Une ouverture miroitante et réussie

Vendredi 25 septembre 2026, 20h, La FabricA, Avignon
Orchestre National Avignon-Provence (site officiel)
Karel Deseure, direction
Lambert Wilson, narration
Ensemble Sequenza 9.3 : soprano, Armelle Humbert, Roxane Chalard, Clémence Olivier ; alto,
Julia Beaumier, Alice Fagard, Laura Jarrell ; ténor, Florent Thioux, François-Olivier Jean, Laurent David ; basse, Antoine Bretonnière, Olivier Gourdy, Xavier Margueritat
Catherine Simonpietri, direction artistique
Chœur citoyen : Leila Addabanni • Rajae Alijani • Dalila Bahi • Azzedine Bahri • Martine Cayla • Nicolas Coquema • Cyrielle Cornu • Magali Feuillet • Nathalie Guichard • Elysabeth José • Céline Lluch • Laetitia Longo • Clarisse Marot • Saida Messaoud • Olive Riccobono-Soulier • Monique Rigaudie • Nicole Rigaudie • Isabelle Ronzier • Fouzia Sahnoune • Samira Saouchi • Sonia Soares
Alice Fagard, trame poétique (d’après le Poème du Rhône de Frédéric Mistral) ; Fabien Cali, composition et conception musicale, compositeur en résidence à l’Onap ; avec le soutien de Paulin Reynard (capoulié du félibrige, NDLR) pour son expertise sur le répertoire en langue provençale.
Wolfgang Amadeus Mozart, Idomeneo : Ouverture. Alexandros Markeas, Andra mou pai. Alexandros Markeas, Sto ‘Pa. Georges Bizet, L’Arlésienne, Suite n°2 : Farandole. Régis Campo, Les Cris de Marseille. Félix Mendelssohn Bartholdy, Meersstille und glückliche Fahrt : Adagio. Maurice Ohana, Andalousie. IV Cantiga des Azahar. Igor Stravinski, Pulcinella (Suite-1949) : II. Serenata – III. Scherzino. Philippe Hersant, Les cueilleuses de lentisques. Farnaz Modarresifar, De ses yeux noirs. Fabien Cali, De Soleil en soleil, pour orchestre, chœur et narrateur(avec le soutien de la Sacem).
Programme de l’avant-concert. Fabien Touchard, Vox Humana (d’après un chant de Noël catalan, un chant breton et un chant tunisien de tradition soufi). Coralie Fayolle, Nami ya Hanin (d’après une berceuse palestinienne). Coralie Fayolle, Ilgaz (d’après un chant d’Anatolie). Alexandros Markeas, Ah ya zain (d’après une chanson égyptienne, connue dans tout le Maghreb). Alexandros Markeas, Pera Pera (d’après une danse grecque)
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Voir aussi toute la saison 2026-2027 de l’Onap

L’habitude est prise, pour la quatrième année consécutive, pour la FabricA du Festival d’Avignon d’accueillir l’ONAP à l’occasion du concert d’ouverture de la saison : un concert précédé, sur l’esplanade, d’un accueil festif et musical du public avec des prestations de six voix féminines a cappella de l’Ensemble Sequenza 9.3 et d’un chœur d’enfants Démos de l’école élémentaire Louis Gros.
En préambule, prenaient la parole, en présence de Michel Bissière, conseiller régional délégué à la vie artistique et culturelle, Eve Lombart, administratrice générale du Festival d’Avignon, et Alexis Labat, directeur général de l’orchestre. Eve Lombart se félicitait de ce partenariat poursuivi avec l’ONAP, présentait la FabricA et les activités qu’elle accueille, ainsi que le festival qui démarrait ce jour, « C’est pas du luxe ». Alexis Labat présentait, lui, le concert du jour et la saison à venir, affirmant la vocation de l’orchestre à s’ouvrir à tous les publics et à s’associer également à d’autres formes et disciplines artistiques et esthétiques. Cette saison à venir sera quelque peu particulière, sans directeur musical depuis le départ vers d’autres horizons, après six années de collaboration, de Débora Waldman ; celui ou celle qui lui succèdera sera choisi(e), pour les prochaines années, parmi les chefs invités qui se produiront. Il saluait aussi chaleureusement Georges Bel, le président du conseil d’administration de l’ONAP, sur le point d’achever son mandat.
