
Mardi 28 juillet 2026, 21 h, Auditorium du Parc du Château de Florans, Festival International de piano de La Roque d’Anthéron (site officiel)
Orchestre Philharmonique de Nice. Lionel Bringuier, direction. Hayato Sumino, piano
Rachmaninov, Concerto pour piano n° 2. M. Moussorgski, Une nuit sur le Mont Chauve. P.I. Tchaikovski, Francesca da Rimini
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Impressions mitigées
Voir aussi notre présentation d’ensemble du Festival

Déjà accueilli à La Roque d’Anthéron lors du Festival 2025, le jeune pianiste japonais Hayato Sumino, Cateen pour sa chaîne Youtube, était de retour sur scène, cette année, avec, cette fois, l’Orchestre Philharmonique de Nice et son chef, Lionel Bringuier. Pour entendre cet artiste singulier, virtuose du piano, compositeur, génial arrangeur sachant marier des musiques de genres divers, ouvrant des horizons nouveaux, suivi sur les réseaux sociaux par plus de 2 millions d’abonnés, le public avait copieusement garni les fauteuils de l’auditorium.
Las ! Ce 2ème concerto de Rachmaninov ne lui aura pas vraiment permis de mettre en valeur son jeu et sa technique pianistique. Nous avons déjà eu l’occasion de l’évoquer, par le passé, l’acoustique de l’auditorium n’est pas vraiment favorable aux grands ensembles orchestraux et à la puissance qu’ils peuvent dégager lors des tutti forte ou fortissimo, les poussant vers une masse sonore compacte et floue. L’orchestre de chambre nous paraît une formation mieux adaptée à cette scène.
La version donnée ce soir-là a donc souffert de ce défaut et ne restera pas parmi les plus mémorables que nous ayons pu entendre. Le premier mouvement du concerto en fut particulièrement affecté. Bien que l’on pût deviner la technique et la maîtrise du soliste, le piano fut souvent couvert par les tutti de l’orchestre et n’eut pas le rayonnement que l’on attend de lui dans ce mouvement, privé, finalement, de relief, de lyrisme et de sa force expressive. Dans l’adagio, l’intensité sonore adoptée l’emporta sur la sensibilité, la réflexion profonde et l’émotion. La partie finale, plus sereine, avec un piano soutenu par les cordes, puis adjonction des bois, fut cependant plus réussie. Le troisième mouvement fut sans doute, lui, le meilleur, pianiste pouvant mieux mettre en évidence sa technique virtuose, lignes orchestrales plus lisibles, échappant à la confusion acoustique, dialogues et mariages plus clairs entre le piano et l’orchestre, bien que ce dernier fût quelquefois à la limite de le couvrir, notamment dans le final. Nettement plus expressif et enthousiasmant, ce dernier mouvement, ainsi que la notoriété du pianiste déclenchèrent, dans le public, une extraordinaire ovation qui appela, bien évidemment Hayato Sumino à offrir deux bis, par lesquels, libéré du carcan d’une partition, il put, fidèle à sa réputation, faire montre de sa maîtrise de l’instrument et de son extraordinaire don d’inventivité et d’improvisateur. Le premier bis débutait sur les accords initiaux du concerto puis se développait en transformations et rythmes divers et variés. Le second, pris avec humour, exposait en toute simplicité le thème de « Ah, vous dirai-je maman », avant de se développer, avec virtuosité, en rythmes divers et variations absolument géniales dont on aurait souhaité qu’elles ne finissent jamais. On l’aura compris, l’enthousiasme du public frôla cette fois le délire, récompensant un musicien véritablement exceptionnel, à connaître absolument.

Retour à l’orchestre et aux compositeurs russes. Moussorgski ouvrait la deuxième partie du concert avec sa célèbre Nuit sur le Mont Chauve, dans la version révisée par Rimsky-Korsakov, plus polissée et moins âpre et sauvage que la version initiale. L’interprétation en fut tout à fait satisfaisante, avec, pour la première partie, un tempo peut-être un brin trop rapide, effaçant quelques subtilités d’écriture, au profit d’un rythme « infernal », mais l’ensemble évita la confusion sonore, les lignes orchestrales demeurant bien lisibles, les nuances et la dynamique maîtrisées. Le retour final au calme et à la sérénité du matin naissant fut bien exprimé avec les belles interventions de la clarinette et de la flûte.
Dernière œuvre au programme, Francesca da Rimini, de Tchaïkovski. Partition difficile et trop rarement jouée, ce poème symphonique illustre les passions et les tourments que Dante décrit dans l’Enfer de sa Divine Comédie, de Francesca et de son amant, personnages réels assassinés par le mari trompé. Partition difficile, oui, et Bringuier aura du mal à maîtriser ce tourbillon violent de la première partie, dans un tempo rapide, aux tutti confus, sans ligne directrice claire. Heureusement, l’apparition du thème d’amour, intense et passionné, remit dans la bonne voie et emporta l’adhésion jusqu’au tutti final, noyant à nouveau les sonorités et le détail de l’écriture. De toute évidence, l’acoustique du lieu n’était pas adaptée à la puissante orchestration de cette œuvre et ses impétueux éclats, mais la passion et la violence qu’elle dégage et la fougue de l’interprétation de l’orchestre de Nice et de son chef entraînèrent le public dans une intense et longue ovation qui incita Lionel Bringuier à redonner le final en bis.
B.D. Photos Franck Denis
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