Un voyage musical entre romantisme et transcendance

Dimanche 29 mars 2026, 16h, salle de l’Arbousière, 1360, avenue Voltaire Garcin, 84470, Châteauneuf-de-Gadagne
Dans le cadre des Musicales de Gadagne
Gabriel Durliat, piano
Beethoven, Fauré, Liszt, Berlioz…
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Dans le cadre de cette 10e saison du Ban des Arts, les Musicales de Gadagne accueillent le pianiste Gabriel Durliat. La saison de musique de chambre de cette association puise sa belle vitalité, et ses invités, dans le vivier des Jeunes interprètes de France-Musique, dans un fructueux partenariat qui assure l’excellence de la programmation. Des artistes déjà engagés dans le parcours professionnels, et que l’on retrouve déjà ou bientôt sur les scènes les plus renommées et dans les plus prestigieux festivals internationaux.
Agé d’un petit quart de siècle, Gabriel Durliat peut s’enorgueillir d’un cv déjà riche (voir son site officiel) et d’une triple compétence – pianiste, compositeur, chef d’orchestre -. Philippe Cassard et René Martin, notamment, l’avaient très favorablement remarqué ; et les Musicales de Gadagne l’avaient déjà accueilli en duo lors de la saison dernière.
G.ad.
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COMPTE RENDU

Dans une atmosphère chaleureuse, le pianiste Gabriel Durliat a offert au public un concert d’une grande richesse expressive, articulé autour d’un programme mêlant chefs-d’œuvre du répertoire et transcriptions audacieuses.
A la fois interprète, compositeur, transcripteur et chef d’orchestre, ce jeune artiste de 25 ans s’impose aujourd’hui comme l’un des pianistes français les plus singuliers de sa génération. Son jeu à la fois énergique, poétique et profondément analytique, reflète une affinité rare avec les compositeurs mis au programme de la soirée, Beethoven, Fauré, Liszt et Berlioz. À travers eux, Gabriel Durliat a construit une identité artistique marquée par l’engagement, la couleur et la narration.
Le concert s’ouvre avec la Sonate n°12 en la b majeur op 26 de Beethoven, une œuvre charnière où se rencontrent classicisme et élans préromantiques. Dans cette sonate, la marche funèbre annonce déjà celle de Chopin. Gabriel Durliat en a proposé une lecture nuancée, mettant en valeur les contrastes propres à cette page. La clarté du toucher et la rigueur du phrasé ont permis de révéler toute la subtilité de l’écriture beethovénienne, tandis que les mouvements plus introspectifs ont été portés par une sensibilité retenue, presque méditative.

L’artiste s’est alors adressé à la salle pour rendre les œuvres plus explicites, démarche très appréciée par le public. Le programme se poursuit avec deux Nocturnes de Gabriel Fauré, N° 6 et N°11, véritables joyaux de la musique française. Durliat entretient un lien particulier avec la musique de Gabriel Fauré. Son premier disque associe Fauré à Jean-Sébastien Bach, montrant la proximité spirituelle entre ces deux univers. Le pianiste a restitué toute la délicatesse et la poésie des nocturnes de Fauré, faisant chanter chaque ligne avec une élégance remarquable. Les nuances, finement ciselées, ont créé une atmosphère suspendue, où le temps semblait s’effacer au profit de l’émotion pure.
Moment particulièrement marquant de la soirée, lorsque le pianiste a interprété l’une de ses transcriptions pour piano, l’« In Paradisum » extrait du Requiem de Fauré. Cette démarche témoigne de son intérêt pour l’écriture et l’arrangement musical, ainsi que de sa volonté de faire dialoguer différentes esthétiques au sein d’un même programme. Cette magnifique pièce a plongé la salle dans une dimension spirituelle. Gabriel Durliat y a déployé une palette sonore riche, traduisant avec justesse la profondeur de cette œuvre emblématique.
La musique de Franz Liszt constitue un autre pilier du répertoire de Gabriel Durliat. Plusieurs de ses récitals sont entièrement consacrés au compositeur hongrois, notamment autour de la célèbre Sonate en si mineur, pièce monumentale du romantisme pianistique. Liszt exige du pianiste une virtuosité extrême mais aussi une vision globale de la forme musicale. Durliat s’inscrit dans cette tradition lisztienne où la technique sert l’expression dramatique et l’imagination sonore. Le concert a pris alors une tournure plus dramatique avec les Deux Légendes de Liszt : Saint François d’Assise, la prédication aux oiseaux et Saint François de Paule marchant sur les flots. Fidèle à l’esprit du compositeur, le pianiste a su conjuguer virtuosité et expressivité, offrant une interprétation habitée et puissante. Les contrastes dynamiques et les élans lyriques particulièrement saisissants, ont témoigné d’une maîtrise technique parfaite, mise au service de l’émotion et de l’écriture du compositeur.

Enfin, la soirée s’est achevée sur une transcription de Franz Liszt inspirée de Un Bal de Berlioz, extraite de la Symphonie fantastique. Dans cette pièce aux accents tourbillonnants, Gabriel Durliat révèle sa double compétence de pianiste et de chef d’orchestre : il aborde la partition avec une conception orchestrale du piano, cherchant à faire entendre les différentes couleurs instrumentales de cette œuvre symphonique. Il a fait preuve d’une énergie communicative, restituant avec brio le caractère festif et enivrant de la danse. Le public, emporté par cette conclusion éclatante, a salué chaleureusement la performance pianistique.
Le jeune artiste a ensuite offert deux bis au public: l’Etude posthume en la majeur de Chopin suivie de la Valse n°15 de J. Brahms.
Les Musicales de Gadagne nous ont offert un concert mémorable, où chaque œuvre a trouvé sa place dans un récit musical cohérent, pensé et profondément émouvant. Par ce programme éclectique et exigeant, Gabriel Durliat a démontré toute l’étendue de son talent et de sa sensibilité artistique. À travers les œuvres de ce programme, il a exploré les différentes facettes du romantisme musical : la puissance dramatique, la poésie sonore, la virtuosité et la couleur orchestrale. Cette diversité fait de lui l’un des artistes les plus prometteurs du piano contemporain.
D.B. Photos D.B.
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