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« L’Orfeo », Savall/ Bayle, à Avignon (21/23-11-2025)

 

C’est le tout premier opéra de l’histoire, c’est l’un des mythes antiques les plus riches symboliquement, et c’est l’immense gambiste international Jordi Savall qui dirige. On y était, et on a eu raison ! ...

Vendredi 21 novembre 2025, 20h00. Dimanche 23 novembre 2025, 15h00. Durée 2h. Opéra Grand Avignon

Orfeo. Favola in musica en un prologue et cinq actes de Claudio Monteverdi (1607). Livret d’Alessandro Striggio
Direction musicale Jordi Savall. Assistants Luca Guglielmi et Lluís Vilamajó. Chef de chant et clavecin Marco Vitale. Chef de Chœur Alan Woodbridge. Mise en scène Pauline Bayle, reprise par Céline Gaudier. Décors Emmanuel Clolus. Lumières Pascal Noël. Costumes Bernadette Villard

Orfeo Mauro Borgioni. La Musica / Euridice Marie Théoleyre. Messagiera Floriane Hasler. Speranza / Proserpina Anna Reinhold. Apollo Furio Zanasi. Caronte / Plutone Salvo Vitale. Ninfa / Coro Raphaëlle Andrieu. Pastore I / Spirito II Paul Belmonte. Pastore II / Spirito IV David Tricou. Pastore III / Eco / Spirito I  Julien Desplantes. Pastore IV / Spirito III Etienne Prost. Danseurs Andrea Apadula, Loïc Faquet et Xavier Perez

Chœur de L’Opéra Grand Avignon. Chef de Chœur Alan Woodbridge

Le Concert des Nations

Coproduction Opéra-Comique, Opéra Royal-Château de Versailles Spectacles, Opéra Grand Avignon

Chanté en italien, surtitré en français

Avec le soutien du Département de la Culture de la Generalitat de Catalunya et du consortium Institut Ramon Llull
Avec le soutien financier de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Occitanie
Alia Vox producteur exclusif des enregistrements de Jordi Savall et de ses ensembles. alia-vox.com

Autour du spectacle

  • Prologue
    45 minutes avant la représentation, l’Opéra Grand Avignon propose un éclairage sur L’Orfeo. Entrée libre sur présentation du billet du spectacle.
  • Immersion dans les coulisses

Voir aussi toute la saison 2025-2026 de l’Opéra Grand Avignon

NOTRE COMPTE RENDU 

En ce soir de première, la salle de l’Opéra Grand Avignon, pleine jusqu’au troisième balcon, reste éclairée. La scène aussi est baignée d’une douce lumière blanche.

Tonnerre d’applaudissements à l’arrivée du chef Jordi Savall, toujours modeste, discrètement souriant, comme étonné d’une telle ovation. Il se tourne vers le Concert des Nations, orchestre à géométrie variable qu’il a créé en 1989 avec son épouse Montserrat Figueras. On attend l’introduction. Les premiers accents, allègres, jaillissent des deux loges latérales, lancés par huit trompettes ; le public avignonnais semble les goûter particulièrement, en écho aux trompettes de Maurice Jarre qui ouvrent traditionnellement le Festival In. Le ton est donné, la lumière restera quelque temps dans la salle, mais déjà on glisse doucement dans cette « favola in musica ».

Une vingtaine de figurants, dans lesquels on reconnaît les choristes de l’Opéra, entament une lente chorégraphie, prenant ainsi possession de l’espace. Puis ils apporteront, lentement, souplement, toujours en silence, des branches de fleurs écarlates qu’ils planteront sur le sol, et que, in fine, tout habillés de noir ils disposeront en cercle autour d’Orphée effondré après la perte de sa bien-aimée. Les costumes sont joliment divers et frais : hauts très colorés, pantalons et jupes de lin blanc ou clair.

