« Rapprochement des peuples »

Vendredi 28 novembre 2025, 20h, durée 2h, Opéra Grand Avignon
Samedi 29 novembre 2025, 20h, Grand Théâtre de Provence / Aix-en-Provence
Orchestre National Avignon-Provence (site officiel)
Direction, Débora Waldman
Violoncelle, Astrig Siranossian
Avec les étudiants de l’Institut Supérieur d’Enseignement de la Musique d’Aix-en-Provence
Fazil Say, Adagio Création française. Aram Khatchatourian, Concerto pour violoncelle en mi mineur. Johannes Brahms, Symphonie n°1 en ut mineur, opus 68
Avant-concert, 19h15-19h45, Salle des Préludes. Rencontre avec Astrig Siranossian
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Et pour comprendre les mentions énigmatiques des titres tout au long de la saison : la clef se trouve ici !
En cette année de commémoration du génocide arménien perpétré en 1915 par la Turquie, l’Onap et les étudiants de l’ISEM d’Aix-en-Provence, dirigés par Débora Waldman tracent un trait d’union, grâce à deux compositeurs, turc et arménien, Fazil Say et Khatchatourian
NOTRE COMPTE RENDU
Le concert de ce 28 novembre voulait convier au rapprochement des peuples en cette année de commémoration du génocide arménien perpétré en 1915 par l’Empire Ottoman qui, à la fin de la guerre, se réduira à la seule Turquie. Nous était ainsi proposée, en première partie, une rencontre entre deux musiciens majeurs, l’un turc, contemporain bien connu, Fazil Say, l’autre arménien, l’une des figures musicales du XXème siècle, Aram Khatchatourian (1903-1978), interprété par une artiste française de même origine, Astrig Siranossian. Brahms complétait le programme. Il n’est certes pas concerné par le drame commun liant les précédents, mais sa musique, universelle, comme celle de nombreux compositeurs, est bien un élément pouvant, lui aussi, participer au rapprochement des peuples.
La salle, il faut le regretter, n’avait pas vraiment fait le plein. Frilosité du public face à des compositeurs qu’il méconnaît ? ou la froideur du temps de ce jour l’avait-elle retenu dans ses foyers ?
Fazil Say est un pianiste qu’il n’est plus besoin de présenter, tant il s’est imposé, comme interprète, dans le monde musical. Mais combien savent qu’il est aussi un compositeur prolifique de symphonies, concertos, œuvres pour piano et de musique de chambre ? L’adagio proposé, composé en 2020, donné par l’ONAP en première audition en France, porte le numéro d’opus 86. Fazil Say, pourtant, reste peu programmé, mais commence peut-être, à percer. Nous avions été séduit, en avril 2022, par son concerto pour violoncelle, donné dans cette même salle, et il faut avouer que son adagio pour orchestre, d’une dizaine de minutes, ne nous a pas déçus, non plus. Composé en période de covid pour l’anniversaire de la création en 1945 de l’orchestre allemand de Reutlingen, ville martyre de la seconde guerre mondiale, il évolue sur un fond inquiet, grave et solennel. L’orchestration en est intéressante, avec les feux lancés par les bois, les éclats de trompettes, les notes du xylophone et du métallophone. Un climax prenant est atteint, qui se calme sur les notes égrenées de la harpe. Apparaît un discours plus dansant, orientalisant, instant d’espoir, d’optimisme, menant vers un court final apaisé. Œuvre à retenir, donc, bien abordée et défendue avec sensibilité par Débora Waldman et ses musiciens.

Le concerto pour violoncelle de Khatchatourian, daté de 1946, est moins connu que ses concertos pour piano ou violon, et peu présent dans le répertoire des violoncellistes, excepté celui d’Astrig Siranossian, qui nous en a offert une interprétation de haute volée. L’œuvre, pratiquement une symphonie concertante, est un foisonnement orchestral, aux humeurs variées, où se perçoit l’influence des rythmes et mélodies du Caucase, où le soliste et l’orchestre ont à affronter une partition exigeante réclamant de nombreuses prouesses techniques. Dans cet exercice, Débora Waldman a su conduire ses troupes avec maestria, leur insufflant, comme à son habitude, toute son énergie : lignes musicales claires, dynamiques et nuances bien dosées, maîtrise des variations de tempi. Tous les pupitres ont bien répondu ; on aura noté, en particulier, de beaux passages de la clarinette, dans le premier mouvement, des flûtes dans le deuxième, du hautbois dans le troisième. Quant à la soliste Astrig Siranossian, elle fut tout simplement époustouflante, complètement habitée par l’œuvre, mariant parfaitement à l’orchestre un violoncelle à la belle sonorité, a priori du 17ème ou 18ème siècle, mais il n’était pas précisé lequel des deux en sa possession. Et quelle virtuosité, jusque dans les aigus de l’instrument ! La cadence du premier mouvement, bien sentie par l’artiste, expressive dans toutes ses nuances, fut un intense moment. L’andante grave et plaintif, sorte de marche lente accompagnée du chant du violoncelle, fut également une réussite, avant de laisser place à un final au début rapide, énergique, enjoué, s’apaisant, plus lyrique, avant de reprendre, en conclusion, son énergie première.
