Premier volet des concertos de Mendelssohn et Chopin : un programme en miroir pour deux très grands pianistes et un orchestre fidèle aux festivals du Sud

Mardi 11 août 2026, 21 h, Auditorium du Parc du Château de Florans, Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron (site officiel)
Orchestre Sinfonia Varsovia
Martijn Dendievel, direction
Jean-Paul Gasparian, piano. François-Frédéric Guy, piano
Mendelssohn, Les Hébrides (ouverture). Mendelssohn, Concerto pour piano n° 1. Schumann, Manfred (ouverture). Chopin, Concerto pour piano n° 1
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Voir aussi notre présentation d’ensemble du festival de La Roque d’Anthéron 2026,
première édition post-René Martin

Le concert de cette soirée constituait la première partie d’un mini-cycle proposant, en parallèle, les deux concertos pour piano de Mendelssohn et les deux de Chopin (voir aussi notre compte rendu du second volet). Une telle programmation n’était pas dénuée d’intérêt et Philippe Bernhard rappelait fort opportunément, en préambule, quelques propos concernant ces compositeurs, tous nés autour de l’année 1810 : Mendelssohn (1809), Chopin (1810), Schumann (1810), sans oublier Liszt (1811). J’y ajouterai, pour ma part, un compositeur né également en 1810, à Cadenet, en face même de La Roque d’Anthéron, sur l’autre rive de la Durance, Félicien David, dont, cette année, le cent-cinquantenaire de la disparition (1876) a bien été oublié.
Le concert débutait donc par l’ouverture des Hébrides (ou Grotte de Fingal), dont les musiciens du Sinfonia Varsovia et leur jeune chef belge, Martijn Dendievel, à la direction expressive, précise et efficace, surent rendre, variant entre le calme de la mer et la force des vagues pénétrant la grotte, cette vision de paysage marin, il est vrai plus impressionniste avant l’heure, que descriptive.
L’orchestre nous offrira également, en début de deuxième partie, une belle interprétation de l’ouverture du Manfred de Schumann, pièce aujourd’hui la plus jouée de la musique destinée à accompagner le poème dramatique de Lord Byron. Plus de mer cette fois, mais l’orchestre, aux lignes claires, aux nuances bien dosées, exprimera parfaitement les tourments et états d’âme que traîne Manfred dans les montagnes et le monde des glaciers.

Côté concertos, il appartenait à Mendelssohn et Jean-Paul Gasparian de prendre l’initiative. L’indication molto allegro con fuoco du premier mouvement fut respectée à la lettre, le doigté clair et précis du soliste courant sur le clavier avec une vélocité aisée, en parfait accord avec l’orchestre. Contrastes et nuances étaient bien abordés ; on pourra néanmoins regretter, dans le déroulé du mouvement, un petit manque de délicatesse et de « romantisme », et une thématique pas toujours clairement exposée à l’orchestre. Le piano enchaînait directement sur l’andante, dans lequel il tient une bonne place, andante recueilli, presque une berceuse, avec un bel accompagnement des cordes, en particulier des plus graves (des altos aux contrebasses). Le presto se déployait enfin, libéré, joyeux et conquérant, avec un piano virtuose, parfaitement intégré et coordonné avec l’orchestre.
Le succès était au rendez-vous, le public le manifesta bruyamment, et Gasparian offrait en bis, pour introduire Chopin et le concerto suivant, sa Polonaise « Héroïque » (op. 53, n° 6). Energique et passionnée, il y fit encore montre de sa virtuosité et de sa maîtrise des nuances, avec, en partie centrale, un bel ostinato, bien marqué à la main gauche.
Il faut avouer que le concerto de Chopin, plus long, plus charmeur, plus romantique, avec une partie orchestrale plus légère et plus facile à suivre, et l’avantage de clôturer le concert, aura plus marqué le public et volé la vedette à Mendelssohn. François-Frédéric Guy, visiblement habité par l’œuvre, et les musiciens du Sinfonia Orchestra l’interprétèrent de belle manière. Dans le premier mouvement, en parfaite entente avec l’orchestre, le jeu du pianiste s’écoulait avec aisance. Introduit en douceur, le deuxième mouvement, rêverie mélancolique, évasion de l’esprit, fut superbe, avec une belle participation du basson. Quant au rondo, vif et nuancé, avec un piano toujours clair, virtuose et maîtrisé, les doigts courant sur le clavier, il fut à la hauteur des mouvements précédents, jusqu’au final soulevant les acclamations d’un public proche du délire, auxquelles François-Frédéric Guy eut la délicatesse d’associer Jean-Paul Gasparian, revenu avec lui sur la scène. Un bis était inévitable, toujours Chopin, son Nocturne op. 9 n° 2, clôturait en beauté cette soirée.
B.D. Photos Franck Denis, FIP 2026
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