A Châteauvallon, une émouvante Madama Butterfly à ciel ouvert

Vendredi 26 juin 2026, Amphithéâtre de Châteauvallon (83)
Madama Butterfly, opéra de Giacomo Puccini
Direction musicale, Victorien Vanoosten. Mise en scène, Florent Siaud. Scénographie et costumes, Philippe Miesch. Lumières, Nicolas Descôteaux. Concept et Vidéo, Éric Maniengui
Sunyoung Seo, Cio-Cio-San. Edgaras Montvidas, B.F. Pinkerton. Irina Sherazadishvili, Suzuki. Csaba Kotlár, Sharpless. Yoann Le Lan, Goro. Jiwon Song, Le Prince Yamadori. Matthieu Toulouse, Le bonze. Kaarin Cecilia Phelps, Kate Pinkerton
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon
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Comme pour les trois dernières années, l’Opéra de Toulon clôt à nouveau sa saison « hors les murs » avec un spectacle lyrique devant l’amphithéâtre en plein air de Châteauvallon. Madama Butterfly succède à Norma en 2025, à nouveau l’un des plus fameux blockbusters du répertoire lyrique et qui fait logiquement le plein des spectateurs ce soir.
Coproduction de l’Opéra de Toulon, de l’Opéra national du Capitole et de l’Opéra de Tours, la mise en scène de Florent Siaud est stylisée et plutôt minimaliste, relevant d’une esthétique qu’on imagine bien en lien avec le dépouillement d’un jardin japonais. Sur un plateau étagé en plusieurs marches, la scénographie de Philippe Miesch se concentre sur des groupes de bâtons blancs verticaux, rappelant des bambous, qu’on peut déplacer transversalement pour varier l’aspect visuel. C’est ainsi que Suzuki, Cio-Cio-San et son fils veillent, à l’arrière de ces petits poteaux effilés, entre les deuxième et troisième actes, dans l’attente du retour de Pinkerton. Il s’agit d’une réalisation en blanc et gris, sans maison japonaise proprement dite, mais qui fonctionne avec fluidité en respectant le livret et ménageant l’émotion de ce drame parmi les drames.

Il faut dire aussi que le public de Châteauvallon est particulièrement gâté dans ce lieu enchanteur, en particulier au premier acte pendant que la clarté du jour diminue petit à petit sur les pins à l’arrière du plateau. L’évocation de la « colline qui domine le port et la rade de Nagasaki » a rarement été aussi proche, en remplaçant la cité nippone par Toulon. La montée du cortège des amies et des parents de Butterfly en fond de scène, parmi les branches des arbres est un beau moment visuel. Dommage vraiment que le chœur féminin ne soit pas à la hauteur de ce moment magique, certaines voix ressortant avec disgrâce et cassant l’homogénéité de l’ensemble. On apprécie les discrètes projections vidéo d’Éric Maniengui qui montrent des reflets ondoyants en suggérant la présence de la mer et par moments les passages d’oiseaux dans les pins. Les costumes de Philippe Miesch séduisent par leur élégante sobriété. Inspirés de la tradition japonaise sans céder au pittoresque, ils privilégient des lignes épurées et une palette de couleurs raffinée.
La distribution vocale est dominée par la soprano Sunyoung Seo, émouvante Butterfly qui tire les larmes dans sa scène finale. L’ensemble de la représentation étant sonorisé, aussi bien pour les voix que pour l’orchestre, il est difficile d’émettre un jugement quant à la puissance de la chanteuse, mais les aigus sont assurés et les nuances variées entre chant forte et piano. En Pinkerton, Edgaras Montvidas est également un ténor fiable au registre aigu maîtrisé, d’un style qui tire régulièrement vers le larmoyant, ce qui convient très bien au troisième et dernier acte. A signaler tout de même la bordée de huées qui lui est adressée aux saluts finaux, non pas du tout pour sa performance vocale, mais à l’encontre du personnage de Pinkerton. #MeToo et de récentes affaires de pédophilie sont passées par là et le public de 2026 ne voit certainement plus du même œil ce soldat américain qui séduit et abandonne cyniquement la jeune Japonaise de 15 ans.

Le Sharpless assez discret du baryton Csaba Kotlár ne marque pas particulièrement, tout comme la Suzuki très sombre d’Irina Sherazadishvili. On remarque en revanche le ténor très bien projeté et clair de Yoann Le Lan en Goro, qui s’éloigne des habituels ténors de caractère, souvent de sonorités nasillardes. Jiwon Song fait valoir une belle voix de baryton en Prince Yamadori, tandis que Matthieu Toulouse se montre trop effacé en Bonze.
L’Orchestre de l’Opéra de Toulon est bien concentré et attentif sous la baguette de son actuel directeur musical Victorien Vanoosten. L’amplification du son apporte certainement à l’auditeur un confort acoustique nécessaire dans ce lieu, mais a tendance tout de même à niveler les interventions des instrumentistes, toute note pianissimo ou piano enflant alors avec un nombre certain de décibels. Et pour un meilleur équilibre entre plateau et orchestre, il faudrait sans doute éloigner un peu les micros des pupitres de cuivres et percussions… ces derniers pouvant réveiller les morts par instants !
F.J. & I.F. © I.F. & Aurélien Kirchner
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