Le public attentif, tenu en haleine, silencieux entre les mouvements, ne pouvait que laisser éclater ses acclamations.
Astrig Siranossian, s’adressant à l’auditoire, présentait elle-même son bis, un bis comme jamais entendu. S’accompagnant de son instrument, elle chanta, d’une jolie voix, en arménien, un émouvant chant d’amour pour les montagnes.
L’histoire veut que Brahms, complexé par l’œuvre beethovénienne, mît une quinzaine d’années pour achever sa première symphonie (1876). Les musiciens de l’ONAP, renforcés par plusieurs étudiants de l’Institut d’Enseignement Supérieur de la Musique d’Aix en Provence, parfaitement intégrés dans l’ensemble, nous en offrirent, là encore, une belle interprétation : un premier mouvement sombre, énergique, tout en puissance, un andante plus chaleureux, lyrique, apaisé, marqué par de bonnes interventions des bois et la partie du premier violon, un troisième mouvement plus gracieux et enjoué, où se mit en évidence la clarinette, et le fameux quatrième, avec son introduction mystérieuse et grave, l’appel majestueux des cors et ce magnifique galop final tout en puissance.
Le public encore ne pouvait qu’ovationner un orchestre et une cheffe en pleine possession de leurs moyens, auteurs, encore une fois, d’une belle soirée.
B.D. Photo Bernard Martinez
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BIOGRAPHIES

Astrig Siranossian (site officiel)
Astrig Siranossian naît dans une famille de musiciens. Admise au C.N.R. de Lyon, elle poursuit ses études au C.N.S.M. de Lyon, obtenant à 18 ans son diplôme d’études supérieures avec les félicitations du jury. C’est en Suisse, au Conservatoire supérieur de Bâle, qu’elle achève sa formation dans la classe d’Ivan Monighetti, réussissant avec les plus hautes distinctions son master concert et son master soliste.
Premier Prix et plusieurs fois Prix Spécial du concours international K. Penderecki, Astrig Siranossian se produit en soliste avec de grands orchestres. Invitée régulièrement par Daniel Barenboim, ses partenaires sur scène ne sont pas moins que Simon Rattle, Martha Argerich, Yo-Yo Ma, Kirill Gernstein, Elena Bashkirova, Emmanuel Pahud. Elle se produit régulièrement sur les plus grandes scènes : Philharmonie de Paris, Carnegie Hall à New-York, Musikverein de Vienne, Walt Disney Hall à Los Angeles, KKL Luzerne, Casino de Bâle, Théâtre des Champs Élysée, Philharmonie de Berlin, Flagey Bruxelles, Théâtre Colon Buenos Aires, Kennedy Center Washington. Régulièrement invitée sur les chaînes de télévision (TF1, France 2, France 5, CultureBox TV, BR Kultur…), ses enregistrements sont salués unanimement par la presse.
En Octobre 2022 sort son album Duo-Solo, rencontre entre mélodies et danses populaires et répertoire savant faisant dialoguer le violoncelle et la voix. En 2021, elle grave avec son partenaire de scène Nabil Shehata, le premier concerto de Camille Saint-Saëns pour le label Alpha Classics. Pour ce même label, est publié en 2020 l’album Dear Mademoiselle, un hommage à Nadia Boulanger avec les pianistes avec Nathanaël Gouin et Daniel Barenboim qui reçoit les hommages de la presse internationale.
En 2024, elle grave avec Nathanaël Gouin l’album Invisibles qui met en lumière trois compositeurs oubliés du répertoire Français avec notamment un enregistrement inédit de la sonate de la compositrice Marcelle Soulage. 2024 est également marquée par un moment fort, Astrig Siranossian est invitée au Panthéon par le président Emmanuel Macron à l’occasion de l’entrée des résistants Missak et Mélinée Manouchian. Elle accompagne la cérémonie en interprétant Grounk, l’oiseau d’Arménie, offrant une procession musicale, chargée d’émotion et de mémoire, aux résonances profondes de son héritage arménien.
