Il faut imaginer Ulysse heureux
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FESTIVAL 2026. Balcon, 15h15, 1h10, relâche les jeudis 9, 16, 23 juillet
Le Syndrome d’Ulysse ; texte de Ali Babar Kenjah et Serge Barbuscia. Mise en scène, Serge Barbuscia. Avec : Serge Barbuscia, Jérémy Bourges, Théodora Carla, Bass Dhem, Aïni Iften. Direction musicale : Jérémy Bourges. Arrangement vocal, Théodora Carla. Création lumière, Sébastien Lebert. Costumes, Annick Serret
Quand nous avons vu la pièce, à sa création en mars 2026(7 représentations), la compagnie du théâtre du Balcon était à la fois « ici » et « là », puisque L’Etrangère, création 2025 de Jean-Baptiste Barbuscia, serait à Nice et en Corse dans quelques jours, et que dans la même période serait créée la production 2026 de Serge Barbuscia, Le syndrome d’Ulysse, – théâtre musical co-écrit avec l’auteur martiniquais Ali Babar Kendjah -, avant d’être reprise au Festival.
Se saisissant du « syndrome d’Ulysse », cristallisation pathologique des malheurs de l’errance, l’auteur-metteur-en-scène-comédien s’approprie le mythe antique et il le télescope avec la réalité d’aujourd’hui, comme si l’un pouvait expliquer, voire compenser, l’autre, en une inexplicable rédemption. Nourri d’une blessure familiale originelle sur trois générations – départ de Sicile, et arrivée à Marseille via la Tunisie où est né Serge -, il l’ouvre aux dimensions du monde, « entre un ici qui n’arrivait pas à être complètement le leur et un là-bas qui leur était presque devenu étranger ».
Loin d’être moralisateur ou doloriste, le spectacle est tonique, vivant, coloré, joyeux même, avec danse, chants polyglottes, jolie création lumière, musique en direct au piano (la mère de Serge Barbuscia était chanteuse d’opéra), et les cinq acteurs sont « des saltimbanques qui jouent plusieurs personnages », dans une mise en abyme jubilatoire. Ce Syndrome d’Ulysse se révèle un creuset d’imaginaires divers d’où jaillissent, au fil des métaphores ou des clins d’œil, des fils qui sont autant de liens entre les hommes, à travers pourtant la cruelle réalité des déplacements, des exils, des viols…
Entre ici et ailleurs, entre utopie et uchronie, comment un Ulysse d’aujourd’hui, riche de toutes ses rencontres (« Chacun de nous a besoin de la mémoire de l’autre » ), peut-il devenir à la fois déplacé meurtri, migrant nostalgique… et pourtant voyageur heureux ?
G.ad. Photo J-B.B.
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