Au GTP, une exceptionnelle Frau ohne Schatten, signée Barrie Kosky, qui fera date au Festival d’Aix-en-Provence

Mercredi 15 juillet 2026, Grand Théâtre de Provence, Die Frau ohne Schatten, opéra de Richard Strauss, Festival d’Aix-en-Provence
Direction musicale, Klaus Mäkelä. Mise en scène, Barrie Kosky. Scénographie, Michael Levine. Costumes, Victoria Behr. Lumière, Franck Evin. Dramaturgie, Antonio Cuenca Ruiz
Der Kaiser, Michael Spyres. Die Kaiserin, Vida Miknevičiūtė. Die Amme, Nina Stemme. Barak, der Färber, Brian Mulligan. Die Färberin, Ambur Braid. Der Geisterbote, Die Stimmen Der Wächter, Männerchor, Jean-Sébastien Bou. Der Einäugige, Die Stimmen Der Wächter, Männerchor, Tomasz Kumięga. Der Einarmige, Die Stimmen Der Wächter, Männerchor, Daniel Miroslaw. Der Bucklige, Die Erscheinung eines Jünglings, Die Stimmen Der Wächter, Männerchor, Robert Lewis. Die Stimme des Falken, Der Hüter der Schwelle des Tempels, Ella Taylor. Eine Stimme von oben, Héloïse Mas
Orchestre de Paris
Chœur de l’Orchestre de Paris
![]()
Voir aussi (presque) tous les festivals en région Sud-Paca en 2026

L’affiche de cette Femme sans ombre (Die Frau ohne Schatten) de Richard Strauss était particulièrement prometteuse et les cinq représentations données au Grand Théâtre de Provence ont bien constitué l’évènement annoncé de cette édition 2026 du Festival d’Aix-en-Provence.
D’abord la musique est un régal, confiée à l’Orchestre de Paris placé sous les commandes de Klaus Mäkelä. Directeur musical de l’Orchestre de Paris depuis septembre 2021 (il avait été nommé à l’âge de 25 ans !), Mäkelä a annoncé son départ pour le Royal Concertgebouw Orchestra à Amsterdam en septembre 2027, et l’entente entre chef et phalange est une évidence. La qualité, à la fois technique et interprétative, est rare, entre précisions des soli des bois, somptueux tapis de cordes, cuivres en majesté et tutti à la limite du torrentiel par séquences. Particulièrement attentif au plateau, le chef finlandais indique tous les départs aux solistes, en ayant l’ensemble du texte sur les lèvres. Il est d’ailleurs à peine croyable de constater que cette série de Frau ohne Schatten est le premier opéra en fosse – c’est-à-dire avec mise en scène – que dirige le chef… un véritable coup de maître !

Le public aixois goûte ensuite à une distribution vocale cinq étoiles, le trio féminin en tête. Vida Miknevičiūtė est une Impératrice très puissante, aux aigus aériens sur un vibrato serré frémissant . Son incarnation théâtrale est fiévreuse, n’hésitant pas à courir, se rouler à terre. La Teinturière d’Ambur Braid s’investit aussi corps et âme en scène, versant d’ailleurs quelques larmes dans sa confrontation avec son mari Barak en fin de premier acte. La projection est aussi d’une extrême vigueur et véhicule l’émotion. Annoncée malade avant le début de la représentation, Nina Stemme en Nourrice n’en paraît pas moins dans une forme vocale que bien de ses consœurs envieraient, tant le volume impressionne, dans un vibrato assez développé et bien en lien avec le personnage. En Empereur, Michael Spyres – que nous avons entendu une semaine plus tôt en récital (notre compte rendu) – impressionne par la largeur de son médium, tandis que l’extrême aigu manque parfois d’un peu de métal. Enfin, dans le dernier des cinq rôles principaux, le Barak du baryton Brian Mulligan dégage un timbre à la fois noble et profondément humain, un chant solide et développé sur un long souffle. Les rôles secondaires sont également excellemment tenus, qui s’expriment parfois depuis les balcons supérieurs de la salle, comme Jean-Sébastien Bou ou Héloïse Mas.

La mise en scène de Barrie Kosky participe aussi à ce succès complet, à la fois originale, poétique et efficace. Ceci depuis la Nourrice se balançant dans sa rocking-chair, seule sur un plateau tout noir, l’Empereur un peu plus tard chevauchant un gigantesque cheval à bascule. Décor récurrent, la demeure du Teinturier et sa femme est une structure métallique haute sur trois niveaux, véritable capharnaüm ou bric-à-brac à vrai dire, où les vêtements et tissus après teinture sèchent un peu partout et où l’on tire les poissons pour le repas de l’intérieur des WC crasseux ! Des images plus poétique défilent aussi, comme ces robes sans tête qui dansent, pour convaincre la Teinturière de donner son ombre à l’Impératrice, symbole de la fécondité. Une tête géante est portée par quatre paires de jambes au deuxième acte, avant le fort contraste du troisième acte, baigné dans une lumière blanche éclatante, sur un plateau nu. Enorme succès au rideau final, pour des représentations qui feront date dans l’histoire du Festival.
I.F. / F.J. © Monika Rittershaus
Laisser un commentaire