« Je te veux », thème gourmand et mutin de la soirée
Vendredi 6 février, 20h, durée 1h. Opéra Grand Avignon. Tarifs : 6€ à 42€.
Julie Fuchs, soprano
Alphonse Cemin, piano. Felicien Brut, accordéon. Alexis Cardenas, violon. Davide Vittone, contrebasse
Pierre-Jean de Béranger, Ce n’est plus Lisette. Erik Satie, Trois mélodies de 1916 : « La statue de bronze » ; « Dapheneo » ; « Le chapelier ». Claude Debussy, Pantomime. Erik Satie, Descriptions automatiques : « Sur un casque ». Gustave Charpentier, Sérénade à Watteau. Aristide Bruant, Tu ne manieras pas mes tétons. Igor Stravinsky, Pastorale. Francis Poulenc, Sonate pour violon & piano, 1er mouvement. Fay Templeton, I want her, ma honey. Erik Satie, Chez le docteur. Léon Xanrof, Le fiacre. Erik Satie, Allons-y, Chochotte. Aristide Bruant, Le Chat noir. Tony Murena, Passion ; Indifférence. Erik Satie, Descriptions automatiques : « Sur une lanterne » ; Mélodie sans paroles « Les oiseaux ». Cécile Chaminade, Ma première lettre. Georges Auric, Sur le pavé de Paris. Erik Satie, Je te veux.
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Quelle jolie soirée ! La perfection d’une voix lyrique, le répertoire de chansons en palette variée, un quatuor de musiciens talentueux, et le charme des cabarets parisiens d’il y a un siècle, voilà une recette gagnante. La salle de l’Opéra Grand Avignon avait pour Julie Fuchs, l’enfant du pays que nous avions vu faire ses débuts sur cette même scène alors qu’elle était encore étudiante au conservatoire de la ville, les yeux et les oreilles de Rodrigue.
Les critiques admirent son « abattage », ses qualités de « bête de scène » (Musik Theater), son « timbre pulpeux et (…) colorature virtuose » (Diapason). Son talent l’a inscrite tout en haut de l’affiche des plus grands opéras du monde. Lauréate de trois Victoires de la Musique (2012 en Révélation, puis 2014 et 2021 en Artiste lyrique de l’année ), et nommée une fois encore pour l’édition 2026 – aux côtés du ténor Stanislas de Barbeyrac et d’une autre soprano Sabine Devielhe -, par ailleurs Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, elle est connue et reconnue, avec un très large répertoire : du baroque au contemporain, en passant surtout par les héroïnes mozartiennes et bel cantistes, elle sait donner à tous les univers la couleur vocale qui leur convient.

En cette soirée d’hiver, elle est venue faire découvrir des œuvres de Satie, Debussy, Bruant, Weill…, des mélodies diverses, dans une tournée de promotion de son nouvel album ; elle en a emprunté le titre, « Je te veux », à Erik Satie explicitement, à Fay Templeton aussi, qui fait partie du programme.
Le début de soirée fut presque intime, avec de jolies mélodies, en duo avec son pianiste complice, Alphonse Cemin ; un duo déjà accueilli sur cette scène en 2024.
De la voix de Julie Fuchs, nous avons déjà nous-même (presque) tout dit et écrit : velouté du timbre, cristal des notes ailées, chatoiement des couleurs, des qualités dont elle sait jouer même si ce soir la sonorisation individuelle lisse parfois les extrêmes de l’ambitus..
Les chansons croquignolettes d’Éric Satie font mouche autant que l’œil malicieux de Julie, sûre de son effet, tant dans le cultissime « Allons-y, Chochotte », déjà immortalisé sur la Toile par le duo percutant Olivier Py/ Patricia Petibon – et bien d’autres – ; ou… le coquin « Tu ne manieras pas mes tétons » d’Aristide Bruant – répété avec une gourmandise évidente -, dont Julie elle-même avait donné aussi un piquant avant-goût en ligne.

Elle avait su s’entourer de musiciens de qualité, qu’elle appelle sur sa très riche page Facebook « les Fuchs boys » : Félicien Brut, qui – tout comme Théo Ould – montre depuis plusieurs années la richesse de l’univers musical de l’accordéon ; le Vénézuélien Alexis Cardenas, aujourd’hui 1er violon solo dans l’Orchestre national d’Ile-de-France et dont l’instrument a souvent vibré aux côtés de Richard Galliano ; et le contrebassiste Davide Vittone, dont la présence transmet son énergie bien au-delà du continuo…
Le programme de la soirée s’égrène une peu comme un inventaire à la Prévert, aux univers hétéroclites. Pourtant, sur scène, ce miroitement d’auteurs et de thèmes tisse le langage commun de la fantaisie et du talent.
Ambiance cabaret – du célèbre Chat noir -, jazzy à souhait, rythmes mêlés, alternance de voix et d’instruments, de duos, trios, quatuor ou quintette, le public n’a pas boudé son plaisir, que l’on pouvait prolonger par une séance de dédicace au foyer.
G.ad.
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