La première partie (célébration de l’amour d’Orphée et Eurydice) est joyeuse, colorée, légère. La seconde partie (Orphée va chercher Eurydice aux Enfers et la perd définitivement), dans la pénombre, accompagne le malheur et le deuil, avant une progressive renaissance de l’espoir et le triomphe de la vie.

La mise en scène, que Pauline Bayle, habituée aux créations de l’Antiquité gréco-romaine, assume plus théâtrale que lyrique, est élégante, sobre, épurée. Le plateau est nu, les murs de même, noirs. Les lumières chatoyantes n’en sculptent que mieux les personnages. Sans artifice, sans accessoires, la mise en scène est fine jusque dans les moindres détails, comme dans ce Cerbère tricéphale judicieusement incarné par les trois danseurs, tout de gris sombre gainés. Trois danseurs (Andrea Apadula, lauréat Adami 2021, Loïc Faquet, Xavier Perez, tous complices habituels de l’univers lyrique) qui s’insèrent avec fluidité dans l’espace théâtral.

Côté voix, on a quelque peu regretté l’absence de Marc Mauillon, rôle-titre depuis le début de cette production – mais apparemment indisponible -, dont on connaît la finesse, le frémissante délicatesse ; mais Mauro Borgioni  aura campé un Orfeo au timbre charnu, à la présence affirmée, et non dénué de sensibilité dans la douleur de la séparation et de l’absence.

Le baryton Furio Zanasi (Apollon), a su montrer combien la musique ancienne constitue son univers de prédilection ; il était d’ailleurs Orphée lui-même en 2007 sous la même baguette, aux côtés de Montserrat Figueras dans le rôle de la Musique, pour fêter les 400 ans de l’œuvre. Charon et Pluton ont pour leur part, grâce à la basse Salvo Vitale à la voix profonde et souple, exprimé une autorité teintée d’humanité.

Chez les dames, Marie Théoleyre joue, avec une réelle facilité scénique et une belle agilité vocale, de toutes les nuances des deux rôles aussi différents qu’Eurydice et la Musique. Le rôle de la Messagère de malheur échoit à Floriane Hasler, qui se produit aussi bien sur des scènes internationales que, en Drôme presque provençale, dans le Festival Saou chante Mozart. La mezzo Anna Reinhold, pépite issue du Jardin des voix de William Christie, est une baroqueuse accomplie, déjà accueillie il y a quelques années par Musique Baroque en Avignon ; elle endosse ici le double rôle de l’Espérance et de Proserpine – personnage qu’elle a incarné aussi dans La Descente d’Orphée aux Enfers de Charpentier -.

Quant aux autres voix solo, on a pu apprécier la soprano avignonnaise Raphaèle Andrieu (Nymphe) dont la présence scénique est évidente dans sa robe pourpre ; et les ténors Paul Belmonte (Berger I et Esprit II), David Tricou, – parfois haute-contre -(Berger II et Esprit IV), Julien Desplantes (Berger III, Echo et Esprit I), ainsi que le baryton Etienne Prost (Berger IV et Esprit III), tous membres du Chœur maison, souvent distribués en solistes.

Les faux crânes de Proserpine et Pluton ont fait leur effet. Il faut souligner que, peut-être plus encore peut-être dans cette production que dans d’autres, les petites mains de l’opéra Grand Avignon ont été particulièrement sollicitées et ont contribué très largement à la réussite du spectacle. Une armée de maquilleurs, coiffeurs-perruquiers, habilleurs, électriciens, techniciens, costumiers… ont travaillé dans l’ombre pour qu’éclate en pleine lumière la beauté de cette Orfeo revisité par Pauline Bayle et véritablement habité par Jordi Savall, qui le dirige depuis près d’un quart de siècle. La musique en est toujours d’une vivifiante jeunesse. On s’étonne encore, quatre siècles plus tard, qu’une telle œuvre qui marque le surgissement d’un genre nouveau – certes héritier d’une riche tradition -, en signe aussi la délicieuse perfection.

