Déception et frustration !

Jeudi 2 avril 2026, théâtre de l’Odéon, Marseille
Les Travaux d’Hercule, opéra bouffe en trois actes de Claude Terrasse
Roland Hayrabedian, conception et adaptation. Jean-Christophe Marti, orchestration et arrangement. Hoviv Hayrabedian, direction musicale
Musicatreize : Patrice Balter, Hercule ; Céline Boucard, Omphale ; Xavier De Lignerolles, Augias ; Alice Fagard, Erichtona ; Juan José Medina, Orphée ; Laurent Bourdeaux, Amphiteus / Lycius ; Elise Göckel, Chrysis / Naïs ; Thibault Givaja, Xanthias ; Eric Chopin, Hamon
Orchestre BruMe : Lucas Messler, percussions ; Adrien Philipp, clarinette ; Shaya Feldman, contrebasse ; Adrien Avezard, piano
![]()

Le Théâtre de l’Odéon, en haut de la Canebière, est habituellement un lieu privilégié pour les répertoires légers de l’opérette et l’opéra bouffe… d’ailleurs vraisemblablement le seul lieu de l’Hexagone où le public peut encore assister à une véritable saison d’opérettes. Nous n’avions encore jamais vu Les Travaux d’Hercule, opéra bouffe de Claude Terrasse créé en 1901 au Théâtre des Bouffes-Parisiens. L’occasion était donc forcément à saisir, le titre étant programmé à deux reprises ce 2 avril à l’Odéon, soit à 10h30 (pour les scolaires, soit une véritable matinée !), puis 20h00.
Mais avons-nous véritablement assisté à cet opéra bouffe ? Il est permis d’en douter, en raison principalement de la musique jouée ce soir. Il ne s’agit en effet pas d’une réduction de la partition pour les quatre musiciens présents et sonorisés, qui assurent un jeu de bonne qualité au demeurant, mais d’une adaptation qui s’éloigne parfois très loin de l’original. Dans cette orchestration, nous avons souvent un instrument seul qui accompagne un air, comme la clarinette qui prend par séquences des accents alla Stravinsky. Outre cette orchestration qui sonne régulièrement comme une pièce contemporaine, le nombre limité d’instruments réduit aussi logiquement l’ampleur de passages qu’on tente d’imaginer avec orchestre. Les airs sont nombreux où l’on préfèrerait pour notre part un accompagnement au piano seul, plutôt que la contrebasse peu harmonieuse et en limite de dissonance qui joue pendant l’air d’Orphée en fin de premier acte, ou encore, en début du deuxième acte, Erichtona qui chante avec uniquement les percussions, ces tamtams ne nous convainquant qu’à moitié… une petite moitié plus précisément !

Les voix sont assez disparates et d’un niveau en général plus faible que celles de représentations qu’on peut entendre in loco dans la saison. Le couple Hercule-Omphale formé par Patrice Balter et Céline Boucard relève davantage du registre d’acteur que de celui de chanteur, voix satisfaisantes pour énoncer les textes des dialogues, mais peu timbrée pour le chant pour le premier, et instable pour la seconde quand elle part légèrement dans l’aigu. Dans le rôle d’Augias, celui qui exécute les fameux Travaux à la place du paresseux Hercule, et qui séduit par ailleurs sa femme Omphale, Xavier De Lignerolles fait valoir un instrument plus sonore et en place. D’autre chanteurs amènent des satisfactions, en premier lieu l’Orphée qui se promène avec sa lyre de Juan José Medina, ténor plutôt léger mais aux aigus fermes.
Sans décors, ni costumes, mais uniquement mis en espace avec de rares accessoires, dont la massue aux allures de phallus géant que manipule Augias en compagnie d’Omphale, le spectacle est drôle en général, sinon potache par séquences. Au passage, on peut avoir des doutes sur l’authenticité du texte conclusif au premier acte « Augias, sur toi Hercule va déchaîner la foudre (…) C’est ça, c’est ça, qu’il aille se faire foutre »…
Toutes ces raisons nous motivent à voir prochainement cet opéra bouffe dans d’autres conditions, en particulier avec son orchestration originale.
I.F. & F.J. © I.F.
Laisser un commentaire