Avec Putting it together, l’Opéra de Toulon met une fois de plus Stephen Sondheim à l’honneur

Toulon, Théâtre Le Liberté, samedi 24 avril 2026
Putting it together, comédie musicale de Stephen Sondheim
Direction musicale, Thierry Boulanger. Mise en scène, Olivier Bénézech. Chorégraphie, Johan Nus. Scénographie, Bruno de Lavenère. Costumes, Samy Bedioui. Sound designer, Matthieu Maurice. Construction des décors, Atelier Vierano – Matthieu Maurice. Lumières, David Simon-Dehais
Woman 1, Jasmine Roy. Man 1, Olivier Breitman. Woman 2, Kelly Mathieson. Man 2, Dov Milstein. Stage manager, Sinan Bertrand
Orchestre de l’Opéra de Toulon
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L’Opéra de Toulon a déjà beaucoup programmé Stephen Sondheim ces dernières années, depuis la création française de Street Scene en 2010, jusqu’à Classical Broadway, au programme de la saison passée en passant par Wonderful town en 2023 – avec le même metteur en scène -. L’institution poursuit son œuvre avec, à nouveau en première française, Putting it together, dans sa version établie pour les représentations de Broadway en 1999. Comme son nom l’indique (un équivalent de « le mettre ensemble » en français), cette comédie musicale est en fait un melting pot d’airs tirés de nombreux autres titres du compositeur : The Frogs, Sunday in the Park with George, Merrily We Roll Along, A Funny Thing Happened on the Way to the Forum, Into the Woods, A Little Night Music, Company, Sweeney Todd, Dick Tracy, Follies, Assassins, Anyone Can Whistle. De cette longue liste, il ressort un ouvrage où il manque tout de même la force d’une vraie intrigue, même s’il est mentionné que l’action se déroule lors de la préparation d’un spectacle, en présence d’un couple âgé et d’un autre plus jeune. La pièce apparaît en effet comme une succession d’airs mis bout à bout, formant des saynètes à prendre séparément, mais sans grande relation entre elles. Au mieux, on décèle une certaine rivalité entre les deux femmes, entre la plus expérimentée, parfois désabusée, qui peine à être au top, et la jeune plus pétillante.
Cette désagréable impression de mosaïque mal jointe, une autre chroniqueuse de Classiqueenprovence l’avait éprouvée devant Company – du même Stephen Sondheim – en décembre dernier à Avignon… alors que nous-mêmes avions trouvé le spectacle fort réjouissant, et que nous nous préparons à le revoir au Châtelet !

Le spectacle d’Olivier Bénézech, pour en revenir à lui, n’en avance pas moins avec énergie et une grande fluidité ; les deux structures mobiles sur le plateau tournant sont agencées à vue, pour figurer différents lieux, entre coulisses (devant la porte « Backstage entrance »), une table de maquillage, une cloison nue entourée d’ampoules façon music-hall, une autre paroi avec l’affiche de Sweeney Todd bien en vue, deux pieds dans le hachoir et la viande qui en sort à l’autre extrémité, jusqu’aux toilettes en ouverture de seconde partie !!! Le tableau spectaculaire qui marque le plus le public, soit la chanson « Pretty Women » extraite de Sweeney Todd, se conclut par l’homme assis dans le fauteuil de barbier qui se fait trancher la gorge après le rasage… Les parties dansées sont rares et assez brèves, même si les cinq artistes en présence montrent leurs capacités dans ce domaine.

Tenant les parties de Woman 1 et Woman 2, les deux femmes en présence dominent la distribution vocale, sonorisée. En tête, Jasmine Roy déjà vue à Toulon – et à Avignon, précisément dans Company – et rompue au répertoire de la comédie musicale, drôle et bien chantante, en particulier pour ses parties de chant sillabato rapide. Kelly Mathieson sait aussi pousser la note avec ampleur et un vibrato bien maîtrisé qu’elle sait utiliser, comme nous l’avons déjà remarqué dans Wonderful town. Les hommes donnent des répliques de qualité, même si par moments l’amplification ne nous semble pas optimale, laissant de côté plusieurs notes graves un peu sourdes. Olivier Breitman joue l’homme mûr en couple avec Jasmine Roy, faisant passer l’émotion sur plusieurs airs nostalgiques en seconde partie. Au sein du plus jeune couple, Dov Milstein fait entendre une voix plus assurée et séduisante, tandis qu’en « Stage manager », Sinan Bertrand – entendu aussi dans Wonderful town et dans Company – donne au public quelques instructions avant le démarrage de la représentation et ensuite assure la liaison entre les divers tableaux.
Remarquable prestation enfin de l’Orchestre de l’Opéra de Toulon, placé sous la direction musicale alerte et vivante de Thierry Boulanger.
I.F. & F.J. © Aurélien Kirchner
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