Quand une remplaçante – aux côtés de fidèles des Chorégies – emporte avec elle 8.000 auditeurs !

Samedi 04 Juillet 2026, 21h30, théâtre antique, Orange. Date unique.
Opéra en 3 actes et un prologue. Musique de Giuseppe Verdi (1813-1901). Livret de Francesco Maria Piave d’après le roman d’Alexandre Dumas fils, La Dame aux camélias. Création : Teatro La Fenice de Venise, 6 mars 1853
Opéra mis en espace
Direction musicale Paolo Arrivabeni. Études musicales Kira Parfeevets. Chef de choeur Benedict Kearns. Mise en espace Vanessa d’Ayral de Sérignac. Lumières Vincent Cussey
Violetta Valéry Claudia Pavone (en remplacement de dernière minute de Jessica Pratt, souffrante). Flora Bervoix Éléonore Pancrazi . Annina Valentine Lemercier. Alfredo Germont Julien Behr (en remplacement de dernière minute de Javier Camarena, souffrant). Giorgio Germont Ludovic Tézier. Gastone Christophe Berry. Le Baron Douphol Matthieu Lécroart. Le Marquis d’Obigny Yoann Dubruque. Le Docteur Grenvil Thomas Dear. Giuseppe Vincenzo di Nocera
Choeur de l’Opéra national de Lyon
Orchestre Philharmonique de Marseille
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NOTRE COMPTE RENDU

Le mistral se calme un peu à Orange. Pour les auditeurs, c’est juste ce qu’il faut. Et la soirée sera meilleure que lors des répétitions qui ont emporté trois des membres de la distribution, et pas des moindres. A l’entrée du théâtre antique, les commentaires vont bon train, certains bienveillants, d’autres déjà critiques. Mais tous s’interrogent : « Que vont donner les personnalités choisies pour remplacer les souffrants ? »
Dès l’ouverture, l’Orchestre philharmonique de Marseille – qui, lui, n’a pas été victime de la canicule ! – fait bonne impression. Les instrumentistes interprètent avec intelligence et sensibilité la partition de Verdi. Il est vrai que leur chef, Paolo Arrivabeni, est un fin spécialiste des compositeurs italiens du XIXe siècle. Sensible à l’équilibre entre l’orchestre et les solistes, j’ai pu apprécier le respect de ces derniers dans les pianissimi, comme par exemple, le triangle dans le 2e acte ou les anches dans le 3e.

Les choristes de l’Opéra de Lyon m’ont paru quelque peu gênés par la distance avec l’orchestre et le chef. Cependant, ils se calaient assez rapidement et leurs interventions ont été largement appréciées.
En ce qui concerne Claudia Pavone, lourd rôle-titre, son apparition, au niveau de la porte impériale, fit sensation. Elle était magnifique dans sa superbe robe rouge. Tout le théâtre antique retint son souffle. Et à sa première mesure, il fut conquis ! Justesse dans les arias les plus ardus, nuances dans les duos, expressivité correspondant aux différentes scènes, sans parler de l’articulation qui donnait tout le sens à la dramaturgie comme dans le célèbre « Addio del passato » : elle était Violetta ! Quel bonheur que cette soprano italienne soit entrée si vite dans la production, sans avoir participé à aucune des répétitions avec ses partenaires !

Il en fut de même pour le ténor français, Julien Behr, arrivé le jour même pour lui donner la réplique, dans le rôle d’Alfredo. Nous pouvons tous le remercier d’avoir pris ce risque, car il est en train de travailler le personnage pour une autre production. Il l’habite déjà bien. Néanmoins, on a pu le trouver surjouant parfois, au lieu de lâcher sa voix dans l’ample théâtre. Et selon son orientation, il passait un peu moins bien que ses homologues. Mais, ne gâchons pas notre plaisir, dans le « Sempre libera », Claudia Pavone et lui nous donnèrent de vrais frissons d’émotion.