Pour la ciseler, une vingtaine de musiciens dans la fosse – parfois sur scène -, et une trentaine d’instruments d’époque qui sonnent clair, répartis autour de la double harpe : quatre violons, viola da braccio et viole de gambe, basse de violon et contrebasse de viole ;  théorbe, guitare, archiluth, chitarrone, lirone ; deux flautini, clarino, deux cornets, cinq trombones ; percussions ; deux clavecins, orgue di legno et orgue régale. Un inventaire à la Prévert… Autant de noms, et de sons, au charme subtil.

Nous avions vu au printemps, dans le cadre du Festival Mars en baroque de Jean-Marc Aymes, une version concertante d’Orfeo, sublime, intense, sur la scène de l’Opéra de Marseille qui, étonnamment, n’avait jamais programmé cette œuvre.

Pour cette actuelle version scénique de haute volée, qui s’est jouée deux fois in loco à guichets fermés, l’Opéra Grand Avignon peut légitimement s’enorgueillir d’avoir réussi une coproduction avec deux maisons prestigieuses (l’Opéra-Comique de Paris et l’Opéra royal de Versailles). Et d’avoir obtenu que le Choeur de l’Opéra Grand Avignon bien préparé par Alan Woodbridge se substitue, sans démériter, à La Capella Reial de Catalunya, partie vocale habituelle de la production. Le directeur était également très ému de saluer après la représentation Jordi Savall, immense artiste, fin connaisseur de la musique ancienne, infatigable découvreur, interprète inspiré. MBA l’avait reçu en juin 2022, en ce même lieu, avec sa viole de gambe et deux autres musiciens dans un programme « Folias et Romanescas » ; nous avions eu l’honneur de l’interviewer en amont du concert.

Quant à L’Orfeo dans d’autres productions, le maestro l’a notamment dirigé  au Gran Teatro del Liceu de Barcelone dans les années 1990, puis, au tournant du siècle et pour le 400e anniversaire, dans ce même lieu ainsi qu’au Teatro Real de Madrid. Cette co-production-ci, qui termine sa tournée à Avignon, a été donnée à l’Opéra royal de Versailles en 2017 puis en juin 2024, à l’Opéra-Comique de Paris en 2021, et aux Rencontres Musicales d’Évian fin juin 2024 (une seule représentation).

Elle mérite de poursuivre sa carrière en d’autres lieux.

G.ad. Photos Barbara Buchmann (spectacle) & G.ad. (salut)

LE REGARD DU CHEF JORDI SAVALL

Le mythe d’Orphée est l’un des plus obscurs et des plus chargés de symbolisme de toute la mythologie hellénique. D’origine très ancienne, il est allé en se développant jusqu’à devenir une véritable théologie, autour de laquelle s’est formée une abondante littérature en grande partie à caractère ésotérique. Orphée est le « chanteur » par excellence, le musicien, le poète. Il joue merveilleusement de la lyre et de la cithare, instrument dont on lui attribue la paternité. On disait de lui qu’il savait chanter et jouer des chants si doux que les bêtes sauvages le suivaient, les arbres et les plantes s’inclinaient sur son passage tandis que les hommes les plus féroces étaient complètement calmés.

Dans le Livre IV des Géorgiques de Virgile (70-19 av. J.-C.) nous trouvons la version la plus riche et la plus complète parmi les mythes les plus célèbres relatifs à Orphée : celui de sa descente aux enfers par amour pour sa femme, Eurydice, morte d’avoir été mordue par un serpent alors qu’elle essayait d’échapper à la persécution d’Aristée. Avec les accents de sa lyre et de son chant, Orphée arrive à envoûter non seulement les monstres de l’enfer, mais aussi les dieux infernaux. Les poètes ont rivalisé d’imagination pour décrire les effets de cette musique divine. C’est ainsi que finalement les dieux infernaux

acceptent ses supplications à condition que lorsqu’il revient à la lumière du jour suivi d’Eurydice, il ne se retourne jamais pour la regarder, avant d’être sorti de leur royaume.

