Dans la lumière de Camus
Voir aussi tous nos articles sur le Festival 2026
et tous nos comptes rendus pour 2026

Théâtre du Petit Louvre, 21h05, 1h15. Du 4 au 25 juillet, relâche les jeudis. Réservations : 04 32 76 02 79
« En somme, je vais parler de ceux que j’aimais » écrit Albert Camus dans une première note pour Le premier homme ». Retrouvé après l’accident de voiture qui coûta la vie à son auteur, ce texte retrace la quête, largement autobiographique, d’un fils parti sur les traces de son père mort à la bataille de la Marne. Malgré l’inachèvement et la mort qui vient interrompre l’écriture, Camus est là, dans une langue incandescente. Il est là porté par un comédien seul en scène, David Seigneur, portant avec intelligence la belle langue de Camus et une adaptation remarquable, signée Patrick Roldez, à qui l’on doit aussi la mise en scène. Tout ici va à l’essentiel. La diction rapide du début surprend, puis le rythme et le récit s’installent.
On entre pleinement dans le texte, si chargé de soleil et d’humanité, où se lit la genèse de la pensée camusienne. La musique signée David Georgelin vient souligner d’une note sensible certains passages, certains silences. Avec sobriété, le comédien fait vivre les personnages fondateurs qui ont accompagné la naissance, l’enfance, la jeunesse du petit Jacques Cormery, où l’on reconnaît le jeune Camus, né et grandi dans le dénuement, la pauvreté et la lumière d’Algérie, capable de s’émouvoir jusqu’aux larmes de joie et de gratitude « envers l’adorable vie ». Camus qui toute sa vie aura voulu parler au nom de ceux à qui la parole est refusée.
Il y a la mère, belle et douce, presque mutique ; la grand-mère, autoritaire, prompte à punir le jeune garçon de ses coups de cravache, mais aussi l’instituteur, figure fondatrice, qui ouvrit les portes du savoir au petit écolier. Le monde d’un enfant « né sans héritage », dans une Algérie française où commençaient à gronder la colère, les attentats, la haine des deux camps. Et la citation iconique, face à la haine : « Un homme, ça s’empêche ». L’adaptation s’ouvre et se ferme sur l’image de Kadour, le vieil Arabe, tendant au colon français un morceau du sac qui le protège de la pluie. Image forte qui dit l’espoir d’une réconciliation, et nous donne du grain à moudre pour notre présent.
Carina. Photo DR
Laisser un commentaire