Celui qui a pu aussi donner des frissons… d’effroi, tant il endossait avec une éblouissante maestria le personnage terrible de Giorgio Germont, père d’Alfredo, c’est bien Ludovic Tézier. Le baryton a rempli l’immense plateau d’Orange de sa voix chaude et magistrale dans le 2e acte, et pleine de compassion dans le 3e. Le public ne s’y trompa pas et applaudit chaleureusement cet artiste qui a su tisser avec les Chorégies une relation de longue date, et fait éclater il y a quelques années devant le mur d’Auguste un talent désormais reconnu dans tout l’univers lyrique. C’est lui aussi qui s’était ému que la culture fût l’une des premières victimes du confinement Covid, dès le mois de mars 2020.

Autres artistes de la distribution de cette Traviata concertante, Eléonore Pancrazi en Flora Bervoix, Valentine Lemercier en Annina et Mathieu Lécroart en Baron Douphol furent tout à fait convaincants.
Et même s’il n’avait « que cinq mots à chanter », comme nous l’a dit le facétieux baryton Yoann Dubruque (Marquis d’Obigny) lors d’un échange informel avec Thomas Dear (Docteur Grenvil), ses partenaires et eux ont assuré leur rôle, en dépit des nombreux changements de dernière minute.
Lors des applaudissements, Vanessa d’Ayral de Sérignac vint saluer. Espérons vivement qu’une prochaine fois ce ne sera pas pour une simpliste « mise en espace ». La grandeur des Chorégies, c’est aussi le potentiel de véritables mises en scène, qui restent gravées dans la mémoire des spectateurs ! Bruno Messina, le nouveau directeur tout récemment nommé et qui prendra ses fonctions en septembre, semble décidé à revenir aux « fondamentaux ».
N.A. @ Philippe Gromelle
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DOCUMENT DES CHOREGIES
La censure, officielle ou morale, a été la compagne la plus constante dans la vie de Giuseppe Verdi. Celle-ci s’attaquait en général aux thèmes politiques abordés par le compositeur de Busseto : l’assassinat d’un roi en scène (Un ballo in maschera), la conduite répréhensible d’un autre monarque (François Ier devenu Duc de Mantoue dans Rigoletto) ou encore les innombrables appels masqués à la révolte contre l’Autriche dont ses oeuvres de jeunesse sont émaillées. Mais jamais elle ne le frappa aussi intimement que pour La traviata (la dévoyée) : Verdi partageait alors sa vie avec Giuseppina Strepponi, créatrice d’Abigaille (Nabucco), fille mère au passé mouvementé, et devait affronter les vexations et le rejet de la bourgeoisie bien-pensante.
Difficile de ne pas faire le rapprochement avec l’histoire de cette courtisane parisienne qui renonce à l’amour pour ne pas nuire à la réputation de sa « belle-famille ». Frappée par la tuberculose, elle meurt dans un dénuement total, apportant la dimension pathétique que le mélodrame du XIXe siècle exigeait. Four absolu le soir de sa création, La traviata est unanimement reconnue comme l’une des œuvres majeures de l’art lyrique et surtout la plus belle narration musicale du fondement du romantisme : le sacrifice par amour.
Portée à Orange par une distribution éblouissante, cette Traviata réunira la brillante Jessica Pratt dans le rôle-titre, entourée de Javier Camarena et Ludovic Tézier, sous la direction d’un des plus grands chefs verdiens, Paolo Arrivabeni. (entre-temps, la distribution a partiellement changé, NDLR).
Bonjour, merci pour votre article, toujours intéressant de partager les impressions. Vous n’avez pas dit un mot sur Christophe Berry , un Gastone de très haut niveau, je suis curieuse de connaître la raison.
Bonsoir, merci pour votre message. Notre chroniqueur concerné est en ce moment en déplacement, mais nous ne manquerons pas de lui poser la question dès son retour. Sachant que la sensibilité de chacun est spécifique, et que l’absence de commentaire ne signifie pas désaveu. Merci en tout cas de vous en inquiéter… A très bientôt.
Cordialement,
G.ad.