« On est dans l’un des plus beaux théâtres à ciel ouvert du monde »

Le festival Les Baux pianos revient aux Carrières de Lumières, les samedi 27 juin 2026 à 19h, et dimanche 28 juin 2026 à 21h. Tout sur le site officiel… Pour cette quatrième édition, André Manoukian, le chef d’orchestre de cet événement, offre au public un voyage entre l’Amérique et l’Orient.
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Voir aussi le concert d’ André Manoukian en 2022
-Que nous réserve cette édition 2026 ?

-Ce sera toujours autour du piano, dans tous ses états, pour un programme de fête avec des voix, des rythmes et des saveurs. Quand on fait une programmation, on se fait d’abord plaisir à soi, de manière gourmande. Et c’est ainsi que l’on fera le plus plaisir aux spectateurs. Le but d’un concert, c’est aussi de nous faire découvrir des musiques qui viennent d’ailleurs, en proposant des musiques épicées aux spectateurs pour les faire voyager. C’est ce que fera le pianiste cubain Alfredo Rodriguez, un virtuose, à travers un concert spectaculaire et festif. J’aime aussi partager mes coups de cœur et faire découvrir des révélations qui seront les stars de demain. Des inouïs. Avant Alfredo, j’invite une jeune chanteuse de jazz, Daisy Marguerite. Jazzman dans l’âme, j’ai découvert cette pépite incroyable de 20 ans, qui depuis ses 9 ans, écoute Ella Fitzgerald. J’ai monté un groupe autour d’elle, avec de jeunes musiciens de jazz et moi au piano, et on partira dans les années 40, 50, 60, avec un « revival » du swing et des improvisations, qui sont son scat génial.

Après ce samedi soir entre jazz nord-américain et jazz afro-cubain, on partira vers l’Orient le dimanche. Sur un tapis volant, on survolera l’Inde des maharadjas avec le duo formidable Parveen et Ilyas Khan, au chant et aux tablas (tambours) et beatbox. Puis j’emmènerai le public dans l’Arménie de mes ancêtres avec mon album La Sultane. Je serai au piano avec Guillaume Latil au violoncelle, Gilles Coquard à la contrebasse et les tablaïstes, Ilyas Khan et son cousin Mosin Kawa. J’invite aussi Talima, jeune chanteuse aixoise d’origine sénégalaise, incroyable découverte sur les réseaux sociaux.
-Quelle place le piano occupe-t-il dans votre vie ?
-Le piano est mon premier geste du matin. C’est un plaisir, pas une contrainte. Ça permet de se reconnecter avec ce qu’il y a de beau dans le monde. Mon père disait souvent « la musique c’est le langage des dieux ». Il avait raison. Dans le chaos des milliards de sons de la nature, le musicien en sélectionne une douzaine et avec ça, il recrée le monde. La musique est la science de l’harmonie. On a le sentiment de remettre les choses en ordre.
-Vous avez créé trois festivals en pleine nature. Quelle est la particularité de celui des Baux ?

-Il y a le Cosmojazz de Chamonix depuis 2010, le Cosmojazz de Luchon dans les Pyrénées, depuis 2023 et les Baux pianos. Ce qui réunit ces festivals, c’est l’idée de jouer dans les plus beaux endroits de nature qui soient et de mettre en musique la beauté du monde. On vit une période terriblement angoissante. Mais si on ouvre les yeux, on s’aperçoit que la beauté est là, partout autour de nous. Les Alpilles sont une des régions les plus belles de France. J’y suis venu en descendant des Alpes. Célébrer ces endroits de nature en musique, c’est retrouver l’origine des premiers festivals que les hommes ont créés pour rendre hommage aux divinités de la nature. L’idée, c’est de s’asseoir à flanc de montagne, en choisissant des amphithéâtres naturels qui sonnent et résonnent. Aux Baux, on a l’impression d’être dans un temple sans dieux. C’est tellement spectaculaire ! Il allie le boulot titanesque des hommes, qui ont creusé la pierre, et la beauté de la nature. J’ai le sentiment d’être à Louxor dans un temple égyptien. Ce n’est pas un hasard s’il a servi de décor à de nombreux films et clips. Pour moi, c’est l’un des plus beaux théâtres à ciel ouvert du monde.
Propos recueillis par M-F.A.
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