Presque arrivé au bout de son parcours, Orphée est pris d’un doute terrible : ne l’a-t-on pas trompé ? Eurydice est-elle réellement derrière lui ? Il se retourne brusquement et Eurydice meurt une deuxième fois. Orphée essaie de revenir la chercher mais cette fois, Caron est inflexible. Inconsolable, Orphée doit revenir avec les humains.

De toutes les tentatives d’associer la musique à ce mythe, La Favola d’Orfeo, poème d’Alessandro Striggio et musique de Claudio Monteverdi, étrennée à la cour de Mantoue le 24 février 1607, est la proposition la plus réussie et la plus complète, grâce à son extraordinaire conception musicale et dramatique ainsi qu’à une partition élaborée avec le plus grand soin. L’Orfeo de Monteverdi atteint une perfection rarement égalée dans toute l’histoire de l’opéra. Après les premières expériences sur un thème similaire comme l’Euridice de Jacopo Peri et de Giulio Caccini, livret d’Ottavio Rinuccini (Florence, 1600), Monteverdi ouvre avec ce premier opéra le véritable début de l’expansion du nouveau stile rappresentativo. Il est le premier musicien pour qui l’expression des sentiments « che movono grandemente l’animo nostro », la peinture des passions deviennent absolument prioritaires. C’est la raison pour laquelle, quand il affirme que « le compositeur moderne doit fonder ses œuvres sur la vérité », il définit un concept révolutionnaire et radical qui modifiera définitivement la relation texte/musique. Son œuvre le crédite en tant que l’un de ces rarissimes génies polyvalents, capables de synthétiser les styles les plus divers. Monteverdi est clairement un compositeur baroque, mais dans sa musique se trouvent tous les ingrédients essentiels aux idéaux postérieurs. Un texte très éloquent d’Harry Halbreich le définit magistralement :

« Qu’est-ce qu’un Romantique ? C’est un artiste qui donne priorité à l’expression sur la construction et l’observation ; c’est un artiste qui essaie avant tout de traduire les sentiments et les passions de ses personnages en les voyant à travers le prisme de sa propre personnalité : c’est Monteverdi.

Qu’est-ce qu’un Classique ? C’est un artiste qui refuse de sacrifier la beauté pure, l’équilibre et l’harmonie des proportions ; c’est un artiste qui crée de nouvelles formes et de nouveaux moyens d’expression qui serviront de modèle aux générations suivantes : c’est Monteverdi.

Qu’est-ce qu’un Impressionniste ? C’est un artiste qui donne à la matière, à la couleur et à l’harmonie une valeur propre et autonome et qui croit que l’on doit satisfaire les sens autant que l’esprit et le cœur : c’est Monteverdi.

Qu’est-ce qu’un Moderne ? C’est un artiste qui vivant intensément son siècle, le fait avancer constamment, en ouvrant la voie à la conquête de sa propre sensibilité et de sa propre expression ; c’est un musicien éternellement jeune : tout cela est Claudio Monteverdi, un musicien qui sera toujours notre contemporain. »

L’Orfeo (après plus de 400 ans depuis sa création) et les autres opéras de Monteverdi qui ont été conservés démontrent être des œuvres vivantes ayant une capacité d’émotion s’adressant au plus profond de notre sensibilité ; c’est ce que prouvent leur succès chaque fois plus grand dans le monde entier et l’intérêt croissant qu’ils suscitent. Cet Orfeo nous permet de connaître le pouvoir de la musique sous l’une de ses formes les plus concentrées et les plus pures.

 

ENTRETIEN AVEC PAULINE BAYLE, METTEURE EN SCENE

-Pauline Bayle, comment abordez-vous ce premier opéra de l’histoire de la musique ?

