Quand la musique dialogue avec la nature : l’un des plus beaux moments du festival Autour du Ventoux

Mardi 21 juillet 2026, 20h30, place des Arceaux, Séguret
Récital piano Jodyline Gallavardin : « Mouvement introspectif et exubérant »
En partenariat avec l’association des Amis de Séguret
Claude Debussy, Suite bergamasque. Frédéric Chopin, Nocturne n°1 opus 9, Nocturne n° 20, Nocturne n° 14 op48n°2. Péteris Vasks,The Cuckoo’s Voice. Schubert-Liszt, Auf dem Wasser zu singen. Georges Gershwin (Meinders), The Man I Love,Swance
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Voir aussi notre présentation du Festival Autour du Ventoux
Pour sa neuvième édition, le Festival Autour du Ventoux (à ne pas confondre avec les Rencontres musicales des pays du Ventoux et du Comtat venaissin) investit du 19 au 26 juillet plusieurs villages emblématiques du Vaucluse – Entrechaux, Séguret, Le Barroux et Vaison-la-Romaine – avec une programmation éclectique où les artistes invités côtoient la beauté des paysages provençaux.

C’est sur la charmante place des Arceaux, à Séguret, que le public avait rendez-vous avec la pianiste Jodyline Gallavardin, une artiste que nous suivons depuis plusieurs années, notamment à Avignon en 2024 et en janvier 2026 ainsi qu’à La Roque d’Anthéron en 2024, depuis ses remarquables enregistrements Lost Paradise (2022, Choc Classica et 5 Diapasons) puis Nuit Blanche (2025), et que nous avions alors interviewée. Révélation musicale de l’année au Palmarès de la Critique en 2023, elle poursuit un parcours singulier où les grands classiques dialoguent avec des compositeurs plus confidentiels comme Lourié, Liapounov, Scriabine, Déodat de Séverac ou Peteris Vasks.
Le récital s’ouvre avec la Suite bergamasque de Claude Debussy. Si le célébrissime Clair de lune éclipse souvent les autres mouvements de cette partition, Jodyline Gallavardin restitue toute la cohérence de l’œuvre en donnant au Prélude, au Menuet et au Passepied leur juste place. Quant au Clair de lune, débarrassé de tout maniérisme, il retrouve sous ses doigts cette poésie suspendue qui en fait l’une des plus belles pages du compositeur.
Les trois Nocturnes de Chopin (op. 9 n°1, n°20 posthume et op. 48 n°1) prolongent cette atmosphère de confidence. La pianiste y déploie un jeu d’une grande élégance, où la technique, jamais démonstrative, s’efface devant le chant. Tout semble respirer naturellement, avec cette sincérité qui fait oublier la virtuosité pour ne laisser place qu’à l’émotion. Dans la douceur de cette nuit d’été provençale, ces pages prennent une dimension presque intemporelle.
Fidèle à son goût pour les chemins de traverse, Jodyline Gallavardin fait ensuite découvrir une œuvre rare, The Cuckoo’s Voice du compositeur letton Peteris Vasks. Profondément attaché à la nature, celui-ci confiait : « L’essentiel pour moi est de raconter à travers ma musique la beauté qui se trouve dans la nature et dans l’homme. »
Et c’est alors que survient un de ces instants que l’on n’oublie pas. Alors que le piano évoque le chant du coucou, les cigales, jusqu’alors discrètes, semblent répondre à l’appel du compositeur et entament un véritable concert, accompagnant spontanément la pianiste. À la dernière note, puis aux applaudissements, elles s’interrompent presque simultanément. Coïncidence ? Hasard ? Peu importe. Durant quelques minutes, musique et nature auront semblé respirer d’un même souffle, offrant au public un moment de grâce inattendu que Peteris Vasks aurait sans doute apprécié.

Le programme se poursuit avec la transcription par Liszt du lied de Schubert Auf dem Wasser zu singen. Privée de son texte, la musique n’en perd rien de son pouvoir évocateur : le balancement incessant qui figure le mouvement de l’eau devient, sous les doigts de la pianiste, le reflet des états d’âme du poète, partagé entre l’élan amoureux et une forme de sérénité retrouvée.
En guise de conclusion, Jodyline Gallavardin change totalement d’univers en offrant le célèbre The Man I Love de George Gershwin. Une touche de modernité et de liberté qui clôt avec élégance un programme aussi cohérent qu’inattendu.
Le public de Séguret ne s’y est pas trompé. Il a longuement salué une artiste dont la grâce du jeu, la curiosité musicale et la présence scénique savent transformer un récital en véritable expérience sensible. Dans l’écrin de cette petite place provençale, ce concert restera sans doute comme l’un des plus beaux moments de cette édition du Festival Autour du Ventoux.
D.B. Photos M.A.
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