Wagner et Liszt : résonances, transfigurations et romantisme par Chamayou et Les Siècles

Festival de Pâques d’Aix-en-Provence (site officiel)
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence le 5 avril 2026
Les Siècles, Jakob Lehmann, direction. Bertrand Chamayou, piano
Richard Wagner, Tristan et Isolde (extraits). Franz Liszt, Concerto pour piano n° 1 en mi bémol majeur, S. 124. Franz Liszt, Concerto pour piano n° 2 en la majeur, S. 125. Richard Wagner : Parsifal (extraits)
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Comme pour plusieurs affiches du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, comme la Passion selon Saint Jean, le concert du soir s’inscrit dans une tournée de plusieurs dates. En l’occurrence, le programme concocté avec des œuvres de Wagner et Liszt aura été joué neuf fois par l’orchestre Les Siècles, depuis Tourcoing le 6 janvier dernier, jusqu’à Reims le 8 avril. On peut donc considérer que les artistes sont tout à fait au point pour cette avant-dernière aixoise. Par ailleurs, associer Liszt et Wagner est particulièrement porteur de sens, quand on connaît les liens entre les deux compositeurs. Des liens artistiques d’abord, Liszt ayant été un grand défenseur et chef d’orchestre des nouvelles compositions de Wagner, et liens familiaux également, puisque Wagner épousa Cosima, la fille de Liszt.
Orchestre historiquement informé, Les Siècles jouent, comme l’indique le programme de salle, sur « instruments allemands du milieu du 19ème siècle ». On imagine donc que le son produit ce soir était peu ou prou celui des créations de Richard Wagner (1813-1883) et Franz Liszt (1811-1886). On apprécie en effet ce son qu’on pourrait qualifier de romantique, bien équilibré entre pupitres, aux cordes et bois expressifs, tandis que les cuivres sonnent moins métalliques et brillants que chez un orchestre moderne. La direction de Jakob Lehmann au début du Prélude de Tristan und Isolde surprend par instants, variant entre tempi lents et accélérations un soupçon brutales, mais dans une belle et large gamme de nuances, entre pianissimo et tutti éclatants. La Mort d’Isolde est donnée dans l’enchaînement, sublime musique bien servie par l’orchestre… dommage qu’il y manque une Isolde qui chante !

Place à Liszt ensuite avec son Concerto n°1, interprété par Bertand Chamayou qui joue sur « un piano Pleyel du début du 20ème siècle », là encore d’une sonorité moins métallique qu’un habituel moderne Steinway. Le jeu du pianiste est remarquable, en technique et interprétation : virtuosité et fluidité des arpèges rapides, poésie amenée au cours des douces phrases, mais aussi impressionnante puissance dégagée à certains moments. L’interprète met un grand relief à son jeu, entre passages dramatiques et ambiance plus bucolique, sautillante, joyeuse, avant un finale en majesté avec l’orchestre.
Après l’entracte, les musiciens jouent le Concerto n°2 de Liszt, avec les mêmes qualités. Après une introduction très légère aux bois, les arpèges du piano sont particulièrement déliés et quelques cadences aux attaques très franches prennent une grande ampleur, celles-ci contrastant avec des séquences plus enchanteresses, comme lorsque le violoncelle solo et le piano jouent seuls, sur fond de petites notes aux bois et subtils pizzicati des contrebasses. Après un nouveau finale de belle allure et à la généreuse participation des percussions, Bertand Chamayou donne un bis seul, soit une adorable berceuse de Liszt, qui s’éteint tout doucement comme un enfant gagné par le sommeil.

Retour de Wagner en fin de programme, avec trois extraits de Parsifal. Passées quelques imperfections aux cuivres, on se délecte à nouveau de cette sublime musique. Après un splendide Prélude, la « Musique de transformation » est prise à marche inhabituellement rapide. Enfin, « L’Enchantement du Vendredi Saint » du troisième et dernier acte … nous enchante tout simplement, avec ses mélodies si inspirées aux flûte, hautbois, clarinette. Et on se prend à rêver d’un Parsifal en concert lors d’une prochaine édition du Festival de Pâques d’Aix…
I.F./ F.J. © Caroline Doutre
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