Une soirée qui tient ses promesses, entre la remarquable soprano qu’on attendait depuis longtemps, un orchestre précis, et un chef très pointu

Mardi 14 juillet 2026, Festival d’Aix-en-Provence au Grand Théâtre de Provence
Soprano, Sonya Yoncheva. Orchestre, Cappella Mediterranea. Direction musicale, Leonardo García-Alarcón
Alessandro Stradella, « Queste lagrime e sospiri », air de Salome extrait de San Giovanni Battista. Claudio Monteverdi « O Rosetta, che rossetta » (SV 237) extrait des Scherzi musicali. Francesco Cavalli, « Ed è pur vero, o core / Luci mie, voi che miraste » air d’Adelanta extrait de Xerse. Antonio Caldara, Chaconne en si bémol majeur, extraite des Douze sonates en trio op. 2 (n°12). Orlando Gibbons, « The Silver Swan », extrait du Premier recueil de madrigaux et de motets à cinq voix, n°1. Claudio Monteverdi, Voglio di vita uscir / S’apre la tomba. Lucas Ruiz De Ribayaz Jácara por primer tono. José Marín Ojos, pues me desdeñáis, tono humano. Henry Purcell « Thy hand, Belinda / When I am laid in earth », air de Didon extrait de Dido and Æneas. Zableyalo mi agǎnce (Un petit agneau s’est mis à bêler), chant traditionnel bulgare. Francesco Cavalli « Sinfonia della notte », extrait de L’Egisto. Claudio Monteverdi « Oblivion soave », air d’Arnalta extrait de L’incoronazione di Poppea. Leonardo García-Alarcón « Y a tus plantas, Nisea », air de Minerva extrait de El Prometeo, opéra d’Antonio Draghi. Santiago De Murcia et Diego Fernández De Huete Tarantela española ; John Dowland « Come again, sweet love doth now invite » extrait de The Firste Booke of Songes or Ayres, n°17. Simón Díaz, Pasaje del olvido. Tomás De Torrejón Y Velazco « No hay que decirle el primor »
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La soprano bulgare Sonya Yoncheva fut membre de l’Académie du Festival d’Aix-en-Provence en 2007, mais ce n’est que ce 14 juillet 2026 qu’elle fait ses débuts en tant qu’artiste invitée par la manifestation… soit une attente de 19 ans ! Alors que sa carrière s’est littéralement envolée ces dernières années, la chanteuse devenant par exemple la première soprano du Metropolitan Opera de New-York, il est assez incompréhensible de ne pas l’avoir entendue précédemment à Aix… mais le passé est le passé.
Elle se produit ce soir dans un répertoire purement baroque, alors que sa voix est aujourd’hui recherchée pour les emplois parmi les plus lourds et exposés, dans un format de soprano entre lyrique et dramatique, en particulier pour des rôles d’opéras véristes. L’instrument se met toutefois sans problème au diapason pour ce programme, joué par la Cappella Mediterranea, sous la direction de son créateur et chef historique Leonardo García-Alarcón. Le concert, qui est inspiré de l’enregistrement « Rebirth » conçu pendant le confinement du printemps 2020 lié à la crise sanitaire Covid-19, est conçu comme un tout, alternant entre morceaux chantés et passages instrumentaux.
Assise parfois sur son haut tabouret, Sonya Yoncheva est placée au centre et face au public, entourée de neuf musiciens, ainsi que de García-Alarcón qui prend en charge clavecin et orgue. Ces instrumentistes sont absolument remarquables ; on peut entre autres citer la viole de gambe de Margaux Blanchard, Quito Gato à la guitare et au théorbe, ou encore Rodrigo Calveyra à la flûte et au cornet.

L’auditeur voyage ainsi parmi les différents compositeurs, différentes langues, différents sentiments véhiculés par les artistes, entre joie et douleur. Plusieurs extraits sont accompagnés avec finesse par le théorbe, l’archiluth et la harpe, d’autres par la flûte à bec ou le cornet, seuls instruments hors cordes de l’ensemble. L’extrait le plus connu est le lamento de Dido « Thy hand, Belinda / When I am laid in earth », en fin de Dido and Æneas de Henry Purcell, où l’attaque pianissimo très doloriste de la soprano est bien en ligne avec la délicatesse de l’orchestre. Autre grand moment d’émotion, le chant traditionnel bulgare « Zableyalo mi agǎnce » (« Un petit agneau s’est mis à bêler »), aux couleurs clairement orientales, est commencée à la viole de gambe, rejointe par la voix, puis le cornet intervient, dans un impressionnant silence de la salle.
Mais tous les numéros seraient à citer, comme « Y a tus plantas, Nisea », air de Minerva extrait de El Prometeo, opéra d’Antonio Draghi , ce passage ayant été complété par Leonardo García-Alarcón. Italien, anglais, espagnol, bulgare, la polyglotte Sonya Yoncheva s’adresse aussi au public dans un excellent français – elle vit à Genève – pour dire sa joie de se produire aux côtés du chef et son ensemble. En bis, « Like an Angel Passing Through My Room », chanson du groupe ABBA de 1981 est un choix original et qui colle parfaitement à l’orchestration baroque du jour… un dernier moment d’enchantement qui nous ravit les oreilles.
I.F. & F.J. © Vincent Beaume
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