A La Roque d’Anthéron, les musiciennes à l’honneur avec Arielle Beck et Liya Petrova accompagnées par l’Orchestre Consuelo

Parc du Château de Florans, La Roque d’Anthéron le 23 juillet 2026
Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron (site officiel)
Direction musicale, Victor Julien-Laferrière. Piano, Arielle Beck. Violon, Liya Petrova
Orchestre Consuelo
Johannes Brahms : Symphonie n° 3 en fa majeur, opus 90. Edvard Grieg : Concerto pour piano en la mineur, opus N 16. Jean Sibelius : Concerto pour violon en ré mineur, opus 47
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Voir aussi notre présentation d’ensemble de cette 46e édition, post-René Martin
et un autre compte rendu de ce concert par Dany

Comme pour le concert deux jours plus tôt, le piano est présent mais pas que, à La Roque d’Anthéron, puisque le violon partage à nouveau l’affiche avec l’instrument-roi du Festival. C’est l’Orchestre Consuelo qui officie pendant la soirée, formation fondée en 2021 et dirigée par le chef et violoncelliste émérite Victor Julien-Laferrière, et désormais co-directeur du Festival. A géométrie variable entre 15 et 60 musiciens chambristes, solistes et instrumentistes qui proviennent des plus grands orchestres européens, la phalange se produit ce soir en un large effectif.
Dès les premières mesures de la Symphonie n°3 de Johannes Brahms, l’auditeur plonge au cœur du répertoire romantique à l’écoute d’un très bel ensemble où règne un équilibre harmonieux entre pupitres. Les bois se montrent expressifs dans leurs soli et les quatre cors font preuve d’une sereine solidité technique. Dans l’excellente acoustique naturelle renvoyée par la conque qui entoure le plateau, la direction musicale est élégante et fait passer du souffle sur les tutti, ainsi qu’une agréable retenue pendant les passages plus intimistes. La mélodie bien connue du 3ème mouvement en poco allegretto est joliment prise successivement par la clarinette, le cor solo impeccable, avant l’ensemble des cordes. Le dernier mouvement en allegro donne davantage de volume, une ampleur certaine où la précision rythmique ne se relâche pas.

Le Concerto pour piano d’Edvard Grieg fait ensuite entrer en scène la jeune soliste Arielle Beck, 17 ans, qui remportait à l’âge de 9 ans le premier grand prix du concours international Jeune Chopin, de Martigny en Suisse, et cette année 2026 Révélation soliste instrumentale des Victoires de la musique classique. Malgré son jeune âge, la musicienne fait preuve d’une rare maturité et d’un caractère bien affirmé, comme le prouvent ses premières attaques mordantes, des accords plaqués avec force. La virtuosité est également rapide et déliée, paraissant naturelle et non démonstrative. Elle sait aussi doser son toucher du clavier, proposant par séquences une remarquable finesse de jeu, qui relève du registre de la caresse. A l’opposé, dans sa longue cadence du premier mouvement allegro molto moderato, le piano peut dégager une intense puissance. L’orchestre lui fournit un accompagnement de qualité, le chef tentant de ménager en permanence un espace acoustique à la pianiste, y compris au cours des tutti les plus volumineux du dernier mouvement allegro moderato molto e marcato. Arielle Beck offre deux bis, d’abord des Variations sur la Marche nuptiale de Felix Mendelssohn arrangées par Franz Liszt puis Vladimir Horowitz, long passage d’une folle virtuosité et extrême célérité par instants, où le jeu des mains qui balaient le clavier impressionne. Le second bis, plus élégiaque, est le bienvenu pour calmer l’ardeur justifiée du public.

Après l’entracte, c’est au tour de la violoniste Liya Petrova de venir interpréter le Concerto pour violon en ré mineur de Jean Sibelius. Partenaire régulière à la scène, entre autres, du pianiste Alexandre Kantorow, la musicienne bulgare de 36 ans développe un jeu d’une grande sensibilité. C’est bien la qualité première attendue dans la mélodie aérienne et bien connue du public du premier mouvement, l’instrument sonnant merveilleusement dans la longue cadence un peu plus tard. Petrova fait encore chanter son violon avec sentiment dans le deuxième en adagio di molto, l’orchestre lui répondant avec une grande profondeur de son. Soliste et musiciens démontrent enfin de l’abattage pour les passages plus rapides du dernier mouvement en allegro ma non tanto. Liya Petrova accorde pour terminer cette riche soirée un unique bis, dans un style plus rock and roll actuel et superbement rendu par son Stradivarius du 18ème siècle.
I.F. & F.J. © Frank Denis
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