Beth Taylor, en remplacement de bon aloi dans un répertoire varié de lieder et mélodies

Vendredi 17 juillet 2026, Festival d’Aix-en-Provence au Conservatoire Darius Milhaud
Mezzo-soprano, Beth Taylor. Piano, Julius Drake
Reynaldo Hahn, « Néère », tiré des Études latines, sur un poème de Charles Leconte de Lisle ; « Quand je fus pris au pavillon », tiré des Rondels, sur un poème de Charles d’Orléans ; « L’Heure exquise », tiré des Chansons grises, sur un poème de Paul Verlaine. Hedwige Chrétien, Petits Poèmes du bord de l’eau, cycle de six mélodies, sur des poèmes de Ludovic Fortolis. Edward Elgar, Sea Pictures [Marines], op. 37, cycle de cinq mélodies. Robert Schumann, Frauenliebe und -leben [L’Amour et la vie d’une femme], op. 42, cycle de huit mélodies sur des poèmes d’Aldebert von Chamisso. Germaine Tailleferre, « La Rue Chagrin », mélodie sur un poème de Denise Centore. Augusta Holmès, « Le Vin », tiré des Sept Ivresses, cycle de sept mélodies sur des poèmes de la compositrice .
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La soprano Ailyn Pérez ayant dû renoncer à son récital pour des raisons personnelles, on change de tessiture avec la mezzo-soprano Beth Taylor, actuellement programmée dans le Requiem de Mozart à Aix-en-Provence (voir notre compte rendu) et qui a accepté in extremis ce remplacement. Le programme de mélodies et lieder met ici en valeur les femmes, qu’elles soient compositrices, poétesses, ou même protagonistes.
On commence avec trois mélodies de Reynaldo Hahn, où l’on apprécie d’emblée le piano retenu de Julius Drake, musicien parmi les meilleurs accompagnateurs actuels pour ce type de récital. La couleur de timbre est sombre, plutôt située entre alto et mezzo-soprano, et le français de qualité, même si l’on ne comprend pas toujours l’ensemble du texte. La voix sait se faire puissante mais peut aussi s’alléger, comme pour le subtil dernier extrait « L’Heure exquise ». Les six mélodies d’Hedwige Chrétien qui suivent sont peu connues mais de belles pièces, à la fois pour le piano et la voix, de durées assez variables. La musique caractérise au mieux ces « petits Poèmes du bord de l’eau », comme le cinquième « L’Ondine » où l’on se figure sans peine une nage à vive allure dans l’eau.
On passe ensuite à la langue maternelle de la chanteuse écossaise, pour le cycle de cinq mélodies « Sea Pictures » d’Edward Elgar. Le premier numéro « Sea Slumber Song » (« berceuse de la mer ») est particulièrement long et la chanteuse puise dans ses graves profonds. Les mélodies alternent ensuite entre tempi rapides et lents, le troisième « Sabbath Morning et Sea » appelant engagement et aigus de grande ampleur, comme un air d’opéra. On gagne en clarté de prononciation avec l’anglais et la voix de Beth Taylor peut rappeler par moments celle de Kathleen Ferrier, par certaines sonorités androgynes, ainsi qu’un vibrato assez serré.

« Frauenliebe und -leben » de Robert Schumann, est certainement le mieux connu du programme, chanté dans un excellent allemand. Il est tout de même dommage d’avoir placé un entracte juste avant ce cycle, surtout que la voix de Beth Taylor, comme en première partie rencontre un soupçon de velléité de petit accroc, très légère fragilité qui disparaît rapidement une fois l’instrument chauffé. Le pianiste enchaîne avec bonheur les numéros successifs comme un tout, alternant là encore entre passages rapides et ralentis. La mezzo montre par instants ses qualités de souplesse vocale, nous l’avions entendue pour notre part dans La Cenerentola de Rossini, rôle-titre très sollicité en agilité. Le dernier lied « Nun hast du mir den ersten Schmerz getan » est particulièrement doloriste et réussi, entre certains sons fixes de la chanteuse et le piano d’une très grande profondeur de jeu au final.
Retour au français en fin de programme avec deux mélodies de Germaine Tailleferre et Augusta Holmès, deux airs chantés avec du mordant, du volume, un certain bagout à l’accent parisien pour le premier « La Rue Chagrin ». En bis, les artistes accordent un bis de Germaine Tailleferre, « In moments » sur un poème de Lord Byron, la voix planant avec sérénité.
I.F. & F.J. © I.F.
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