Leur faisant suite, Fabrice Durand, premier alto, représentant les musiciens de l’orchestre, tenait un discours plus syndical. Insistant sur l’état de souffrance de la culture, en particulier des grandes maisons d’opéra, et sur la baisse des financements, il appelait l’auditoire à soutenir la culture et à participer pour cela aux manifestations de défense du service public prévues le mardi suivant.
Ce concert d’ouverture de la saison 2026-2027, Méditerranée, lui – déjà la 9e date du calendrier de l’Onap depuis le début de l’été -, était construit de façon originale, conçu par Catherine Simonpiétri, Alexis Labat et Fabien Cali, compositeur en résidence dont on a déjà apprécié plusieurs œuvres, la trame poétique suivie ayant été travaillée par Alice Fagard, une choriste de l’Ensemble Sequenza 9.3.
Ce travail mettait à l’honneur la Provence, Frédéric Mistral et son Pouèmo dóu Rose (Poème du Rhône). On avait donc à suivre, par la voix du narrateur, la descente du Rhône, de Condrieu à Beaucaire, des derniers bateliers précédant la navigation à vapeur, et l’ouverture du fleuve sur l’ensemble méditerranéen, la musique apparaissant à chacune des étapes, pour évoquer un lieu ou un autre de cet ensemble.
L’occasion nous était donc donnée de découvrir le premier chef invité de la saison, le belge Karel Deseure, flûtiste de formation, doté déjà, à 43 ans, d’une solide réputation internationale, tant dans le domaine symphonique que celui de l’opéra. Découverte également du magnifique ensemble Sequenza 9.3, basé en région parisienne, et de ses 12 chanteurs placés sous la direction de Catherine Simonpietri, ainsi que du Chœur citoyen, composé d’adhérents de structures d’action sociale partenaires locaux de l’ONAP, comme l’AHARP, Passerelle, le Centre Social de la Croix des Oiseaux, le CSAPA, qui eut également l’heur de se faire apprécier dans deux interventions.
Nous n’oublierons pas enfin l’acteur, metteur en scène et chanteur bien connu, Lambert Wilson, qui sut narrer avec force et conviction le texte, en français, de Frédéric Mistral et se muer en récitant inspiré dans l’œuvre de Fabien Cali.
Les étapes musicales qui jalonnaient la trame littéraire débutaient, pour illustrer la Crète, par l’ouverture d’Idoménée de Mozart. L’étape suivante, de cette descente du Rhône, évoquait la Grèce, avec la belle orchestration par Alexandros Markeas d’un chant traditionnel, une jolie mélodie un peu berceuse et nostalgique, ses finesses orchestrales et une belle partie de chœur avec son solo de soprano.
Pour la suite, toujours la mer et la Grèce, et Alexandros Markeas, avec, cette fois, un chant de marins, composition plus moderne, développant un chœur puissant, vaillant, utilisant l’intervention des cloches tubulaires et s’achevant comme un hymne victorieux rythmé par le tambour.
La 4ème étape était, bien évidemment, dévolue à la Provence, avec la farandole de l’Arlésienne, de Bizet, à notre goût la pièce la moins réussie de l’ensemble. Si les cordes assurèrent la légèreté voulue, l’intervention des vents fut, elle, moins convaincante.
Mais quelle sublime 5ème étape, avec Les cris de Marseille à 5 voix (3 féminines et 2 masculines) du compositeur marseillais contemporain Régis Campo (Victoire de la musique classique en , NDLR) ! Texte plein d’humour, demandant aux chanteurs, sur un rythme rapide, une extrême virtuosité et une parfaite coordination, ce qu’ils assurèrent sans faille en ce moment des plus jubilatoires.