-J’aborde L’Orfeo sous un angle avant tout théâtral car ce que je trouve remarquable, c’est que s’y exprime une foi absolue dans l’incarnation des sentiments – comme dans le théâtre antique, que les humanistes achevaient alors de redécouvrir. Les personnages sont les vecteurs de cette incarnation, et la musique en est l’expression. L’Orfeo, c’est un acte de foi dans le théâtre : afin de révéler toute la puissance de la musique, il ne suffit plus de bien chanter, il faut à présent jouer ce qu’on chante. Monteverdi dit dans une lettre que « tout sentiment est représentation » : il a confiance dans la fonction révélatrice et humaniste du théâtre en musique. Cette conviction est visionnaire. Elle est proclamée à l’orée de la représentation, dans le prologue : le personnage allégorique de la Musica annonce que le pouvoir infini de la musique va se déployer sous les yeux des spectateurs et qu’il saura toucher les cœurs et les esprits les plus froids. Avec les interprètes de la production, j’ai donc travaillé à une forme d’incarnation juste, simple, authentique, sans dimension illustrative ni commentaire. J’ai confiance dans l’alchimie qui se joue entre ce texte et cette musique, dans la force de cette parole : il s’agit de ressentir et de croire plutôt que de jouer.

-Dans quel espace et quelle temporalité se déroule votre Orfeo ?

–L’Orfeo a ceci de spécial, dans le répertoire baroque, que c’est un opéra sans machines. Tout s’est joué, en 1607, dans un salon avec deux tapisseries. Comme tout repose sur les chanteurs, ils sont au cœur de ma mise en scène. C’est d’abord grâce à eux et à travers eux que l’histoire se déploie sous nos yeux et que le décor se crée. La magie n’est pas pour autant absente : celle de l’âge d’or, celle des Enfers. Mais il n’y a ni artifices scénographiques, ni spectaculaires descentes des cintres. Les deux premiers actes tiennent de la pastorale et ont pour cadre le beau mythe de l’âge d’or. Celui-ci en dit long sur le rapport des humains à la nature, et cette osmose originelle a un fort écho aujourd’hui. Comment, de nos jours, raconter cette harmonie utopique, qui est aussi celle du jardin d’Eden où rôde un même dangereux serpent ? Comment la figurer au théâtre ? J’ai imaginé des bergers et des nymphes modernes formant une communauté de jeunes gens qui vivent d’amitié, de nature, et de poésie, rassemblés autour de leur chef Orfeo, comme un écho aux sectes orphiques. On dit du chant d’Orfeo qu’il est si puissant qu’il peut charmer les animaux sauvages, les arbres et les rochers. La relation que le poète entretient avec la nature est fusionnelle : quand il est heureux, elle se réjouit avec lui ; quand il est triste, elle se met à pleurer. Pour cette raison, l’évolution de l’espace scénique a été pensée en relation étroite avec l’évolution des émotions d’Orfeo. Sur le plateau, la nature est un champ de fleurs que les interprètes disposent puis emportent. La partition nous aide beaucoup : elle accorde une place aux changements à vue et laisse le théâtre respirer.

-Quelle lecture faites-vous du mythe d’Orphée ?

-Une citation de Marsile Ficin m’a nourrie, extraite d’une lettre à Cavalcanti : « Il y a longtemps, mon cher Giovanni, j’ai appris d’Orphée que l’amour existait et qu’il détient les clés de tout l’univers… » L’amour est si grand qu’il défie les lois de la vie humaine sur Terre. Mais cela conduit à l’hybris, cet orgueil démesuré qui pousse Orphée à descendre aux Enfers, puis à enfreindre l’interdit édicté par Pluton pour se retourner vers Eurydice. L’hybris des héros antiques est puni par les dieux. À la Renaissance, les humanistes font de ces récits mythologiques un usage moral : l’amour humain doit craindre l’excès de la passion qui lui ferait oublier l’amour divin. On renoue avec l’éloge philosophique de la mesure : ce n’est pas qu’Orphée aime trop, c’est qu’il est débordé par son hybris. Il a convoqué le divin en lui pour entrer aux Enfers, mais a ensuite ruiné son entreprise par son seul ego, comme Narcisse. C’est très beau car très humain. Je suis frappée par le fait que le mythe d’Orphée, que nous connaissons sous sa forme gréco-latine, est en fait très ancien et universel. Il remonte au paléolithique et a suivi les premières migrations humaines dans leur conquête des continents, à travers le détroit de Béring, il y a environ 20 000 ans. Dès la fin du XIXe siècle, des anthropologues l’ont identifié dans les récits des Indiens d’Amérique, en particulier dans la culture iroquoise. On peut donc avoir une totale confiance dans la force et l’atemporalité du mythe.

