Camille Delaforge et Il Caravaggio, souffle et clarté dans la Passion selon St Jean

Festival de Pâques d’Aix-en-Provence (site officiel)
Johann Sebastian Bach : Passion selon saint Jean (Johannespassion), BWV 245
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence le 3 avril 2026
Il Caravaggio, Accentus, Camille Delaforge direction
Marie Lys, soprano. Marie-Nicole Lemieux, contralto. Cyrille Dubois, ténor. Guilhem Worms, baryton-basse. Mathieu Gourlet, baryton-basse
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Fidèle à sa tradition, le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence programme une Passion de Bach à l’occasion du Vendredi-Saint, cette année la Passion selon saint Jean, par l’orchestre Il Caravaggio et le chœur Accentus. Ce concert aixois est le troisième d’une mini-tournée, les artistes s’étant produits ces derniers jours au Théâtre municipal Raymond Devos de Tourcoing, puis au Théâtre des Champs-Elysées, avant des séances d’enregistrement la semaine suivante, pour le label Alpha Classics.
On ne dira jamais assez la richesse des orchestres baroques qui sont nés et se sont développés ces dernières décennies dans notre pays, faisant de la France une exception culturelle dans ce répertoire, depuis Les Arts Florissants, en passant par Les Musiciens du Louvre, Les Talens Lyriques, Pygmalion, etc. Ce soir, l’ensemble Il Caravaggio confirme cette excellence, orchestre fondé en 2017 qui joue sur instruments d’époque et que dirige sa fondatrice Camille Delaforge. Assurant en même temps le jeu de son clavecin, la cheffe développe une gestique ample et généreuse, qui semble faire corps avec la musique et marque les temps avec précision. Le continuo est admirable, tout comme les bois et les cordes qui font preuve de virtuosité, bref un ensemble parfaitement destiné à ce type de répertoire.

On peut être un peu plus réservé concernant le chœur Accentus, créé par Laurence Equilbey il y a plus de 30 ans et habituellement une référence du chant choral. Ses premières interventions surprennent en effet, par un style légèrement prosaïque, un allemand certainement perfectible et des sopranos qui paraissent régulièrement saturer dans l’aigu. Mais les qualités sont aussi bien présentes, comme la précision rythmique, ou encore la souplesse vocale pour passer les moments les plus rapides.
Parmi les cinq solistes présents, l’Évangéliste de Cyrille Dubois est une révélation, son ténor léger mais bien projeté correspondant parfaitement au rôle, dans une interprétation très engagée. Contrairement à de nombreux ténors qui lisent simplement le texte en chantant, Dubois donne un sens aux mots, dans un style plus théâtral, sachant aussi par instants se faire plus angélique en allégeant ses aigus. Son air « Erwage, wie sein blutgefarbter Rücker », accompagné par les deux violes d’amour et le continuo, est un moment de pure grâce et d’émotion, d’une ligne vocale légère mais ferme, conduite sur un long souffle.

Le baryton-basse Guilhem Worms est solidement timbré et bien sonore, conférant autorité à Jésus, dans un style parfois un peu monolithique et d’une moindre souplesse pour les passages d’agilité plus rapides. En Pilate, Mathieu Gourlet fait entendre une voix plus grave et un peu moins volumineuse, d’un timbre plus noir qui correspond de près au personnage. On apprécie les très belles interventions de la soprano Marie Lys, jolie pulpe de voix aérienne et agile pour les parties les plus fleuries. La contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux complète cette distribution exclusivement francophone, ses interventions n’étant pas particulièrement marquantes, avec un instrument qu’on a connu de bien plus grande ampleur dans le passé. Son meilleur passage est l’air sublimement doloriste « Es ist vollbracht », accompagné par le continuo mélancolique, en émettant une réserve tout de même sur le court passage intermédiaire agité, chanté dans un style un peu désordonné.
Un très beau concert au global, avec cependant l’introduction très inhabituelle d’un entracte entre les deux parties, une pause absolument non nécessaire et qui casse évidemment la continuité du célèbre opus.
I.F./ F.J. © Caroline Doutre
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