L’Intranquillité ou la poésie en partage
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Petit Chien, 13h05, durée : 1h15. Du 4 au 25 juillet, relâche les 7, 14 et 21 juillet. Réservations : 04 84 51 07 48.
Porter à la scène L’Intranquillité de Fernando Pessoa n’a rien d’évident. Comment donner un corps à une œuvre faite de pensées, de fragments et d’interrogations intimes ? La compagnie Les Chercheurs de Lumière relève pourtant ce pari avec beaucoup de finesse. Le résultat est un spectacle délicat, poétique et profondément humain, qui invite le spectateur à ralentir pour écouter les doutes, les rêves et les contradictions qui nous habitent tous.
Plutôt que de raconter une histoire, le spectacle nous fait entrer dans l’univers intérieur de Pessoa. Les textes se répondent comme les pensées qui traversent un esprit en perpétuel mouvement. Les mots surgissent, s’effacent, reviennent. Les silences prennent autant d’importance que les paroles et laissent à chacun le temps de se laisser porter par cette réflexion sur la vie, le temps qui passe et notre quête de sens.
Thierry Gibault et Olivier Ythier forment un duo d’une grande justesse. Tour à tour poètes, clowns ou mimes, ils passent avec une étonnante facilité de la légèreté à l’émotion. Sans jamais en faire trop, ils donnent chair aux mots de Pessoa grâce à un jeu tout en retenue. Un regard, un sourire esquissé ou une simple pause suffisent parfois à faire naître une émotion. Leur complicité est évidente et rend ce dialogue entre les deux hommes particulièrement touchant.
La mise en scène fait le choix de la simplicité, et c’est sans doute là sa plus grande force. Ici, pas de démonstration spectaculaire : tout est pensé pour laisser la poésie respirer. La chorégraphie de Marion Lévy accompagne les déplacements des deux comédiens avec beaucoup d’élégance. Vêtus de smokings, ils semblent parfois se répondre dans une danse discrète où chaque geste prolonge la parole. Le mouvement devient une autre manière de raconter les pensées du poète.
La voix de Maria de Medeiros apporte, elle aussi, une véritable profondeur au spectacle. Tantôt douce, tantôt presque irréelle, elle enveloppe les scènes d’une atmosphère intime et mélancolique. Sa présence sonore brouille les frontières entre le réel et l’imaginaire, comme si les pensées de Pessoa venaient flotter autour des personnages.
La scénographie de Jean-Paul Sermadiras participe pleinement à cette impression de voyage intérieur. Quelques éléments suffisent à créer tout un univers. Une simple malle devient le coffre des souvenirs, des rêves et des multiples facettes du poète. Au-dessus de la scène, un ciel étoilé traversé d’un croissant de lune ouvre l’espace vers l’infini et invite à la contemplation. Les jeux de lumière, toujours très doux, accompagnent les émotions sans jamais les souligner avec insistance. Cette sobriété laisse toute la place au texte, au jeu des acteurs et à l’imagination du public.
Au fil de la représentation, le spectateur ne se contente plus d’écouter Pessoa : il finit par reconnaître dans ses mots ses propres interrogations. C’est sans doute la plus belle réussite de ce spectacle. En faisant dialoguer poésie, théâtre, musique et mouvement avec autant de délicatesse, L’Intranquillité offre un moment suspendu, sensible et profondément universel, qui continue de résonner bien après la tombée du rideau.
Christèle. Photo Damien Journée
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