(Propos recueillis par l’Opéra-Comique et reproduits par l’Opéra Grand Avignon avec leur aimable autorisation)

L’Orfeo, ARGUMENT

PROLOGUE La Musique accueille les spectateurs à l’orée de la représentation. Déployant l’expressivité du poème et guidant la temporalité du spectacle, elle montrera qu’elle sait tour à tour décrire, narrer, charmer, émouvoir et inspirer.

ACTE I Dans le radieux royaume de Thrace, bergers et nymphes se rassemblent pour danser et chanter. Ils célèbrent la fin des souffrances de leur dieu Orphée, à qui la nymphe Eurydice s’est longtemps refusée avant de lui accorder ses faveurs. Hyménée, dieu du mariage, est invité à favoriser le bonheur des époux. Après s’être recueilli, Orphée invoque le soleil et la nature, témoins de son bonheur parfait auquel la tendre Eurydice se voue de toute son âme. Tous se dirigent vers le temple en affirmant la suprématie de l’espoir.

ACTE II Orphée dirige à présent les réjouissances de son peuple en l’absence d’Eurydice et de ses compagnes. Il se remémore ses souffrances avec un soulagement joyeux : le plaisir n’est-il pas plus complet après l’expérience de la douleur ? Survient alors Sylvia, compagne d’Eurydice et porteuse d’un message funeste. Eurydice vient de mourir, piquée par un serpent venimeux. Tandis que les bergers cèdent au désespoir, Orphée passe de la stupeur à la révolte, puis à la résolution. Ce protégé d’Apollon ira rejoindre Eurydice aux Enfers pour l’en ramener ou y rester à jamais.

ACTE III Orphée s’avance vers les Enfers guidé par l’Espérance. Elle est venue soutenir son courage mais doit l’abandonner sur le seuil fatal, car le Royaume des morts lui est interdit. Orphée affronte alors Charon. Le fils des ténèbres et de la nuit fait traverser le fleuve Achéron aux âmes des morts mais refuse d’embarquer les vivants, surtout depuis qu’il a cédé aux entreprises d’Hercule et de Thésée. Orphée tente de le charmer par le chant le plus sublime, puis par des supplications pathétiques. Seule une polyphonie instrumentale aura raison du farouche nocher qui succombe au sommeil.

ACTE IV Proserpine plaide pour Orphée auprès de son époux Pluton, le maître des Enfers. Elle éprouve d’autant plus de compassion pour l’amour humain qu’elle est fille de la terre. Pluton se laisse fléchir à une condition : que sur le chemin du retour, Orphée ne regarde pas Eurydice. Malheureusement, Orphée se réjouit trop vite du pouvoir de sa lyre, puis met en doute l’autorité de Pluton. Cédant à l’orgueil et la défiance, il se retourne. Tandis que la malheureuse Eurydice exhale un dernier adieu, Orphée est refoulé vers la sortie des Enfers.

ACTE V De retour dans le paysage témoin de ses souffrances et de son bref bonheur, Orphée demeure inconsolable. Seul l’écho répond à son chant de deuil. Évoquant les charmes d’Eurydice, Orphée se promet avec virulence de ne plus jamais aimer de femme. Apollon apparaît alors pour modérer ses fureurs. Le dieu des arts encourage son protégé à surmonter ses passions et à le rejoindre dans la véritable félicité, au Ciel, où il pourra contempler, parmi les astres, l’image d’Eurydice.