L’adagio de Mer calme et heureux voyage de Mendelssohn baigna ensuite les propos du narrateur. A l’arrivée des bateliers sur le Pont-Saint-Esprit et la découverte de l’Anglore, se joignait l’Andalousie, avec Maurice Ohana et son Cantique de la fleur d’oranger, une belle pièce, sorte de chant d’imploration où se succèdent la soprano solo, le chœur de femmes, puis tout le chœur, tandis que les bois, trombone et cor apportent leurs belles touches.
Après l’apparition du Drac, l’Italie, avec deux pièces de Pulcinella, de Stravinsky, Serenata et Scherzino, et une belle partie de hautbois.
L’Anglore et le Drac/Prince d’Orange se rencontrent et s’uniront jusqu’au drame final, et vont se succéder plusieurs épisodes musicaux, commençant par un retour à la Grèce, avec Les cueilleuses de lentisques de Philippe Hersant, chant langoureux où la soprano se meut sur le continuum sonore du chœur avant d’être rejointe par le ténor. Et enfin le Proche-Orient, avec une pièce de la compositrice franco-iranienne Farnaz Modarresifar, De ses yeux noirs, une sorte de lamentation confiée au chœur, et, comme la précédente, voix sur continuum sonore, mais dans un style nettement plus contemporain.
Venait en final la création de Fabien Cali pour orchestre, chœur et récitant, De soleil en soleil, titre qui n’est pas sans rappeler l’expression provençale « De soulèu en soulèu » (d’est en ouest). Notons ici que le seul texte chanté compréhensible de la soirée fut celui des Cris de Marseille, en français. Il est vrai que nous ne sommes pas trop habitués à entendre du grec ancien, du latin ou de l’arabe, langues utilisées par ailleurs, y compris Cali. Sans doute est-ce avec lui que nous aurions dû entendre le texte provençal issu du Pouèmo dóu Rose, de Mistral, pour lequel Paulin Reynard, – devenu en 2022 à 31 ans le plus jeune capoulier du Félibrige, après avoir été en 2020 le plus jeune majoral – avait apporté son expertise, mais nous ne parvînmes jamais à le repérer, déformé, comme certains autres, par les choix d’écriture des compositeurs et leur résultante sonore.
Il était d’ailleurs à regretter l’absence d’un livret bilingue qui aurait facilité la compréhension des œuvres.
Néanmoins, le titre choisi par Cali répondait bien à l’intention des concepteurs du programme et du compositeur d’évoquer, à partir du Rhône, d’est en ouest, l’ensemble de l’espace méditerranéen. L’œuvre est agréable à suivre, orchestre, chœur, récitant dialoguent, s’entremêlent, se succèdent d’une rive à l’autre, d’un climat à l’autre, d’une langue à l’autre (encore eût-il fallu comprendre les textes chantés, comme nous l’avons noté). La musique débute, aérienne, aux violons, puis vient un chœur de femmes. Légère et mystérieuse, elle s’amplifie et menace, avec la grosse caisse. Le chœur murmure, l’orchestre poursuit, mystérieux, avec le chant calme et profond du chœur, une image de vastitude s’installe et la musique, d’abord ample et calme, va développer avec le chœur et l’orchestre un forte triomphant s’éteignant apaisé.
Pour l’ensemble de la soirée, tous les acteurs sont à féliciter, le narrateur, Lambert Wilson, l’orchestre, qui assuma parfaitement son rôle, le remarquable Ensemble Sequenza 9.3, le Chœur citoyen, que nous découvrions, et le chef, Karen Deseure, à la gestique calme et posée, sans manifestation excessive. Mais il est vrai qu’aucune des œuvres interprétées n’y appelait.
Un public évidemment conquis applaudissait à ce début de saison original et pleinement réussi, ayant mis notre monde à l’honneur, à commencer par le Rhône, la Provence et son grand poète, Frédéric Mistral.
B.D. Photo G.ad.
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