Jean-Baptiste Doulcet : l’improvisation comme un acte de liberté
Voir toute la programmation de cette 46e édition post-René Martin

Jeudi 23 juillet 2026 à 18h à La Roque d’Anthéron, à l’heure où le soleil va descendre doucement, Jean-Baptiste Doulcet risque d’enflammer de son talent l’auditorium du centre Marcel Pagnol. Dans le cadre des quatre concerts « Une heure avec » programmés par le 46e Festival international de piano de La Roque d’Anthéron, le pianiste cinéphile va faire voyager le public à travers l’histoire du cinéma, allant des grands noms jusqu’aux pépites à découvrir, par le biais de son esthétique personnelle, l’improvisation.
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Il parle comme il joue : sans effets, sans emphase, mais avec cette liberté de pensée qui semble suivre le même chemin que ses improvisations. À quelques jours de son concert, Jean-Baptiste Doulcet évoque le piano, cette passion dévorante pour le cinéma et cette quête de liberté qui traverse toute sa démarche artistique.
Contrairement à ce que l’on imagine, l’improvisation n’est pas arrivée après la formation classique. Les deux ont grandi ensemble. « Mon père m’a appris à improviser pendant que j’apprenais au conservatoire. Lire une partition et inventer sa propre musique faisaient partie du même apprentissage. »
Une expérience fondatrice dont il regrette aujourd’hui qu’elle ait pratiquement disparu de l’enseignement musical de base. Car, pour lui, improviser n’est pas un exercice réservé à quelques spécialistes : c’est apprendre à écouter, à oser et à devenir pleinement musicien.
« L’improvisation permet de ne pas avoir peur sur scène. Il n’y a plus de fautes, seulement un moment unique partagé avec le public. »
Longtemps, il s’est considéré avant tout comme improvisateur. Les concours de piano lui ont révélé une autre évidence : son regard d’interprète intéressait tout autant.
Devenir interprète sans renoncer à créer
Mais interpréter ne signifie jamais reproduire. « La partition demeure une référence indispensable, pas un dogme ; elle n’a de sens que si l’interprète parvient à se l’approprier. Il faut s’en approcher au plus près pour ensuite construire sa propre vérité. Sinon, nous jouerions tous de la même manière. »
Le cinéma comme seconde langue Cette liberté irrigue également son rapport au cinéma.
Son album A Film By… ne cherche pas à réécrire des musiques de films. L’idée est tout autre : relire les œuvres cinématographiques avec le langage du piano.
« Rejouer des bandes originales a déjà été fait mille fois », sourit-il. Lui préfère inventer une autre mise en scène, comme un réalisateur proposerait une nouvelle lecture d’un texte.
Le cinéma ne lui fournit pas des images à illustrer mais une matière à rêver. Herzog, Tarkovski, Kiarostami, Nuri Bilge Ceylan ou encore les frères Safdie nourrissent un imaginaire qui s’exprime ensuite librement au clavier.
Comme un cinéaste proposerait une nouvelle mise en scène d’un texte classique, le pianiste invente une autre lecture des œuvres qui l’ont marqué. Godard n’est jamais très loin dans cette démarche de collage, de réécriture et d’appropriation artistique.
Improviser, accepter le vertige
À propos de Iconoclaste, inspiré d’Aguirre, la colère de Dieu, J-B Doulcet confirme avoir voulu s’éloigner de la simple représentation de la folie du personnage pour explorer un vertige plus intérieur, presque métaphysique. Herzog, dit-il, demeure l’une de ses plus grandes sources d’inspiration, bien au-delà du cinéma lui-même.
Mais c’est finalement Abbas Kiarostami qui revient comme une référence presque intime. Son film Le Goût de la cerise est, dit-il, bien davantage qu’un chef-d’œuvre de cinéma : « une manière de voir le monde ».
Comment naît alors une idée musicale ?
Il ne croit guère au mythe de l’inspiration totalement originale.
Une idée naît plutôt de la disponibilité du regard et de l’attention portée au monde,
« A partir d’’une immense bibliothèque intérieure », répond-il. Les œuvres jouées, les films, les livres, les rencontres forment une mémoire vivante dans laquelle viennent puiser les nouvelles créations. L’originalité ne consiste pas créer à partir de rien, mais à rester disponible au monde.
Avant de commencer une improvisation, un seul instant relève encore d’un choix conscient : l’endroit où les mains se posent sur le clavier. Ensuite, tout change. Le musicien construit un équilibre subtil entre connaissance de l’instrument, mémoire sonore et abandon.
« Le but est justement de déborder le cadre. Sinon on finit par se répéter. »
Une philosophie qui dépasse largement la musique.
Son prochain concert du jeudi 23 juillet à 18h sera fidèle à cette philosophie. Il connaît les films qui accompagneront certaines improvisations. Mais la musique, elle, naîtra sur scène. Impossible de prévoir ce qui adviendra.
Au terme de notre entretien, une dernière question lui est posée : quelle image de cinéma pourrait résumer son univers ?
Après un long silence, il évoque la scène finale de Nostalghia de Tarkovski. Un homme traverse lentement un bassin vide en protégeant la flamme fragile d’une bougie. Une image de persévérance, de foi et de fragilité.
À bien y réfléchir, elle résume parfaitement Jean-Baptiste Doulcet. Son art ne consiste pas seulement à jouer du piano. Il consiste à avancer dans l’inconnu, en veillant à ce que la flamme de la création ne s’éteigne jamais.
D.B. Photo Théo Martin
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