BIOGRAPHIES

Claudio Monterverdi

Claudio Monteverdi est une figure majeure de l’histoire de la musique occidentale, considéré comme le pionnier du passage de la Renaissance au Baroque. Né à Crémone en 1567, il reçoit une solide formation musicale auprès de Marc’Antonio Ingegneri, maître de chapelle à la cathédrale de sa ville natale. Très jeune, il publie ses premières œuvres vocales, notamment des madrigaux et des motets, qui révèlent déjà son audace expressive.

En 1590, Monteverdi entre au service de la cour du duc de Mantoue, où il compose une série de madrigaux qui marquent une évolution vers une musique plus dramatique et émotionnelle. C’est dans ce contexte qu’il crée en 1607 L’Orfeo, considéré comme le premier chef-d’œuvre de l’histoire de l’opéra. Cette œuvre révolutionne le genre en intégrant récitatifs, airs et chœurs dans une structure cohérente, au service d’un récit mythologique puissant. Elle illustre la capacité de Monteverdi à fusionner texte et musique pour exprimer les passions humaines. Après la mort de son protecteur, Monteverdi quitte Mantoue et devient maître de chapelle à la basilique Saint-Marc de Venise en 1613. Il y compose des œuvres sacrées d’une grande richesse polyphonique, tout en poursuivant son exploration du théâtre musical. Parmi ses dernières créations, Le Couronnement de Poppée (1642) témoigne d’une maturité dramatique exceptionnelle, avec des personnages complexes et une musique subtilement nuancée.

Monteverdi meurt à Venise en 1643, laissant une œuvre immense qui a profondément influencé le développement de l’opéra et de la musique vocale. Son génie réside dans sa capacité à allier rigueur contrapuntique et liberté expressive, à faire dialoguer les traditions anciennes avec les aspirations nouvelles. Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des fondateurs de la musique baroque et comme un artiste visionnaire, capable de faire vibrer l’âme humaine à travers les sons.

Chœur de l’Opéra Grand Avignon

Le Chœur de l’Opéra Grand Avignon est composé de 20 artistes permanents, et travaille régulièrement en formation élargie selon les exigences des productions lyriques et des concerts. L’éventail des styles abordés exige une musicalité et une souplesse exceptionnelle de technique vocale en chœur. Les artistes du Chœur de l’Opéra prennent part à l’ensemble de la saison lyrique de l’Opéra Grand Avignon, en collaboration avec l’Orchestre national Avignon- Provence et d’autres formations. Ils sont aussi au centre de nombreuses actions pédagogiques et de médiation : concerts conçus pour les publics éloignés, répétitions ouvertes, rencontres métiers…

Ils sont régulièrement invités aux Chorégies d’Orange et plus récemment, pour la première fois au Festival d’Aix-en-Provence pour Les Pêcheurs de Perles de Bizet, dirigé par Marc Minkowski.

Depuis le 1er janvier 2024, le Chœur de l’Opéra Grand Avignon est dirigé par Alan Woodbridge, chef de chœur franco-britannique. Il a travaillé avec English National Opéra, Opéra national de Lyon, et Le Grand Théâtre de Genève, mais également avec le Chœur de Radio France, du Dutch National Opera, de l’Opéra de Dresden, et le Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor au Festival de Salzburg. Il y sera invité une nouvelle fois cet été à diriger les chœurs des productions de Macbeth de Verdi avec Philippe Jordan, Maria Stuarda de Donizetti avec Kate Lindsey et Lisette Oropesa, et Andrea Chénier de Giordano avec Marco Armiliato.

Alan Woodbridge a participé à nombreux enregistrements avec EMI, Erato, Mezzo et Arte en qualité de chef de Chœur : Doktor Faust, L’Elisir d’amore, La Sonnambula, Lohengrin, Les Contes d’Hoffmann, The Rake’s Progress, La Damnation de Faust, Atys, Les Indes galantes, Didon et Énée… et les récitals avec Joyce Di Donato et Juan Diego Florez. Il est Chevalier des Arts et des Lettres – République française.