Depuis 2015, elle assure la direction artistique des Musicades, un festival organisé dans sa ville natale, Romans-sur-Isère, qui met en résonance la musique et les arts.
En 2019, elle fonde la mission Spidak Sevane, destinée à venir en aide aux enfants du Liban et d’Arménie à travers des projets musicaux.
En 2023, elle est nommée directrice artistique du festival de violoncelle Adèle Clément, dans la Drôme.
En 2024, elle prend la tête du festival Nadia et Lili Boulanger à Trouville.
Et en 2025, elle lance la première édition du festival Montrachet Jazz, qui réunit des artistes de jazz classique d’exception autour du vin et de la convivialité.
Depuis 2024, Astrig Siranossian enseigne au Conservatoire National Supérieur de Musique et Danse de Paris, ainsi qu’à l’école Normale Cortot.
Toujours animée par la volonté de promouvoir et de faire émerger de nouvelles initiatives autour de la musique classique, Astrig fonde l’association Traveling Musicians. Cette structure a pour mission d’accompagner les musiciens dans leurs déplacements, en facilitant le transport serein et sécurisé de leurs instruments.
En 2025, elle est décorée de l’Ordre national du Mérite pour l’ensemble de sa carrière et sa contribution au rayonnement culturel de la France.
Elle joue un violoncelle de Francesco Ruggieri de 1676, généreusement prêté par la Fondation Boubo Music ainsi qu’un violoncelle de 1756 du luthier Geinaro Gagliano ayant appartenu à Sir John Barbirolli.
(Photo Bernard Martinez)

Orchestre National Avignon-Provence (site officiel)
Fondé à la fin du 18e siècle, l’Orchestre national Avignon-Provence appartient à ces orchestres qui, depuis longtemps, structurent la vie musicale française et y accomplissent les missions de service public de la culture : création musicale, diffusion et accompagnement des publics dans la découverte d’un répertoire vivant de plus de quatre siècles.
Grâce à sa politique artistique ambitieuse et curieuse, menée par sa Directrice musicale Débora Waldman, l’Onap offre une profonde intelligence musicale et une rare souplesse dans l’approche des œuvres, quels que soient leur époque ou leur style. Il accueille des solistes et des chefs de renom tout en favorisant la promotion d’artistes émergents. Toujours à la recherche de nouvelles aventures artistiques, l’Onap multiplie ses collaborations pluridisciplinaires et valorise l’émergence de nouveaux talents. Partenaire fidèle de l’Opéra Grand Avignon, il accompagne toute sa saison lyrique.
L’Orchestre national Avignon-Provence a également la volonté d’accroître l’égalité entre les femmes et les hommes au sein des équipes artistiques. Engagé depuis 2023 dans sa transition écologique, l’Onap œuvre à l’amélioration de son empreinte carbone. Le département des Actions culturelles, fondé en 2009, lui permet d’approfondir sa politique d’actions éducatives et culturelles. Il donne aujourd’hui la possibilité à plus de 20.000 enfants, adolescents et adultes, d’assister aux concerts de l’Onap.
Convié à de prestigieux festivals comme le Festival d’Avignon, le Festival International de la Roque d’Anthéron, le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, et les Chorégies d’Orange, l’Orchestre national Avignon-Provence investit l’ensemble de son territoire régional et rayonne également en France et à l’étranger.
Parallèlement, l’Onap mène une politique discographique de qualité, du livre-disque Peter Pan au disque Charlotte Sohy édité par Elles Creative Women, en passant par Le Docteur Miracle (Choc Classica). Avec la sortie du disque Sparklight en avril 2024, l’Onap poursuit une série d’enregistrements axés sur la redécouverte d’œuvres de compositrices oubliées.
En 2020, l’Onap obtient le label Orchestre national en Région. Soutenu par le Ministère de la Culture, la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Département de Vaucluse, la Communauté d’Agglomération du Grand Avignon et la Ville d’Avignon, l’Orchestre national Avignon-Provence s’engage artistiquement et professionnellement auprès des citoyens sur un territoire dont le patrimoine culturel et l’histoire musicale, tant passés que présents, sont parmi les plus riches d’Europe.
(Photo Blandine Soulage)
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