Brillant et spectaculaire

Samedi 18 juillet 2026, 21 h, Auditorium du Parc du Château de Florans, Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron
Orchestre de chambre de Paris. Kristiina Poska, direction. Lise de la Salle, piano
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano n°5, « Empereur ». L. van Beethoven, Symphonie n°7
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Programme « hyper-classique » pour ce premier concert symphonique du 46ème Festival de la Roque d’Anthéron, de ceux qui remplissent les salles. Les œuvres majeures de Beethoven restent des valeurs sûres pour attirer le public, et cette soirée du 18 juillet ne nous contredira pas, les gradins de l’Auditorium étaient pleinement garnis.
Première découverte, en nous installant, la présence de deux grands écrans, de chaque côté de la scène. Excellente initiative : ils permettent, bien sûr, de rappeler au public, en début de concert, les règles à respecter, mais aussi de suivre le déroulement d’une œuvre en annonçant les mouvements joués avec leurs indications de tempo, renseignement utile, et en particulier, lorsque les mouvements sont enchaînés. Nul doute qu’ils pourront, à l’avenir, apporter encore plus d’informations, comme, pour les concertos, l’auteur des cadences choisies par le ou la soliste, ou les titres des bis proposés, certains interprètes qui prennent la parole n’étant pas toujours intelligibles, et certains autres restant muets. Connaître immédiatement l’œuvre jouée est évidemment plus satisfaisant que d’attendre la sortie pour aller consulter le tableau d’affichage des bis.
Autre découverte en cette soirée, celle de la cheffe estonienne Kristiina Poska, qui, par son dynamisme, son plaisir communicatif de diriger, a su conquérir public et orchestre. Direction sobre, claire et précise, elle avait choisi le brillant et le spectaculaire, la mise en valeur de la virtuosité de l’orchestre, une dynamique qui ne pouvait qu’enthousiasmer le public ; celui-ci manifesta, au final, sa satisfaction, par une longue et bruyante ovation, et même « standing ovation » pour une bonne part des spectateurs.

Ce choix, toutefois, imposa au premier mouvement du concerto, marqué allegro maestoso, un tempo bien trop rapide à notre goût, car, bien que le rendant dynamique et conquérant, il lui ôta quelque peu de sa noblesse et de sa majesté. Lise de la Salle mena, elle, sa partie avec la virtuosité que nous lui connaissons, un doigté précis dans sa course sur le clavier, mariant parfaitement son jeu à celui de l’orchestre, dans un dialogue et un partenariat équilibrés et bien coordonnés sous la baguette de Kristiina Poska. On regrettera, cependant, dans cette interprétation vigoureuse, une masse orchestrale quelque peu compacte dans les tutti, et, au profit de la virtuosité, un petit manque d’expressivité, de ressenti, dans les passages plus calmes et nuancés, notamment lorsque, par deux fois, le piano vient égrener dans l’aigu ces quelques mesures légères et lumineuses.
Le tempo de l’adagio était, lui, bien choisi, nous plongeant dans un instant de douceur pensif, introspectif, avant d’ouvrir, par une courte introduction retenue, sur un passage vif et triomphant, une chevauchée où piano et orchestre dialoguent et s’entraînent vers un final victorieux.
Au public conquis, Lise de la Salle offrait en bis, une magnifique interprétation, pleine de justesse et de poésie, de la célèbre sérénade D.957 de Schubert, tirée du Chant du Cygne, écrite initialement pour voix et piano et transcrite à toutes les sauces, ici, la belle version pour piano seul de Franz Liszt.

Venait, par la suite, la non moins célèbre 7ème symphonie. Là aussi, même choix de brillance et virtuosité. Avec le premier mouvement, après une introduction majestueuse aux premières mesures bien marquées, le vivace était lancé, dynamique, aux nuances bien assurées, bois et cordes s’y distinguant. L’allegretto était, lui, bien mené, tenant son tempo et échappant au piège d’une marche funèbre trop appuyée. Beau crescendo, en première partie, des cordes rejointes par les vents, et beau fugato offert en fin de mouvement par l’ensemble des cordes. Venait ensuite un presto joyeux mettant en valeur la virtuosité de l’orchestre, laquelle pouvait alors s’exprimer à nouveau dans un allegro con brio final époustouflant, pour ne pas dire spectaculaire, rapide, entraînant, tout en assurant les nuances, mais plongeant parfois les tutti dans une masse sonore pas toujours bien lisible, jusqu’à l’explosion finale, qui fit se dresser le public, comme nous l’avons dit.
Tout cela valait bien un bis, dans lequel se lisait le plaisir de jouer de Kristiina Poska et de l’orchestre, ce fut l’ouverture des Noces de Figaro, interprétée dans la même veine dynamique et joyeuse, précise, nette, aux lignes musicales parfaitement lisibles.
Ce fut ainsi une belle soirée pour le Festival de la Roque d’Anthéron… qui n’en manque guère !
B.D. Photos Franck Denis
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