Le Concert des Nations

Le Concert des Nations est un orchestre créé par Jordi Savall et son épouse Montserrat Figueras en 1989 durant la préparation du projet Canticum Beatae Virgini de Marc-Antoine Charpentier, afin de disposer d’une formation interprétant sur instruments d’époque un répertoire qui irait de l’époque baroque jusqu’au Romantisme (1600-1850). Le nom de l’orchestre provient de l’œuvre de François Couperin Les Nations, un concept représentant la réunion des « goûts musicaux » et la prémonition que l’Art en Europe imprimerait à jamais une marque propre, celle du siècle des Lumières.

Dirigé par Jordi Savall, Le Concert des Nations est le premier orchestre réunissant une majorité de musiciens provenant de pays latins (Espagne, France, Italie, Portugal, Amérique Latine, etc.), tous étant de remarquables spécialistes de niveau international dans l’interprétation de la musique ancienne sur des instruments originaux correspondant à l’époque et aux critères historiques. Dès ses débuts, l’orchestre a montré une volonté de faire connaître des répertoires historiques de grande qualité à travers des interprétations qui en respectent rigoureusement l’esprit original, tout en œuvrant pour leur revitalisation. Pour exemple, citons les enregistrements de Charpentier, J.S. Bach, Haydn, Mozart, Haendel, Marais, Arriaga, Beethoven, Purcell, Dumanoir, Lully, Biber, Boccherini, Rameau ou Vivaldi.

En 1992, Le Concert des Nations aborde le genre de l’opéra avec Una Cosa Rara de Martin i Soler représenté au Théâtre des Champs Elysées, au Gran Teatre del Liceu de Barcelone et à l’Auditorio Nacional de Madrid. D’autres opéras seront par la suite montés devant un public assidu : L’Orfeo de Claudio Monteverdi au Gran Teatre del Liceu de Barcelone, au Teatro Real de Madrid, au Wiener Konzerthaus, à l’Arsenal de Metz et au Teatro Reggio di Torino.

En 2002, a eu lieu une reprise de ce même opéra dans le récemment reconstruit Liceu de Barcelone où fut réalisé un DVD (BBC-Opus Arte). Puis de nouvelles représentations furent données au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, au Grand-Théâtre de Bordeaux et au Piccolo Teatro de Milan dans le cadre du Festival Mito. En 1995, un autre opéra de Martin i Soler, Il Burbero di buon Cuore, fut représenté au Théâtre de la Comédie de Montpellier. En 2000, fut présenté en version concert à Barcelone et à Vienne Celos aun del Ayre matan de Juan Hidalgo et Calderon de la Barca. Les dernières productions ont été le Farnace de Vivaldi au Teatro de la Zarzuela de Madrid et Il Teuzzone, également de Vivaldi, interprété en version semi-concertante à l’Opéra Royal de Versailles.

Ces dernières années, Le Concert des Nations a abordé des chefs-d’œuvre du répertoire symphonique, comme La Création de Joseph Haydn, L’Oratorio de Noël de J. S. Bach ou Le Messie de G. F. Haendel, et a approfondi sa pratique du Classicisme et du Romantisme. En 2020, cet orchestre a interprété en concert et enregistré le double CD Beethoven Révolution comprenant l’intégrale des symphonies de Beethoven à l’occasion de son 250ème anniversaire, pour lequel il a reçu les éloges unanimes de la critique internationale.

L’importante discographie du Concert des Nations a reçu plusieurs prix et récompenses tels que les Midem Classical Award et International Classical Music Awards. L’impact des œuvres, des enregistrements et des représentations dans d’importants festivals et grandes salles du monde a permis à cet orchestre sur instruments d’époque d’être considéré comme l’un des meilleurs, car capable d’aborder des répertoires éclectiques et divers.

 

 

 

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