lente marche funèbre, puis dépeignant, en alternant temps d’agitation et d’accalmies, les tourments d’Hamlet, elle s’achève à nouveau sur la marche funèbre initiale. L’interprétation en fut admirable, vivante, expressive, convaincante, dénotant un orchestre en pleine possession de l’œuvre. Notons que Tchaïkovski composera plus tard, en 1888, dans le même esprit de traduction de l’atmosphère sombre de la pièce et des situations émotionnelles qu’elle comporte, son ouverture-fantaisie du même nom.
Pour demeurer dans le cadre shakespearien, la soirée avait débuté par l’ouverture, plus célèbre, du Songe d’une nuit d’été. Les violons y assurèrent correctement leur partie légère et aérienne, mais les parties d’orchestre plus étoffées et les tutti manquèrent d’un peu plus de finesse et parfois de clarté. Les dernières mesures furent toutefois bien rendues par les bois et les cors.

Membre de l’Académie Sainte-Cécile de Rome, enseignant à Salzbourg et Pinerolo, lauréat de nombreux concours, Pietro de Maria, à l’approche de la soixantaine présente une riche carrière internationale, partagée entre les plus grands chefs et orchestres. Son répertoire est large, du baroque au moderne, et Chopin, dont il a enregistré l’intégrale de l’œuvre pour piano, est loin de lui être étranger. Mais en cette soirée Mendelssohn-Chopin, c’est pourtant le premier qu’il avait choisi d’interpréter et par lequel nous eûmes l’occasion de le découvrir. Avec un doigté clair et virtuose, attentif aux nuances, en bon accord avec l’orchestre, c’est une prestation propre et de belle qualité qu’il nous a offerte, peut-être un peu trop sage. On aura noté, dans le premier mouvement, quelques tutti légèrement gênés par l’acoustique du lieu. Directement enchaîné au piano, l’adagio, dans lequel ce dernier a une place particulièrement dominante, a été joliment mené, en toute sérénité, et le presto, avec ses échanges entre l’orchestre et le piano, ses lignes bien lisibles, sa dynamique bien dosée sous la direction de Martijn Dendievel, a également été de belle facture.
Le public a chaleureusement applaudi les interprètes, et Schubert s’invita pour le bis, avec son Impromptu n° 2 D899, que nous aurions préféré un peu plus nerveux, mais qui resta tout de même convaincant.

Comme la veille, le concerto de Chopin prendra le pas sur celui de Mendelssohn, de par son romantisme plus direct, son orchestration plus dépouillée, accompagnement efficace d’un piano roi, et surtout servi par un extraordinaire Jonathan Fournel, qui aura véritablement fasciné l’auditoire. Jeune pianiste d’une trentaine d’années, révélé seulement depuis 5 ans sur la scène internationale, depuis ce Grand Prix du Concours Reine Elisabeth de Belgique, sa carrière sera de toute évidence à suivre de près. Contrairement au Steinway de ses prédécesseurs, c’est sur un piano Bösendorfer qu’il avait choisi de s’exprimer, à la sonorité parfaitement adaptée à son jeu et au concerto. Il en résulta une interprétation passionnante et captivante, fondée, certes, sur une technique et une virtuosité maîtrisées, l’aisance du doigté, mais aussi sur un jeu vivant et expressif, une sensibilité exprimée avec justesse, avec toutes les nuances et couleurs voulues. Le charme était au rendez-vous, l’orchestre et son chef jouèrent parfaitement leur rôle d’accompagnant, mais aussi de moteur, lorsqu’il le fallait. Le final fut sublime, la réaction du public atteignit cette fois au délire, nombreux rappels, tapements de pieds, standing-ovation.
Le bis offert nous maintenait dans l’univers de Chopin, avec son Andante spianato et Grande Polonaise brillante op. 22. Encore un instant de grâce et de bonheur, que Fournel termina dans un long silence empli d’émotion, avant d’accepter à nouveau les ovations du public.
En conclusion, une soirée avec deux belles découvertes : un compositeur, Gade, et un jeune pianiste, Fournel.
B.D. Photos Franck Denis Fip 2026
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